La passion du marquis de Lesquen, par Lotfi Hadjiat

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Chers lecteurs,

On me presse de tous côtés pour écrire un article sur la Syrie, l’Algérie, Gaza, Israël… mais tout bien considéré, sur la Syrie ou l’Iran, j’ai déjà dit tout ce que j’avais à cœur de dire dans mon modeste article intitulé « La guerre des trois n’aura pas lieu ». Et en effet, elle n’aura pas lieu malgré l’obstination belliqueuse inouïe de la vermine de l’humanité autour de Trump et Macron, mon petit doigt me dit d’ailleurs que cette vermine sera confondue prochainement. Sur l’Algérie, la gangrène de la corruption au plus haut niveau ne pourra accoucher que d’un trou noir dans lequel disparaîtra le pays. Logique, inébranlable logique. Le seul espoir c’est que Bouteflika fasse un cinquième mandat… ! Quant à l’État israélien, héritier de Caïn, l’exclusive logique de mort de cette entité ne peut la mener qu’à la mort, sa mort. Les grandes lignes des événements de l’humanité suivent une logique, que j’ai cherché à formuler toute ma vie, disons depuis l’adolescence, une logique dont la recherche me torture encore aujourd’hui. Mais laissons de côté ces tortures, j’aimerais vous parler de tout autre chose, et rigoler un bon coup. Avant de vous livrer ce qui suit, j’ai longuement hésité, tout le monde n’a pas le sens de l’humour, mais il y a des moments où l’humour est salutaire. Figurez-vous que le marquis Henry de Lesquen m’a commandé, voilà quelques mois, une lettre d’amour. En effet, Henry était tombé amoureux d’une prostituée gabonaise qui le jeta finalement. « Cette passion amoureuse te perdra », lui dis-je mais il n’écoutait plus. Le voyant désespéré et craignant qu’il ne fasse une mauvaise chute au sommet de la tour Montparnasse, je me mis rapidement à l’ouvrage. Lorsqu’il lut le début de la lettre, son enthousiasme revint en force et il me raconta leur histoire en détail, écrivant lui-même quelques phrases, emporté par son romantisme. Mais quelques jours plus tard, il me rappela pour me dire d’abandonner la missive ; il était tombé amoureux d’une autre fille de joie, togolaise. Je lui répondis alors que je m’étais quand même casser le crâne à lui écrire une belle lettre. « Tu m’emmerdes ! », me hurla-t-il avec beaucoup de panache et me raccrocha au nez. Ne sachant plus quoi faire de cette lettre, j’ai finalement décidé de la partager avec vous :

« Ma douce reine noire,
J’écoute ton cœur qui ne m’écoute plus et qui semblait me dire d’un air amusé : « t’as vraiment une drôle de gueule ». Je me souviendrai longtemps de ce que tu me déclaras près d’un chêne du bois de Vincennes à la tombée de la nuit. Ce fameux chêne au pied duquel nous nous sommes connus. J’écoutais alors la tendre mélodie de ton rire en me pâmant de bonheur entre tes deux pyramides d’Égypte, dans la douceur de ton canal de Suez. « T’es pas fait pour moi, oublie-moi », me dis-tu en fourrant la liasse de billet dans ton sac à main. Mais comment t’oublier, mon âme tourmentée s’est tant enivrée dans tes bras suaves que je ne puis me résigner à cet exil sans retour… dans ma fiévreuse errance sur tes sables mouvants, en manque d’eau de ton Nil, je vois ton visage se dessinait partout où je tente de t’oublier… dans l’écume des vagues ivres de ta beauté… dans la voûte étoilée de tes yeux… dans l’ombre des longs feuillages de tes cheveux… dans les ondes d’un café noir en remuant le sucre… le sucre de tes lèvres perdues qui creuse ma douleur. Le destin de mon calvaire est entre tes doigts aux ongles nacrés. Vois, je m’incline à tes pieds comme un esclave qui te supplie de ne pas l’affranchir. Et de franchir le seuil de son cœur brisé. Quelle que soit ta réponse à ma dolente élégie, ma douce dame, je te prie de croire en la vérité de mes sentiments et en la vertu de mon désespoir« .

Voilà, aux dernières nouvelles, Henry est toujours avec sa togolaise, ils filent le parfait amour. L’autre jour, il m’appelle au milieu de la nuit, je craignais le pire mais il me rassura dès les premiers mots : « On cherche un prénom avec Fatou, que penses-tu de Abou ? ».

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