L’âne volant par Pierre-Yves Lenoble

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Nous nous proposons ici d’expliciter la riche symbolique de ce célèbre hadith eschatologique qui, à nos yeux, est un parfait résumé de notre époque contemporaine : « Le messager d’Allah, Muhammad (saws) a dit : « Dajjal (l’Antéchrist) va monter sur un âne volant avec les oreilles étendues, la distance entre ses oreilles est de quarante coudées, il voyagera sur terre à la vitesse des nuages ».

Tout d’abord, nous écarterons les commentateurs récents qui, conformément au littéralisme ambiant, ne racontent que des âneries et mériteraient un bonnet d’âne. Par exemple, nous ne suivrons pas l’interprétation émise par un Cheikh, directeur durant dix ans des prières du Vendredi à la mosquée de l’ONU (oui, tout est possible à notre époque), qui affirme que cet âne volant serait un… avion.

Plusieurs choses retiennent notre attention ; la première impression que nous laisse le hadith est que cette apparition du Dajjal sera marquée par un coté avant-tout absurde, parodique et grotesque à l’image de cet âne muni d’ailes qui n’existe pas dans la nature et dont l’aspect monstrueux nous évoque inévitablement les manipulations génétiques et les hybridations en tout genre, largement pratiquées de nos jours.

De plus, en tant que « singe de Dieu », « trompeur » et roi de l’inversion de toute chose, il paraît logique que la monture de l’Antéchrist constitue une mauvaise imitation de celle du Messie qui, selon la tradition biblique (mais aussi hindouiste), apparaîtra sur un cheval blanc, symbole du Verbe divin et de la Lumière de l’esprit ; il y a là aussi une contrefaçon satanique du « Voyage Nocturne » du Prophète (saw) sur le cheval ailé Bouraq. D’ailleurs, d’un point de vue biologique, on peut dire que l’âne, connu pour être extrêmement têtu et fourbe, peut être assimilé à une forme dégradée du cheval, réputé quant à lui pour sa prestance et sa fidélité (ne dit-on pas qu’il est la plus belle conquête de l’homme ?).

En outre, le fait que l’âne plane dans les airs nous indique que les tromperies du Dajjal seront essentiellement de nature psychique et se dérouleront en nous-mêmes, au sein du domaine intermédiaire subtil (soit dans le monde imaginal). Cet animal est donc une sorte d’anti-Verbe ou d’anti-Vertu (il fracture la Virtus, la force intérieure viril des êtres humains et est donc synonyme d’in-version, de per-version, de di-vertissement et de sub-version suivant l’étymologie), c’est l’archétype adéquat pour figurer la bêtise, les troubles psychologiques, l’uniformisation sous-qualitative et l’abrutissement général qui sèmeront le désordre dans le for intérieur de chaque homme sur terre à la fin des temps (d’où son immense étendue).


N’oublions pas que le premier ordinateur individuel était vendu 666 dollars par Apple (dont le logo est la funeste pomme croquée).


Nous rappellerons que le symbole de l’âne a partout et toujours été revêtu d’une signification sinistre et incarne les forces maléfiques les plus diverses. Par exemple, les anciens égyptiens représentaient le dieu ténébreux Seth (le frère d’Osiris, assimilable au Satan biblique) sous la forme d’un âne rouge, et l’art hindou montre toujours la déesse diabolique Mudêvî monté sur son dos ; dans une autre perspective, observons que de nombreux prophètes et autres maîtres spirituels (comme Jésus, Lao Tseu ou saint Bernard) ont été figurés chevauchant un âne afin de marquer leur totale maîtrise du psychisme inférieur et des forces démoniaques.

Dans la même veine, René Guénon donne une illustration caractéristique du rôle pour le moins ambivalent joué par l’âne, notamment dans les festivités carnavalesques médiévales : « Nous mentionnerons (…) certaines fêtes d’un caractère vraiment étrange qui se célébraient au moyen âge : la « fête de l’âne », où cet animal, dont le symbolisme proprement « satanique » est bien connu dans toutes les traditions, était introduit jusque dans le chœur même de l’église, où il occupait la place d’honneur et recevait les plus extraordinaires marques de vénération » (Symboles de la Science Sacrée, Gallimard, 2007, p. 140-141).

Nous ferons également remarquer que la légende de l’âne volant est bien connue du village de Gonfaron dans le Var ; elle raconte qu’un habitant qui refusa orgueilleusement de vénérer le saint local (nommé Quinis), reçu pour punition de chuter du haut d’une montagne avec son âne (voir à ce sujet : http://transenprovence.over-blog.com/article-34650609.html)

En clair, cette image prophétique du diable sur son âne aérien est une fidèle allégorie de notre monde à-rebours actuel : c’est la figuration idéale de la profanation de toutes les religions, de la « société du spectacle », du nivellement par le bas de l’intelligence, de la tvlobotomisation, et surtout, de la généralisation à l’échelle globale d’internet, qui est l’instrument parfait de l’abrutissement général (via un flux d’inepties et de vulgarités de plus en plus rapide ; on peut dire ainsi que la connerie humaine « voyage à la vitesse des nuages »), le facteur ultime de rivalités mimétiques perpétuelles (songeons à la commentarite violente des bons à rien réagissant à leur émotivité de femme-enfant, montrant par là leur statut de parasites humains incapables de créer quoi que ce soit) et l’outil idéal du flicage du bétail humain par les services de renseignement de nos pseudo-élites (d’où ses grandes oreilles). N’oublions pas que le premier ordinateur individuel était vendu 666 dollars par Apple (dont le logo est la funeste pomme croquée).

Un vivarium rempli d’idiots zombifiés et transhumains, voilà ce que ce hadith prévoyait depuis plus d’un millénaire…

Pierre-Yves Lenoble


Site de l’auteur : http://sophiaperennis.unblog.fr/

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