À Alger, le temps des copains et des coquins, c’est fini M. Macron, par Abdelkader Dehbi

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Bouteflika et Macron – montage Le Matin DZ


Lettre ouverte à Emmanuel Macron de la part d’un Algérien, Abdelkader Dehbi, qui en a marre des leçons de morale et qui dit ses quatre vérités au nouveau locataire de l’Élysée…


Monsieur le Président,

En votre personne, et en ma qualité de citoyen ordinaire – parmi des millions d’Algériens de toutes générations, de toutes conditions sociales, de tous profils sociopolitiques et intellectuels – je m’adresse ici au représentant d’une ex-puissance coloniale, charriant derrière elle une monstrueuse histoire de Crimes d’Etat imprescriptibles, non apurés et encore moins, réparés… ; qu’il s’agisse des Crimes coloniaux comme l’ignoble corpus juridique baptisé « Code de l’Indigénat » ; qu’il s’agisse de Crimes de Guerre comme les enfumades par milliers, de populations fugitives repoussées dans les cavernes par ce qu’un auteur a qualifié de « colonnes infernales de Bugeaud »…; ou qu’il s’agisse de Crimes contre l’Humanité, comme pour les expériences criminelles dans les années 60, sur des centaines de cobayes humains vivants, délibérément sacrifiés pendant les Essais Nucléaires français dans le Sahara…
En votre personne, je m’adresse aussi, au Chef d’un Etat dont les Gouvernements successifs – de Mitterrand à Hollande en passant par les Chirac et autres Sarkozy – se sont largement déconsidérés, en accordant leurs soutiens, leurs immunités et leurs protections immorales et scélérates, aux criminels dirigeants– en képis ou en col blanc – du régime militaro-policier et financier mafieux instauré à Alger par le Coup d’État du 11 Janvier 1992 contre le « mauvais choix » électoral du peuple algérien en Décembre 1991 … Le tout, en contrepartie de la mise en place dans mon pays, d’une tutelle française d’essence néocoloniale qui ne dit pas son nom, assortie de privilèges économiques léonins exorbitants, tous secteurs confondus : financier, fiscal, industriel, commercial ou de services… Une tutelle néocoloniale qui prétend fouler au pied, la Souveraineté de notre Peuple acquise de haute lutte contre l’occupation coloniale, à l’issue de l’une des Guerres de libération les plus retentissantes de l’Histoire. Avec le bilan humain et matériel qu’il n’y a pas lieu de détailler ici, mais qui a mis à nu, la « face cachée hideuse » du pays dit des Libertés et des Droits de l’Homme, de par la barbarie et les méthodes de l’armée coloniale, contre des populations civiles sans défense… Et dont on allait connaître hélas, quelques « échantillons » morbides, 40 ans plus tard en 1997, et souvent avec les mêmes tortionnaires… – durant la décennie de sang – avec les Crimes de Raïs, de Ramka ou de Bentalha, dont les images ont fait le tour du monde… au point que des voix autorisées dans le monde ont commencé à exiger la poursuite des criminels par-devant une Cour Pénale Internationale ad hoc, n’eût été – encore une fois – l’intervention du gouvernement français, pour faire entrave à la Justice et sortir de son chapeau, l’actuel président, pour servir de pare-feu… Mais c’est là une autre affaire…
En votre personne enfin, je m’adresse au successeur d’un improbable M. Hollande, coupable d’ingérence et de forfaiture grave, pour avoir clairement pris position en 2013, contre la destitution constitutionnelle d’un président algérien impotent et gravement diminué – otage de son propre entourage – pour ensuite en soutenir en sous-main, la réélection truquée qui s’ensuivit en Avril 2014, dans le dessein évident, de maintenir l’Algérie dans le glacis mortel de la vacance à la tête de l’Etat, pour saper notre pays chaque jour un peu plus, aux plans, à la fois politico institutionnel, socio-économique et socio-culturel et éducationnel… Un glacis programmé, propice à toutes les manipulations, à toutes les compromissions, à tous les pillages, à toutes les trahisons… A commencer par l’irruption de l’argent – et de l’argent sale – dans les allées du pouvoir, accompagnée d’une mainmise tantôt rampante, tantôt à découvert, du lobby de la « franco-sphère », comme qui dirait, celui des néo-harkis… Un lobby éminemment sioniste, islamophobe et anti-arabe – piloté depuis Paris, voire Tel-Aviv – qui a fait main-basse sur la quasi-totalité des centres économiques névralgiques de la nation – secteurs public et privé confondus – et sur l’Ecole algérienne, pour casser l’arabisation et l’enseignement des préceptes moraux de l’Islam, devenu aujourd’hui l’ennemi à abattre, aux yeux d’une Mondialisation qui « n’a plus pour Dieu qu’elle-même et ses vouloirs… », pour paraphraser l’auteur de la « Trahison des Clercs ».…


Si « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » comme l’a dit si justement, l’un de vos grands philosophes…, alors cessez d’insulter à notre bon sens… Et départez-vous surtout de cette détestable suffisance et de cette morgue qui voudrait suggérer que vous seriez une espèce de Proconsul romain, en villégiature sur des terres de vassalité…


Or, il s’en faut de beaucoup M. le président – et qu’on se le dise autour de vous – pour qu’un régime d’usurpateurs corrompus et félons, instauré par le fer et par le feu, sous le parapluie de la France, puisse gommer d’un coup de baguette magique – comme il a gommé des centaines de milliers de vies algériennes – la mémoire de nos millions de morts et de martyrs sacrifiés sur l’autel de la longue résistance du peuple algérien, à l’occupation coloniale française, pour que cette terre d’Algérie demeurât ce qu’elle est depuis près de 14 siècles, une terre musulmane. Une terre musulmane géographiquement africaine, historiquement méditerranéenne et socio culturellement arabo-berbère…où ont cohabité des siècles durant, aux côtés des musulmans et dans le respect de leur altérité, juifs, athées et chrétiens jusqu’à l’arrivée de la colonisation française… Une terre musulmane ouverte sur le monde, sur l’Humanité et sur cette Universalité qui ne saurait être – ipso facto – l’apanage du seul Occident, et encore moins, de ces hordes d’extrêmes droites ou d’extrêmes gauches qui n’ont de cesse à travers certaines manifestations en Europe, de se revendiquer à cor-et-à-cri, « blancs et judéo-chrétiens »… Une terre musulmane enfin, dont on cherche à ébranler les fondements et les valeurs, dans une démarche de redéploiement néocolonialiste planétaire, et dont il faudra aller chercher la grille de lecture chez les « fous de l’Antéchrist » c’est-à-dire chez les tenants d’un Ordre mondialiste éminemment dominateur et essentiellement financier, matérialiste et marchand, qui instrumentalise le concept du « judéo-christianisme » comme le faisaient il y a un siècle déjà, les criminels fondateurs du sionisme, en instrumentalisant la religion juive, pour in fine, occuper la Palestine, pour le compte de l’impérialisme d’abord…
Monsieur le Président,
Vous ne pouvez pas vous imaginer combien c’est affligeant pour un musulman, de voir les leaders des grandes puissances occidentales, dont vous êtes, nous parler – à nous, le bon peuple – et avec un bel ensemble, de leur « guerre internationale contre le terrorisme » (islamiste, bien sûr)…, en feignant d’oublier que le vrai terrorisme, c’est d’abord le leur, celui à grande échelle, qui a traversé l’Histoire, depuis les Croisades jusques à Hiroshima, en passant par le génocide de quelque 80 millions d’Amérindiens, l’esclavage de millions de Noirs… Sans oublier les Crimes coloniaux et sous nos yeux, leur prolongement économique à travers les pillages des matières premières des pays d’Afrique, le plus souvent gouvernés par des régimes corrompus à la solde des gouvernements Occidentaux et de leurs Multinationales…
Si « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » comme l’a dit si justement, l’un de vos grands philosophes…, alors cessez d’insulter à notre bon sens… Et départez-vous surtout de cette détestable suffisance et de cette morgue qui voudrait suggérer que vous seriez une espèce de Proconsul romain, en villégiature sur des terres de vassalité… Car, jusqu’à plus ample informé, ce n’est pas le Peuple algérien qui vous reçoit, mais un régime politique illégitime et discrédité, en perdition, en fin de vie, en fin de règne.
C’est l’amère rançon des relations frelatées entre pouvoirs mafieux, nouées dans le dos des peuples souverains…

Abdelkader Dehbi  –  3 décembre 2017

Mediapart  [Le Blog de Abdelkader Dehbi]

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