Être juif au Maghreb à la veille de la colonisation

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Pour qui s’intéresse à l’histoire du Maghreb et à la vie des populations juives un petit ouvrage à connaître que je conseille vivement de Jacques Taïeb intitulé, Être juif au Maghreb à la veille de la colonisation.

Il retrace de manière claire et succincte environ 1000 ans de cohabitation entre les différentes communautés juives du Maghreb, du Maroc jusqu’en Libye, avec leurs concitoyens musulmans. Il remet surtout à jour certaines idées reçues comme la prétendue ségrégation systématique des Juifs au sein des communautés islamiques alors qu’elles furent plus que marginales. Elles n’étaient pas la règle, mais l’exception contrairement aux affirmations de différents prosélytes adeptes des guerres de civilisation. Le statut de dhimmi et son impôt la jizya est débarrassée du fantasme des identitaires qui le voient comme une domination financière et une humiliation. La réalité est pourtant d’une simplicité enfantine et Jacques Taïeb l’explique remarquablement. Il détaille le fonctionnement économique et religieux propre aux multiples communautés juives du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie et de la Libye libres de pratiquer leurs cultes comme bon leur semble, ainsi que la cohabitation avec les musulmans. Sans tabou, mais sans exagération non plus, les écrits de Jacques Taïeb nous informent d’un Maghreb islamo-judaïque cosmopolite, hétéroclite, mais profondément pacifique même si ponctué régulièrement par des crises et parfois des violences comme le sont toutes les cohabitations de par le monde. Mais absolument rien de comparable avec ce qui se passait depuis des siècles avec les communautés juives d’Europe que ce soit en France, en Espagne ou ailleurs en Europe centrale. Il en ressort une image aux antipodes de la doxa dominante française omniprésente dans la presse écrite et télévisuelle où l’islam est antisémite en écho à l’actualité des fameux signataires contre le nouvel antisémitisme musulman. Une société islamique antisémite que les Juifs eux-mêmes ne se sont pourtant pas gênés de prendre pour exemple.

« Ainsi dans les villes existait un tribunal rabbinique (beit el Din) déterminant le licite et l’illicite en matière religieuse par la promulgation d’ordonnance que l’homme de la rue nommait fatwa par analogie avec leurs équivalents islamiques. […] il arrivait fréquemment enfin que des parties portent leurs différents devant l’amin (syndic) de leur corporation, juge musulman sévère, mais équitable. »

L’Antisémitisme était si virulent au soir de la colonisation française en Algérie qu’en 1830 il y avait à Alger, sur une population totale de 30 000 habitants…6 500 juifs. Près de 20 % de la population algéroise était judaïsante. C’était le cas pour de nombreuses autres villes du Maghreb.

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