La France soumise, par Stéphanie Blète

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Ça y est ! Certains le craignaient sans vouloir y croire tellement la scénario paraissait invraisemblable et malsain : Hollande a gagné la Présidentielle par son poulain Emmanuel Macron interposé ! Qui l’eût cru ? Malgré l’effondrement des partis politiques – ou plutôt grâce au vrai-faux suicide organisé du PS et des Républicains pour rendre le miracle possible -, le système a fini par emporter la bataille de tous les dangers.

Il est difficile de le concevoir pour ceux qui, comme nous, connaissent la catastrophique réalité économique et sociale de la France, sa décadence, sa perte de prestige, d’identité, sa chute vertigineuse sur tous les plans. Pourtant, cela est. Quant au second tour, ne nous leurrons pas, il est déjà joué. Additionnez tous les chiffres que vous voudrez, soustrayez l’erreur de la Rotonde qui sera vite oubliée, là encore les jeux sont faits : Macron sera le prochain président de la République dite française. Les discours euphoriques des leaders lepenistes n’y changeront rien.

Disons-le sans prendre de gants : la médiocrité est plus que jamais la chose en France la mieux partagée. Il nous faudra avoir vécu cet événement dramatique pour prendre conscience de la victoire de la bêtise et du conformisme aplaventré sur les consciences de nos compatriotes endoctrinés. Les pronostics du Big data se sont révélés trompeurs : ils ont interverti l’inverti Macron et l’inverti Fillon, croyant, sur la foi des seuls commentaires virtuels du Net, que, vu le ras-le-bol général, la France était plus à droite qu’elle ne l’est. Raté ! Tandis que les sondages trafiqués sont à moitié faussés, l’information virtuelle est appelée à rester un pur fantasme et ne sera pas déclarée à moitié vraie.

La situation est celle-ci : nous sommes noyés dans le marasme jusqu’au cou mais les Français craignent que l’état n’empire avec un Frexit qui leur rendrait leur liberté. Ils sont d’ailleurs, dans leur majorité, épouvantés par toute idée leur apparaissant comme vaguement radicale, de droite, de gauche ou d’ailleurs (thèse de François Asselineau de l’UPR). Relire La Boétie, le Discours de la servitude volontaire. Date : 1576.

Un Français sur cinq est « mariniste ». Score énorme, dit-on. Il est surtout bien moins que prédit par tous les sondages dont certains le faisaient monter jusqu’à 25% ou 30%. Ses laudateurs et les larbins du régime, en plein accord, s’époumonent pour faire accroire que c’est un « résultat historique ». Mais en réalité il n’est guère concluant, compte tenu de la promotion dont le FN a bénéficié depuis deux ans, sans parler de la vague des réfugiés (son fonds de commerce) et des attentats de Daesh qui frappent la France, vendredi dernier encore. Les mélenchonistes sont eux-mêmes mis hors-jeu alors qu’ils avaient cru décrocher le soleil en escomptant mécaniquement sur le poids du chômage et de la crise, sur l’exaspération du « peuple de gauche », pour multiplier les bulletins de vote comme des petits pains dans les urnes.

Nous ne croyons pas aux partis, mais à ce dont ils témoignent, et ils témoignent, tel est le fond de l’affaire, de l’effritement du sentiment réfractaire de la population. Les partis prétendant larguer le système sont largués. Les Français sont-ils trop vieux pour une révolution ? Sans doute. Le peuple se gérontise. En tout cas, ils manquent sérieusement de jus pour la commencer. Il est vrai que la République partisane joue bien son jeu : les Français sont éclatés en trois ou quatre tendances si éloignées les unes des autres qu’elles ne permettent plus aucune action concertée possible. Car il ne s’agit pas de se dire contre le système pour être en capacité de s’unir pour le renverser ! Toute la perversité démocratique est là : diviser pour mieux régner…

Cette Présidentielle a été un grand tour de magie à la Copperfield. Tout s’est joué sur l’apparence, terrain de prédilection de l’ingénierie sociale qui fabrique les consciences de nos contemporains déboussolés. On se rend compte à présent que c’est le personnage de Hollande que les Français n’aimaient pas, le Pingouin, sa tête de carême, sa dégaine de serveur de bistro, sa ridicule teinture noire de jais, sa scoumoune légendaire, et non sa politique dont personne n’a cherché à faire le bilan désastreux comme si ces cinq dernières années n’avaient jamais existé.

Au contraire, Macron est un jeune homme dans le vent, il passe la rampe, se garde de prononcer le mot qui fâche. Il est le gendre idéal, gay friendly, homo mais pas trop (conseil de Mimi Marchand), chic, la cravate bien mise et peigné comme un premier communiant. Effet calmant, hypnose… Aspirine, Xanax, Stilnox. Son culot a été de se présenter comme se situant en-dehors des partis classiques, alors qu’il en est l’émanation chimiquement pure et que son ambition est de les rassembler autour de sa personne après leur explosion et la recomposition du paysage politique qui suivra les Législatives.

Le côté union droite-gauche, centro-centriste de son programme, son grand nulle part s’étirant, comme de la pâte à mâcher, de Robert Hue à Alain Minc en passant par Cohn-Bendit et Bolloré, a séduit la foule sentimentale qui rêve depuis 1789 d’un roi arbitre. Cette fois, son roi sortira tout droit de la banque Rothschild !

Les sondages auto-réalisateurs, le battage médiatique et les attaques concertées contre François Fillon ont fait le reste.

Mais, redisons-le, un peuple chromosomiquement révolté aurait dû être capable de résister à la Propagandastaffel, comme l’a montré l’expérience du Brexit au Royaume-Uni. Il n’en a rien été.

Macron représente à la perfection le mondialisme attalien le plus haïssable. Hélas, la capacité de résistance des Français et leur intelligence politique apparaissent aujourd’hui comme extrêmement faibles face à lui et ses soutiens hyper-mondialisés. On ne voit pas les trotzkistes NPA-LO-méluchiens voter Marine Le Pen comme par magie ni comment ce fameux « plafond de verre » qui bloque son ascension peut être percé par le report des quelques LR en révolte, alors que tout l’état-major du parti filloniste a appelé à la bonne vieille stratégie du « Front républicain ».

Pour finir, rappelons que rien de bon n’est jamais sorti du FN et n’en sortira jamais. On vient à nouveau de le constater et on le verra encore le 7 mai prochain. La majeure partie des électeurs le perçoivent comme un parti dangereux (malgré son virage LGBT-sioniste : tout ça pour ça !) et peu sérieux (de fait, il ne l’est pas). Comme François Asselineau le répète avec raison, ce mouvement a depuis sa création dans les années 70 fait systématiquement gagner ses concurrents de gauche et rendu impossible toute alternative crédible. Bref, chiffres en main, il est impossible que Macron soit débarqué du second tour. Merci, Marine ! Bravo Alain Soral pour ses analyses si fines qui conduisent immanquablement le système à demeurer en place ! Hourra pour Stéphane Blet, pote de Marine et ami de 30 ans de Pierre Bergé, ce sacré virtuose qui a dans ses poches des cartes de membre lui permettant de jouer au pique-assiette dans les carrés VIP de tous les camps !

À cause de ces gens, à cause surtout du sidérant manque de résistance des électeurs, affaiblis et éclatés en factions, c’est donc reparti pour 5 ans de capitalisme financier apatride, avec attentats et guerres diverses à la louche afin que le bon peuple terrifié implore, avec des larmes de sang, plus de police à l’État macronisé, plus de répression, et plus de guerre encore pour en finir avec la guerre. Comme si le pantin d’Attali en avait quoi que ce soit à fiche de votre sécurité et de la paix internationale !

Mais qui l’a élu roi ?

Stéphanie Blète

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