Ahmet Davutoglu compare Netanyahu aux terroristes de Paris, par Paul-Éric Blanrue

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Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu compare Netanyahu aux terroristes de Paris : « Comme les terroristes qui ont perpétré les massacres de Paris, Netanyahu a commis des crimes contre l’humanité à la tête d’un gouvernement qui a massacré des enfants qui jouaient sur les plages de Gaza », a-t-il déclaré avant une visite à Bruxelles. » Il a raison ce brave moustachu d’homme, mais peut-être faudrait-il qu’il fasse de son côté un effort de sécurité à l’aéroport d’Istanbul, parce que les moines-soldats de Daech ne passent pas par le Groenland ni La Terre-Adélie pour se rendre sur le théâtre des opérations.

Réfléchissons deux minutes. L’idée qui consiste à aller traquer les djihadistes dans les zones de conflit où ils se trouvent me remet en mémoire celle développée dans les années cinquante et soixante par ceux qui voulaient mener la guerre « fraîche et joyeuse » dans les régions où un régime de type communiste risquait de s’instaurer. Les « démocraties populaires » nouvellement mises en place étaient censées cultiver l’ambition, comme les takfiristes d’aujourd’hui, de conquérir la planète entière pour la soumettre à leur idéologie mortifère. Quel fut le bilan de ces opérations ? Des millions de morts, des familles ravagées, des pays ensanglantés qui, in fine, résistèrent avec courage à l’invasion occidentale et entraînèrent des reculs américains dans à peu près toutes les zones de conflit où ceux-ci s’étaient avancés. La stratégie adoptée par les anticommunistes de choc n’eut qu’un impact très limité sur la fin de l’histoire du communisme ; elle n’a pas empêché que de violents attentats soient menés en Europe, sous faux drapeaux, téléguidés par le KGB et la CIA. La fin officielle de l’histoire du communisme d’État a été plus simple que prévue : elle est provenue de l’effondrement interne de l’URSS, la maison-mère qui encourageait et finançait les guerres révolutionnaires à l’extérieur. Le lancement du programme Guerre des Étoiles de Ronald Reagan – que l’on avait pris pour un imbécile qu’il n’était qu’à moitié – a sonné le glas de la puissance militaire soviétique, qui n’est point parvenue à suivre celle de son meilleur ennemi sur son terrain et a englouti des sommes astronomiques dans son budget militaire tandis que le peuple crevait de faim et battait le pavé en quête d’un avenir plus rose. Une pichenette a suffi pour que que l’étoile rouge pâlisse et que la pyramide s’effondre sur sa base, emportant dans sa chute la momie de Lénine.

Les ressemblances entre le communisme et le takfirisme devraient nous inciter à nous poser de sérieuses questions sur la stratégie suivie aujourd’hui contre Daech et à revoir de près les anciennes cartes militaires. La conclusion qu’on devrait en tirer est celle-ci : il est inutile de se lancer à la poursuite des djihadistes disséminés dans chacune des parties du monde où ils se tapissent car 1° une telle multiplication des fronts est délicate sinon impossible vu l’état déliquescent de nos forces armées, et 2° cette course-poursuite finira par  renforcer et légitimer le discours djihadiste anti-occidental. Il s’agirait d’être plus direct, de mettre en accusation et de frapper ceux qui ont apporté et apportent leur soutien financier et logistique au takfirisme mondial. On doit commencer par la France, en convoquant l’ex-président Sarkozy et le philosophe décolleté BHL, alliés des djihadistes libyens avec qui ils ont coopéré pour éliminer le régime de Kadhafi et massacrer la population du pays. Il faut auditionner le président Hollande, qui a fait distribuer des armes aux rebelles en Syrie et a tenu, avec Laurent Fabius et quelques autres pingouins de la même banquise, des discours insensés soutenant la révolution et appelant au renversement du président Bachar el-Assad. On passera ensuite au cas du sénateur McCain, qui se pique d’entretenir d’excellentes relations avec les révoltés du Sham. On dirigera aussi les investigations vers d’autres États au premier rang desquels on peut d’ores et déjà placer Israël, qui a soigné des djihadistes sur son sol, et dont les intérêts stratégiques correspondent trait pour trait à ceux de Daech : semer le chaos au Proche-Orient et l’exporter au reste du monde. Last but not least, il faudra adopter les mesures qui conviennent à l’encontre de l’Arabie saoudite et du Qatar, qui ont fait parvenir des armes aux islamo-nihilistes dès les premiers temps de la révolution syrienne.

Au lieu de faire la guerre au monde entier pour des nèfles, avec un risque maximum de backlash fatal, il importerait de concentrer nos actions sur les hommes, les groupes et les pays qui soutiennent d’une manière ou d’une autre les takfiristes pour des intérêts qu’il importera de mettre en lumière.

Seul problème : je ne vois  pas un seul parti
 politique français emprunter ce sentier qui n’est autre que celui du bon sens et de l’histoire contemporaine bien comprise. Historia, la plus vieille revue d’histoire française où j’ai longtemps travaillé, a pour devise : « Le passé éclaire le présent ».  
À quoi il faut ajouter cette phrase tirée du 1984 du révisionniste George Orwell : « Qui contrôle le passé, contrôle le futur ; qui contrôle le présent, contrôle le passé ».  
Paul-Éric Blanrue
19 janvier 2015
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