Ce que révèlent les « Paradise Papers » sur le système des paradis fiscaux

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Coucher de soleil à George Town, capitale des îles Caïmans. (GARY HERSHORN / REUTERS).


Les enfers fiscaux ont été créés par le système financier sous les autorités des états occidentaux et en toute légalité ; on en a plusieurs en France même. Ils sont essentiels non pas à l’évasion fiscale qui est un écran de fumée, mais à la blanchisseuse internationale du crime organisé… Pourquoi personne n’en parle ?


Les « Panama Papers », en avril 2016, avaient provoqué un choc.

Mais ils pouvaient encore laisser croire que les paradis fiscaux étaient une anomalie de l’économie. Une zone noire, abritant des capitaux douteux, mis à l’abri par des personnes peu recommandables. L’affaire Cahuzac avait renforcé ce sentiment. L’ancien ministre n’avait-il pas caché au fisc une partie de sa richesse en Suisse puis à Singapour ? Un acte illégal qui lui a valu une condamnation.

Ce que révèlent les « Paradise Papers », cette nouvelle enquête planétaire menée par 381 journalistes – dont la cellule Investigation de Radio France et Le Monde, à l’initiative du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, sous la coordination du consortium international des journalistes d’investigation ICIJ à Washington – c’est que les paradis fiscaux ne sont pas une anomalie du système… Ils sont le système.



L’économie est en effet organisée de manière à permettre aux capitaux de s’évaporer dans des asiles où les taxes n’existent pas. Elle est structurée de manière à soustraire une richesse phénoménale aux pays dans lesquels de grands groupes réalisent leur chiffre d’affaire. Pays qui, pour beaucoup, connaissent par ailleurs un endettement massif qui plombe leurs comptes publics et fait porter la charge de l’impôt sur leurs citoyens.

La longueur de la liste des multinationales ayant des filiales aux Bermudes, aux îles Caïmans, à Maurice, aux îles Vierges britanniques, ou ailleurs, le démontre… A cette liste se conjugue une ribambelle de noms de millionnaires ou de milliardaires : hommes d’affaires, oligarques, sportifs ou stars du show-business… Ce constat ne peut qu’accréditer l’idée suivante : plus on a des revenus élevés, moins on paye de taxes.

Les entourages de Trump, de Trudeau ou la reine d’Angleterre éclaboussés

L’enquête des « Paradise Papers » établit d’ores et déjà qu’un proche de Donald Trump, l’actuel secrétaire au commerce des États-Unis, Wilbur Ross, entretient des liens d’affaires avec l’entourage du président russe, Vladimir Poutine.

L’exploitation des données des « Paradise Papers », sous la coordination de l’ICIJ, révèle également que des proches de Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, ont placé des millions d’euros dans des trusts qui échapperaient au fisc. L’enquête montre par ailleurs que la reine d’Angleterre a, elle aussi, eu indirectement recours à des paradis fiscaux pour placer des fonds.

Des opérations menées en toute légalité

L’enquête des « Paradise Papers » démontre également que les montages permettant d’échapper à l’impôt se font presque toujours sans enfreindre les lois. Si le cabinet Appleby a parfois pu être pris en défaut par les régulateurs, la plupart des mails qui ont fuité révèlent une propension et une application à respecter la loi. Car les règles de l’économie mondiale n’ont pas besoin d’être enfreintes pour permettre l’évasion des capitaux. Règlement de royalties à des sociétés offshore, siphonnage légaux de bénéfices, sociétés implantées dans deux pays, ce qui permet d’échapper aux radars du fisc, organisation de prêts en cascades les dispositifs réglementaires sont légions. Et lorsqu’un de ces modèles est menacé par les pouvoirs publics, un nouveau s’y substitue pour pérenniser cette fuite légale des capitaux.

Un mémo intitulé Organiser la richesse en 2020 et rédigé par le cabinet Appleby, en dit long sur l’avenir de ce système : après une croissance de 22% de la richesse individuelle enregistrée entre 2013 et 2016, il pronostique une nouvelle hausse de 6,8% par an. Résultat : les places offshores devraient abriter 12,4 milliards de milliards de dollars fin 2018 ! De quoi donner le vertige…

C’est dire si les mesures prises après la crise financière de 2008 dans le sillage du G20 de Londres ont été insuffisantes. Et si, faute d’une réaction vigoureuse et planétaire, les paradis fiscaux ont encore un bel avenir devant eux.


Jacques Monin – Radio France


Source : Cellule Investigation Radio France / ICIJ / Süddeutsche Zeitung
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