Le businessman camerounais et la hyène blanche, par Lotfi Hadjiat

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En roulant dans la brousse au crépuscule, un gros businessman camerounais, Dieumoney Parlà-Parlà, aperçut une hyène blanche famélique, un morceau de charogne entre les lèvres et de la bave plein la gueule. Il appuya sur la pédale de frein pour observer la bête hideuse. « Oh toi !… la hyène… Comment tu t’appelles ? », lui lança-il. La hyène s’approcha, « Alain Moral », dit-elle. « Moral ? Avec ta gueule ?… T’es un comique toi, dis-donc ! », fit Dieumoney en rigolant. « Viens avec moi, on fera du pognon », lui dit-il. La hyène trotta vers lui et sauta dans le pick-up. « Oh dis-moi, la Morale ! Qu’est-ce que tu pue ! », s’exclama Dieumoney. « T’inquiète pas, j’ai la tchache, ça compense », fit la hyène. « Faudra quand même camoufler pour les clients…, c’est une infection, mon ami ! », lui assura le gros camerounais. « C’est quoi ton business ? », siffla la hyène. « La politique…, c’est le meilleur business ! Héhéhé ! », fit Dieumo en partant d’un gros rire. Le pick-up fila à travers la brousse, passant parfois par quelques villages miséreux. « Tu vois ces gens, dans les villages… ils ont la rage, ils veulent du rêve, de l’espoir… », fit le businessman. « Ils veulent surtout un bouc émissaire pour fixer leur rage », bava la hyène. « Ouais…, on va peaufiner tout ça », grommela Dieumo. Après une heure de route, le pick-up s’arrêta devant un grand portail qui s’ouvrit automatiquement, laissant découvrir une grande propriété où trônait un grand palais. « Allez viens, on va bouffer », fit l’homme d’affaires en sautant du pick-up. La hyène le suivi par l’odeur alléché et ils pénétrèrent dans le palais. La hyène se dirigea immédiatement vers le plantureux buffet. « Sers-toi la hyène… ! Caviar, saumon fumé, langoustines… », lui lança Dieumo en s’affalant sur un sofa, une coupe de champagne à la main. Une petite armée de bénévoles s’activait autour de lui et du nouvel arrivant pour les servir au mieux. « Y a beaucoup de concurrence en politique, faudra trouver le bon filon… », lâcha-t-il en direction de la hyène qui n’entendit rien. « Oh, je te cause ! », insista-t-il. La bête releva son museau dégoulinant. « Faudra trouver le bon filon », répéta le camerounais. « Le bon filon c’est les Juifs, avec eux y a toujours du pognon, que tu sois avec eux ou contre eux », répondît la hyène en fourrant son museau dans le carpaccio. « Héhéhé, tu me plais, la Morale, fit l’affairiste, faudra simplement prévoir un budget pour les procès, et quelques gardes du corps… Faudra aussi choisir un nom pour le mouvement… La dissidence…, non ? ». La Morale n’écoutait plus, elle engloutissait un grand verre de champagne. « Faudra aussi que tu t’entraînes dans mon théâtre… les conférences de presse… les débats… les spectacles…. », marmonna Dieumoney. « La dissidence ? Ouais, bof… L’émancipance…, ça sonne mieux, non ? Au fait, on fait quoi des gêneurs ? », dit la hyène en dévorant le roquefort. « On les élimine, t’as une meilleure idée ? », fit le businessman. « On peut les faire chanter aussi », dit la hyène relevant son museau dégoulinant de roquefort et de carpaccio. « Dis-donc, t’es une belle petite ordure… va falloir que je me méfie de toi », fit l’africain. Les bénévoles se relayaient pour laver les pieds de Dieumo et de la hyène, pour les raser, les coiffer, faire leur manucure et pédicure, servir le buffet, le desservir. « Ils bossent beaucoup ces serviteurs, tu les payes combien ? », fit la hyène en rotant et engloutit un autre verre de champagne. « T’inquiètes, c’est des bénévoles… », lui répondit Dieumo. « Faudrait pas qu’ils se révoltent… et qu’ils balancent tout sur nous… dans la presse, ou sur le Net… Quoique… Quelques menaces de morts, et ils devraient filer droit », fit la hyène repue en s’étalant sur un transat près de la piscine, pendant que le businessman comptait et recomptait des liasses de billets. « Un peu de poudre à snifer me ferait le plus grand bien », marmonna la Morale dans sa bave. Les jeunes bénévoles s’activèrent pour lui ramener de la poudre avec une petite paille, et restèrent près de lui pour l’admirer. « C’est qui le patron ? », asséna le charognard aux jeunes. « C’est toi, maître ! », répondirent les jeunes en chœur. « Qui vous émancipera ? », ricana la bête. « C’est toi, maître ! », toujours en chœur. La hyène éclata de rire et leur cracha dessus puis s’endormit. Les jeunes, dégoulinant du cracha du maître, n’en restèrent pas moins près de lui pour l’admirer en train de… ronfler. Un jeune s’aventura près de la piscine, glissa, se brisa le crâne, tomba dans l’eau et se noya au clair de lune dans l’eau devenue rouge. Le lendemain, le cadavre avait disparu et l’eau du bassin était à nouveau limpide. Après avoir astiqué toute la nuit, les bénévoles s’activaient maintenant pour préparer le petit déjeuner, avant que Dieumo et la hyène ne se réveillent…

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