Charles Aznavour et la fraude fiscale : comment la république honore un délinquant !

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Déjà, il convient de faire remarquer que la république française passe son temps à organiser des hommages nationaux pour de simples chanteurs, des hommages télévisés en direct dans les lieux prestigieux de la république décadente. Il ne s’agit pas ici de douter du talent de chanteur de Charles Aznavour, mais force est de devoir lui reconnaître un autre talent, celui de la fraude fiscale.

Car ce qui est encore plus choquant c’est le fait de savoir que Charles Aznavour, s’il a pu cumuler une fortune estimée à 150 millions d’euros, c’est grâce à une optimisation voire une évasion fiscale via un holding au Luxembourg ou tout simplement une domiciliation en Suisse, à l’image d’un grand nombre d’artistes et de sportifs français qui font pourtant leur beurre grâce au savoir-faire hexagonal et un public en grande majorité français.


« Il y a quelques gens de la politique qui pouvaient, paraît-il, arranger mon coup et moi j’avançais un peu d’argent en liquide pour les votes qu’ils devaient avoir, notamment pour les affiches »


Pire encore, celui qui a eu droit à un discours du président de la république Emmanuel Macron, a expliqué dans des interviews qu’il avait corrompu des fonctionnaires du fisc et des politiciens afin d’avoir droit à des réductions fiscales ! Ceci est extrêmement grave, même si les faits sont prescrits, car c’est un délit passible de trois ans de prison et d’un million d’euros d’amende ! Loin de nous l’idée de nous satisfaire de payer des impôts à un état vorace et incompétent mais de là à être sanctifié et célébré par ce même état qu’il a volé, ce n’est pas acceptable.

En d’autres termes, la république décadente et corrompue a honoré un personnage qui a fraudé le fisc et qui s’en est même vanté en avouant avoir eu recours à la corruption pour atteindre son objectif (3 ans de prison et 1 million d’euros d’amende). Ces gens n’ont absolument aucune limite ; de toutes façons nous avons vu dans notre beau pays des pédophiles se faire décerner la Légion d’honneur, voire élevés au grade de commandeur ! Ce ne sera certainement pas une « ‘tite » fraude fiscale qui va empêcher ces dégénérés de trouver le sommeil, la nuit tombée…


Depuis plus de quarante ans, le chanteur a multiplié les démêlés avec le fisc français.

Au printemps, il a été accusé de détenir un holding au Luxembourg.

Charles Aznavour et le fisc, vaste sujet. Dès 1972, l’auteur-compositeur interprète, Français d’origine arménienne, s’exilait en Suisse, se disant victime d’un complot du giscardisme alors au pouvoir. Poursuivi pénalement pour fraude fiscale, il bénéficiera dans la foulée d’un non-lieu et en tirera cette morale toute personnelle : « J’ai répété mille fois que je n’étais pas parti, on m’a poussé dehors.»

Très pointilleux sur le sujet, il le répétera dans de multiples interviews dans les décennies suivantes : « Moi, un évadé fiscal ? Qu’on vienne me le dire en face !» Renversant sans cesse la charge de la preuve : « On aurait dû me blanchir, on ne l’a pas fait, me montrant du doigt au contraire.» Principale ligne de défense fiscale du chanteur de la Bohème : il se revendiquait artiste international, sans attache locale particulière. «J’ai construit une carrière à l’étranger.» Va donc pour la Suisse, en sus de la France, des États-Unis ou de son Arménie d’origine. Mais quid du Luxembourg, où il aurait logé en 2007 un holding intitulé Abricot SA (1), révélé au printemps par Mediapart et le Soir ?

Le Grand-Duché est davantage connu pour ses douceurs fiscales que pour son appétence musicale.

Quelques millions d’euros y transiteront, au risque de contredire – du moins de compléter – cette profession de foi aznavourienne selon laquelle il payait plus d’un million d’euros par an d’impôts en France.

Emporté par ses diatribes antifiscales (du moins contre le fisc hexagonal), Charles Aznavour s’était tiré une balle dans le pied il y a cinq ans, en tournée promotionnelle à l’occasion de la publication de sa biographie, Tant que battra mon cœur (2). Il a donné de multiples interviews revenant sur ses arriérés fiscaux assorties de cette vieille anecdote sur France Info : « Les avocats m’ont coûté cher, mais il […]


Renaud Lecadre  –  Libération 


(1) Il y logera ses droits d’auteurs, des membres de sa famille étant désignés comme bénéficiaires directs ou indirects.

(2) Editions Don Quichotte, 2013, 240 pp.

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