Le monde financier peut-il s’écrouler comme il y a 10 ans ?

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Photo: 123rf.com


C’est au moment o on s’y attend le moins que la gifle arrive et fait le plus mal. 10 ans après la dernière crise des subprimes/CDS… les gens ont déjà oublié et croient que le système peut durer une éternité. Rien n’est moins certain et le futur proche devrait pouvoir le prouver.


Une crise à l’image de celle qui a failli entraîner l’écroulement du système financier mondial en 2009 peut-elle de nouveau se produire?

Voilà la question qui tue et qui sera sur toutes les lèvres des commentateurs tandis que l’on souligne l’anniversaire de la crise économique et financière qui a éclaté il y a 10 ans.

John Higgins, économiste pour le cabinet britannique Capital Economics, nous rappelle à juste titre l’origine de la crise: le 9 août 2007, la première banque française, BNP Paribas, largue une petite bombe sur les marchés en annonçant qu’elle est contrainte de geler trois de ses fonds sous gestion, investis en partie dans les prêts hypothécaires à risque aux États-Unis.

Appelés subprimes, ces prêts hypothécaires étaient consentis aux ménages américains les moins solvables.

L’annonce de BNP Paribas a été le détonateur d’un mouvement de panique sur les marchés financiers qui a forcé la Banque centrale européenne (BCE) à réaliser une intervention sans précédent tôt le matin du 9 août pour éviter une crise de liquidités.

Son remède de cheval: une injection de 95G$US sur le marché monétaire.

Comme elle l’explique dans une analyse subséquente, la BCE a été la première des grandes banques centrales du monde à prendre des mesures d’une ampleur historique dans ce qui allait devenir la plus grave crise depuis 1929.

« Dès l’apparition des tensions sur le marché monétaire en août 2007, la BCE a réagi en l’espace de quelques heures, en fournissant aux banques, temporairement, la liquidité supplémentaire dont elles avaient un besoin immédiat. De fait, la BCE a été la première banque centrale à prendre des mesures non conventionnelles.»

L’effet de contagion de la crise du crédit s’est rapidement propagé et s’est intensifié jusqu’à la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, en septembre 2008.

Un contexte similaire à 2008 ?

Dix ans après les débuts de la crise, il y a à certains égards des ressemblances entre le contexte de l’époque et celui qui prévaut actuellement, souligne John Higgins. Les valorisations accordées aux actions et aux obligations sont à un niveau élevé comparable, après avoir grimpé dans les années précédentes.

Le taux de chômage se trouve aussi à près de 4% aux États-Unis, comme à l’époque. Et afin d’éviter une surchauffe de l’économie, la Réserve fédérale américaine(FED) a commencé à resserrer les conditions de crédit, comme elle l’avait fait avant la crise de 2008–elle avait relevé son taux directeur une 17e fois de suite en juin 2006 –.

Mais là s’arrêtent les comparaisons. Il y a une différence cruciale entre le marché immobilier américain de l’époque et celui d’aujourd’hui, dit l’économiste de Capital Economics.

« Premièrement, les prix des maisons ne sont pas aussi étirés qu’à l’époque », écrit-il dans une note à ses clients. En fait, le ratio du prix des maisons par rapport au revenu disponible se situe dans sa moyenne historique depuis 1975. Bien loin des sommets qui avaient été touchés au milieu des années 2000.

Les maisons sont aussi plus abordables qu’à époque, ne serait-ce que grâce aux taux hypothécaires plus bas. Même si la banque centrale américaine resserre davantage les conditions de crédit, l’économiste ne prévoit pas que la portion du revenu disponible consacrée par les ménages américains au remboursement de l’hypothèque montera à un niveau aussi élevé qu’en 2007(il est de 4,4% contre 7,1% il y a dix ans).

Autre point rassurant aux yeux de M. Higgins: les institutions financières américaines ont resserré leurs critères d’emprunt et accordent moins de taux variables. Les risques de défaut de paiement lui apparaissent donc moins élevés aujourd’hui. Les banques sont elles-mêmes mieux capitalisées et soumises à une réglementation plus stricte.

Enfin, contrairement à ce qui prévalait il y a dix ans, il n’y a pas surabondance de maisons à vendre sur le marché américain.

Ces facteurs limitent donc la probabilité qu’il y ait un effondrement des prix immobiliers. «C’est important, car c’est l’écroulement des prix des maisons qui a déclenché la dernière crise financière et entraîné la pire récession depuis la Grande Dépression[de 1929]», conclut John Higgins.

Le débat sur la possibilité qu’il y ait une autre crise comparable à celle qui a pris naissance en 2008 est lancé. Les observateurs de la scène économique doivent toutefois garder en tête un […]


Yannick Clairouin – Les Affaires 

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