Avec 14 médicaments en moyenne sur leurs ordonnances, les seniors courent un « risque d’accidents sévères »

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Crédit Photo : PHANIE.


Cela fait des années que nous mettons en garde contre le danger des ordonnances interminables – que nous avions appelées à l’époque ordonnances caddies – délivrées en France par des praticiens inconscients. Des ordonnances qui contiennent jusqu’à 25 médicaments et qui ne prennent pas du tout en compte les interactions médicamenteuses et l’effet cocktail des principes actifs. Chez les personnes âgées, il ne faut pas oublier que les fonctions rénale et hépatique sont affaiblies et qu’il est difficile pour ces organes nobles de métaboliser autant de produits chimiques à la fois.

Bien sûr, si un décès survient on dira que c’est l’âge avancé du patient qui en est la cause ou la pathologie sous-jacente, ce qui peut être totalement faux. Encore une fois, cette alerte ne servira hélas à rien, du moment qu’aucune sanction ne sera prise par les autorités sanitaires gouvernementales ou ordinales. Ça va continuer encore quelques décennies, ce qui permettra d’engraisser un peu plus les dividendes de Big Pharma.


Ordonnance_Caddie_2012


14,4 médicaments différents, prescrits et pris en automédication sur trois mois.

C’est ce que consomment, en moyenne sur trois mois, les 154 292 personnes de plus de 65 ans, polymédiquées, qui ont fait l’objet d’une étude* réalisée par Openhealth pour « 60 Millions de consommateurs », en partenariat avec France Assos Santé (association de patients) et le réseau Santéclair.

Lors de cette enquête, les prescripteurs de 37 000 de ces personnes prenant beaucoup de médicaments ont été analysés. Il s’avère que près de 50 % d’entre elles ont au moins trois médecins prescripteurs différents (généraliste, spécialiste et hospitalier). 16 % n’ont de prescriptions de médicaments que de leur seul médecin traitant. « Cela induit un risque, si chaque médecin ne s’assure pas que l’information de sa prescription est partagée avec ses autres confrères prenant en charge le patient », analyse « 60 Millions de consommateurs ».

89 % des personnes âgées confrontées à un risque

Autre enseignement, les médicaments totalement déremboursés par l’assurance-maladie qui ont un service médical rendu (SMR) insuffisant ou nul représentent tout de même 5 % des médicaments dispensés, 41 % d’entre eux ayant été prescrits à un patient déjà polymédiqué.

Surtout, l’analyse des ordonnances de ces quelque 154 000 patients révèle que 9 patients polymédiqués sur 10 sont confrontés en continu « à plus de trois associations médicamenteuses à risques ». Parmi les classes de médicaments les plus fréquemment rencontrées et pouvant conduire à des accidents : les antihypertenseurs (62 %), les IPP (61 %), les psychotropes (benzodiazépines) (47 %) ou les diurétiques (34 %).

Sur l’une des ordonnances étudiées, celle d’un homme de 80 ans, on retrouve par exemple trois antidiabétiques, trois antihypertenseurs, un traitement hypocholestérolémiant, un traitement contre la constipation et un traitement symptomatique de douleurs en cas d’hypertrophie de la prostate.

« Ces médicaments sont assortis de règles de surveillance régulières, par exemple pour les antihypertenseurs, ou sont déconseillés sur le long terme, comme pour les psychotropes, rappellent les auteurs de l’étude. Ces derniers font d’ailleurs partie des classes thérapeutiques le plus souvent impliquées dans des accidents iatrogéniques. »

Plus de coordination

Ainsi, 66 % des patients qui entrent en court séjour gériatrique présentent au moins une prescription inappropriée, « au premier plan desquelles une prescription de psychotropes avec de la benzodiazépine », d’après la littérature internationale citée dans l’étude. Selon l’assurance-maladie, ces accidents sont par ailleurs à l’origine de 130 000 hospitalisations et 7 500 décès par an chez les personnes de plus de 65 ans.

Pour prévenir ces accidents, plusieurs recommandations sont mises en avant. Tout d’abord, la supervision des prescriptions par le médecin traitant, « le seul à connaître le patient dans sa globalité », et l’implication des spécialistes. « Cela suppose d’avoir une coordination des acteurs suffisante », souligne Gérard Raymond, vice-président de France Assos Santé. Les auteurs de l’étude plaident également pour une « révision » régulière des ordonnances, dans le cadre d’une consultation longue par exemple, mais aussi pour un meilleur référencement à la ville comme à l’hôpital des données du patient et de ses prescriptions.


Source : Lequotidiendumedecin.fr

* Étude réalisée du 1er septembre au 30 novembre 2016, auprès de 154 292 personnes de plus de 65 ans identifiées comme polymédiquées.

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