Mafia maçonnique : qui est vraiment Robert Bourgi, le tombeur de François Fillon ?

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Ce qui est exceptionnel dans cette affaire c’est le fait de parler de Monsieur Robert Bourgi des heures durant, sans jamais dire que c’est un franc-maçon de haut vol impliqué dans le pillage de la Françafrique. Ce qui prouve encore une fois la légèreté des enquêtes journalistiques qui s’emploient à dessein à donner de l’importance à des détails insignifiants et à les multiplier en oubliant l’essentiel. Vous noterez également l’extrême vulgarité du personnage, censé être un avocat !

Quant au cas de Monsieur François Fillon, en fait il est très simple à comprendre. Tous les politiciens actuels ont fauté d’une façon ou d’une autre : ils ont accepté, qui des cadeaux, qui un emploi plus ou moins fictif pour la fifille ou le fiston,  ou même les deux à la fois ; ils ont été impliqués dans un lobbying litigieux voire illégal etc. Il suffit juste de médiatiser la casserole le moment venu pour faire tomber un adversaire politique via les colonnes du Canard enchaîné ou tout autre média.


Robert Bourgi a offert au candidat des Républicains les fameux costumes qui ont précipité sa chute.

Puis il est retourné en coulisses. Qui est cet étrange bienfaiteur ? À quel jeu joue-t-il ? A-t-il agi dans l’ombre de son vieil ami Nicolas Sarkozy ? Sophie des Déserts l’a écouté et a mené l’enquête pour démêler l’écheveau de sa vérité.

L’ami Fillon ne répond plus. Ces premiers jours de mai, il a encore tenté de le joindre mais rien, toujours cette messagerie pénible au bout du fil et le muguet fané dans son bureau parisien de l’avenue Pierre-Ier-de-Serbie. « François est aux abonnés absents, se désole Robert Bourgi en cet après-midi pluvieux. Il a disparu, personne ne sait où il est. » La voix se traîne, onctueuse dans un parfum d’encens « rapporté de La Mecque », précise-t-il, soucieux des détails. Café serré, verbe délié, il suggère le tutoiement. L’air est un peu lourd dans cette pièce sans lumière chargée d’un demi-­siècle de souvenirs : statues, bibelots, grigris d’Afrique et peintures d’Orient, photos des enfants et des présidents sur la cheminée – Jacques Chirac en bras de chemise vintage avec Bernadette, Nicolas Sarkozy tout sourire. Bourgi s’enfonce dans son fauteuil, poupon repu prêt à faire la sieste. Ses doigts caressent le tissu de sa veste. « C’est du Arnys, note-t-il, lèvres joueuses. Tout… même mes chaussettes. »
Bourgi répète à l’envi le nom de l’enseigne luxueuse désormais célèbre jusque dans les campagnes françaises, la griffe des fameux costumes qu’il a offerts à François Fillon. Ce fut le coup de grâce, comme le pensent les proches du candidat déchu. « Les costumes nous ont tués », dit sa communicante Anne Méaux quelques jours après le premier tour de l’élection présidentielle. Sans eux, la campagne eut sans doute été différente ; Fillon commençait à surmonter le « Penelopegate » quand, le 11 mars, Le Journal du dimanche a révélé l’existence de ces mystérieux cadeaux à plus de 40 000 euros. « Qui a payé les costumes de François Fillon ? » titrait alors le journal sans révéler l’identité du bienfaiteur. Il a fallu quatre jours à peine pour que Robert Bourgi, 72 ans, « Bob » pour les intimes, entre en scène. Son nom est sorti dans la presse, toujours associé aux mêmes termes – « Françafrique », « porteur de valises »« intermédiaire sulfureux » – tel un secret d’initiés, sans que l’on sache qui est réellement cet homme. Personne n’a cherché à comprendre quels liens réels l’unissent à François Fillon. Comment ce sphinx enrichi sous le soleil des Bongo, ce « bourricot », comme il s’appelle lui-même, roi de la diplomatie parallèle adoubé par Sarkozy, a-t-il pu approcher de si près le candidat de la droite ? « Toi, tu ne connais pas Robert Bourgi », m’a-t-il dit d’un rire gourmand lors de notre première rencontre. Il y en aura cinq autres, dans ce bureau où son épouse avocate, Catherine, passait quelquefois une tête timide avant de se faire rabrouer. Il faut écouter longuement Bourgi pour comprendre, digérer toutes ces anecdotes romanesques qu’il balance sans filet, tenter de les recouper et aussi interroger ceux, nombreux, qui ont croisé sa route sinueuse – diplomates, journalistes, politiques. L’un d’entre eux m’a soufflé un soir : « Méfiez-vous, Robert Bourgi, c’est de la nitroglycérine. »

Il a charmé Fillon au volant d’une Aston Martin. Ce printemps 2008, Bob fait chanter le moteur V12 biturbo de son bolide dans la cour de Matignon. Le premier ministre vient l’accueillir : « Décidément, tu ne te refuses rien… » Berluti aux pieds, Bourgi soulève le capot, s’incline fièrement. Qu’il est heureux de ce déjeuner de retrouvailles. « Sacré François », il n’a pas tellement changé depuis leur rencontre en 1980 : toujours ce petit côté province, un peu envieux, un peu raide. Bourgi retrouve le « beau garçon timide » qu’il était, jeune attaché parlementaire au côté de son député, Joël Le Theule, l’élu de la Sarthe devenu ministre de la défense. À l’époque, Bourgi aussi se tenait bien sage dans l’ombre de Jacques Foccart. « Le Doyen », comme il l’appelait, grand manitou de la Françafrique, l’introduisait alors dans les cercles du pouvoir, par fidélité à son père, Mahmoud Bourgi, un riche commerçant libanais chiite installé au Sénégal qui fut l’un de ses correspondants. Robert, né Hassan avant d’être francisé par les bonnes sœurs de Dakar comme son frère jumeau, décédé si vite, a fait des études de droit, une thèse remarquée sur « De Gaulle et l’Afrique noire ». En ce début des années 1980, Foccart le présentait alors aux dirigeants français et africains, dont Omar Bongo, le président de ce Gabon rempli de pétrole et d’uranium, si stratégique pour la France et si prodigue pour le RPR (le Rassemblement pour la République, dissous dans l’UMP en 2002, lui-même rebaptisé Les Républicains en 2015). C’était le bon vieux temps. Bourgi se pose depuis toujours en héritier du Doyen. Tant pis si son maître ne lui a donné aucun rôle officiel (hormis un poste de conseiller en 1986 au ministère de la coopération), ni même quelques lignes dans ses Mémoires. Tant pis si Bourgi, devenu avocat en 1992, a finalement surtout servi les potentats africains, Omar Bongo, bien sûr, son généreux « Papa » qui l’a couvert d’or durant trente ans, mais aussi Denis Sassou-Nguesso (président du Congo), Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire)… Dieu sait qu’il a fallu œuvrer pour les contenter tous, gérer les commissions, les fonds secrets, les opposants, les journalistes, les maîtresses, les enfants cachés… Mais enfin, de là à prétendre servir la France, en fils autoproclamé de Foccart ! Bourgi ne craint rien puisque le vieux gaulliste n’a pas eu de descendance. Et puis quand Parkinson a rongé le Doyen, quand il n’y avait plus personne, Bob, lui, était là. Il débarquait avec son grand rire et ses boîtes de caviar Beluga. Les dernières confidences, les vrais, jure-t-il, ont été pour lui. Devant Fillon, en ce printemps 2008, Bourgi se souvient : « Foccart t’aimait beaucoup, il disait que tu irais loin… Il avait donc raison. Moi-même, je suis impressionné par ta vaste connaissance du monde, de l’Orient, de l’Afrique. » Il sait y faire. C’est son métier, depuis trois décennies, en français, en arabe, en wolof, sur les deux rives de la Méditerranée, Bob murmure à l’oreille des puissants.

CADEAU POUR « PAPA »

La question revient toujours :  « Alors, comment ça va avec Sarko ? » demande Bourgi quand il voit Fillon. Le premier ministre souffre, il l’avoue ; il se plaint du mépris du président de la République, de son ingérence, de Guéant qui occupe l’espace médiatique. Bob compatit, propose de plaider sa cause. Il est proche de « Nicolas ». Fillon le sait sans imaginer à quel point. Bourgi a rallié Sarkozy dès 2005, après avoir tant « aimé », selon ses propres termes, son meilleur ennemi, Dominique de Villepin. À l’époque, cela s’est fait sans bruit. Bourgi racontera plus tard s’être senti méprisé par le premier ministre de Chirac, qui l’écartait à l’approche de la présidentielle. Blessure, coup de poignard, comme un étrange avant-goût de l’histoire Fillon… Difficile de savoir ce qui s’est vraiment passé dans ces années. Avec Bob, la vérité est souvent complexe. « En réalité, Robert Bourgi a changé de cheval quand il a réalisé que Villepin, malmené à Matignon après le CPE [contrat première embauche], était grillé, affirme Michel de Bonnecorse, ancien conseiller Afrique de Chirac. Alors, il est parti avec armes et bagages chez Sarkozy. » Sa proximité avec les chefs d’État africains fut alors aussi précieuse que sa connaissance intime de Villepin. « Sarko a compris qu’il valait mieux avoir Bob avec lui, pas seulement parce qu’il a une bonne capacité de nuisance et quelques facilités à rapporter des valises de billets… » glisse un proche des deux hommes. Deux ans avant la présidentielle de 2007, Bourgi a intégré le premier cercle des donateurs de Nicolas Sarkozy et fêté son investiture par l’UMP au côté de la fille d’Omar Bongo et de son ministre des finances. Il est à l’Élysée, au premier rang, le jour de la passation de pouvoir. Et quelques mois plus tard, « Nicolas » lui remet la légion d’honneur. Gloire à Bourgi, devant un parterre de hauts dignitaires africains, sa femme Catherine, leurs grands enfants et la petite dernière, Clémence, née d’un amour foudroyant dont il parle à tous avec émotion. « Cher Robert, tu sais que la passion tourmente, le taquine Sarkozy en louant son infatigable combat pour les relations franco-africaines. Cette distinction, porte-la. Porte-la pour moi et pour la France. » Bourgi ne s’en prive pas, la médaille marque tous ses costumes. Les hommes du quai d’Orsay et de la DGSE peuvent bien continuer d’écrire sur lui des notes appelant à la prudence, il s’en moque. « Robert Bourgi s’est véritablement épanoui en Sarkozie, rappelle le journaliste Antoine Glaser, co-­auteur de l’excellent Sarko en Afrique (Plon, 2008). Soudain, il ne passait plus par les petites portes, il agissait désormais au grand jour. » Tout lui est permis : garer sa Maserati dans la cour de l’Élysée, couvrir de parfums et de chocolats les secrétaires, narguer la cellule diplomatique, manœuvrer avec Claude Guéant au Bristol, imposer une rencontre avec Gbagbo et même demander la tête du secrétaire d’État à la coopération, Jean-Marie Bockel. Requête d’Omar Bongo, plaide Bourgi en mars 2008. Apparemment, le vieux président gabonais n’en pouvait plus d’entendre un sous-ministre promettre la fin « de la Françafrique moribonde ». Sarkozy renvoie Bockel. Le soir même, dans un palace, Bourgi sable le champagne avec le nouveau secrétaire d’État, Alain Joyandet, qu’il passe à Bongo par téléphone. Cadeau pour « Papa » qui, du temps de sa splendeur, faisait défiler les politiques français dans sa suite du Meurice, avec quelques petites offrandes. Bourgi suggère aussi à Joyandet d’aller s’incliner à Libreville, au bras de Claude Guéant ; lui précède le convoi, comme il le fait toujours, dans un avion privé avec une journaliste de Canal +. Alain Joyandet ne conteste pas cet épisode. Claude Guéant peine à retenir un sourire en se remémorant ce moment. « Bourgi a de la ressource et de l’orgueil aussi, derrière son côté bateleur, analyse-t-il, mine radieuse dans ses bureaux de l’avenue George-V. On ne peut pas toujours se contenter des canaux officiels, vous savez… Il m’a toujours été très utile, par ses analyses, sa connaissance charnelle de l’Afrique. » L’affaire Bockel a été gérée en dehors de Matignon. Une fois encore, Fillon a regardé passer les trains. Bob s’en désole lors de leurs déjeuners : « Je sais, Nicolas te traite injustement. Il veut toute la lumière. Moi, je sens que tu as endossé le costume du premier ministre, tu prends de l’épaisseur. » À mesure que le quinquennat avance, les mots de Bourgi deviennent plus doux encore. Son influence fléchit avec la mort de Bongo, le départ de Guéant à Beauvau, l’arrivée de Juppé au quai d’Orsay. Bourgi a besoin d’appui pour rester dans le jeu. Fillon le voit de plus en plus souvent. À Matignon, certains conseillers s’en inquiètent. L’un d’eux se souvient lui avoir demandé : « Comment peux-tu être copain avec cette canaille de Bourgi ? » Le premier ministre s’est agacé : « Pourquoi dis-tu ça ? C’est mon ami, il est sympa, c’est un type fiable et une mine de renseignements. » Une vieille connaissance de Sablé-sur-Sarthe, le journaliste Pierre Péan avec qui Fillon discute régulièrement, l’utilise d’ailleurs comme informateur. Grâce à Bourgi, il a révélé l’affairisme de Kouchner et ses fameux rapports sur le système de santé gabonais grassement payés par Bongo (Le Monde selon K., Fayard 2009). Bob le nourrit pour un autre ouvrage au titre prometteur : La République des mallettes.

BLAGUES COQUINES AU FOUQUET’S

Septembre 2011, Bourgi a frappé. Seul, avant même la sortie du livre. Il lâche la bombe dans Le JDD – déjà – avec cette citation en « une » : « J’ai vu Chirac et Villepin compter les billets. » L’interview est signée Laurent Valdiguié, le journaliste qui lancera l’affaire des costumes. Bob se fait plaisir et raconte tout, comme dans un « SAS » : les noms de code utilisés pour communiquer (« Mamadou » pour Villepin, « Chambrier » pour lui) ; les djembés dans lesquels circulaient les billets de Blaise Compaoré avant la campagne de 2002 ; les valises de cash expédiées par Mobutu, Bongo, Wade… Le système a pris fin avec Sarkozy, insiste l’avocat. Selon lui, une dizaine de millions de dollars auraient ainsi été remis à Villepin, sans compter les cadeaux, masques africains, manuscrits, buste napoléonien… Bourgi n’a pas de preuve, les faits sont prescrits, Mobutu et Bongo, morts. Wade menace de porter plainte. Mais il ne le fait pas, Villepin non plus, étrangement (seul Jean-Marie Le Pen, cité ultérieurement dans la liste des bénéficiaires, a attaqué Bourgi en diffamation et gagné). Pourquoi ? L’ancien premier ministre de Chirac a fini par me répondre, entre deux avions, indigné que ce silence judiciaire puisse être interprété comme un aveu. Il ne veut pas être cité, surtout ne pas rallumer les vieilles histoires, mais il a toujours pensé que « Robert » avait été téléguidé par le camp Sarkozy pour tuer sa candidature à la présidentielle de 2012. On rapporte cette hypothèse à Bourgi mi-mai, devant quelques chouquettes. « Tout ça n’est pas entièrement faux… » soupire-t-il. Puis, après quelques bouffées de cigare : « À l’époque, j’ai quand même fait la “une” du Monde, souviens-toi du titre : “Les déclarations qui ont fait trembler la République”. » Après ça, Robert Bourgi a décidé d’écrire ses Mémoires. Il a du temps, la Hollandie l’a écarté du pouvoir ; ses tentatives d’approche du nouveau président par quelques déjeuners – avec le secrétaire d’État chargé de la francophonie, Jean-Marie Le Guen, notamment – sont restées vaines. En 2013, Bourgi réunit alors ses souvenirs et quelques documents soigneusement cachés en Corse, la terre de sa femme, et à Beyrouth. Devant la vierge en bois du XVIIIe siècle, cadeau de Foccart, le Coran à portée de main, il se confesse à Laurent Valdiguié. Un contrat d’éditeur est signé chez Robert Laffont, plus de 400 pages alléchantes dans lesquelles il raconte les petits arrangements de la classe politique, en incluant quelques amis sarkozystes. Il dit alors qu’il veut se laver, apaiser sa conscience. Son épouse est heureuse : elle le croit rangé des voitures. Qu’elle est douce, la vie loin du pouvoir. François Fillon aussi souffle, il répond vite quand Bob l’appelle. Les deux amis vont déjeuner dans leurs luxueuses cantines, au Flandrin, au George-V, au Ritz ou au Fouquet’s, « sur la terrasse, pour regarder passer les filles », précise Bourgi. Fillon n’embraie pas sur ses blagues coquines, Villepin et Sarko étaient plus drôles. Mais au fil du temps, tout de même, le Sarthois se déride. Il aime la bouffe, les bons vins, surtout le Saint-Julien. Il sait apprécier les jolies choses. Les vestes forestières de Robert lui ont tapé dans l’œil. « Tiens, remarque Fillon. Ça vient de chez Arnys », belle maison mais devenue si chère. Depuis le rachat de la marque par Bernard Arnault, le président de LVMH, on ne lui fait plus de prix, il n’a plus les moyens. Son manoir de Beaucé lui coûte en entretien. Heureusement, il a quelques amis généreux qui l’invitent en vacances, Marc Ladreit de Lacharrière dans son chalet au ski, le patron de Ferrari à Capri. Il aura besoin de mécènes : Fillon se prépare pour l’Élysée. Il s’y voit, persuadé que Sarkozy va bientôt sombrer dans les affaires judiciaires. Comme toujours, la conversation glisse sur l’ancien président. « Que dit, que fait Nicolas ? » demande Fillon. Les spéculations durent des heures. Bob jubile, il est encore au cœur des batailles de la droite, il va pouvoir raconter ça aux chefs d’États africains, redorer son blason, prouver son inoxydable influence et la monnayer. L’avocat souffle à Fillon ce qu’il veut entendre. Vraiment, oui, il a l’étoffe d’un président. Maintenant, il faut aller chercher des voix en Afrique, il l’aidera. Puis il faut se lâcher un peu, accepter les selfies avec les gens. « Vas-y, souris, va serrer des pinces, pousse-t-il Fillon au cours d’un de leurs déjeuners. Pareil, avec les journalistes, mettre de l’huile. » Bourgi propose de lui en présenter, il les fréquente depuis si longtemps. L’avocat se targue même d’être le témoin du dernier mariage de l’ancien patron du Canard enchaîné, Claude Angeli. « Enfin, tout Paris connaît Bourgi, tonne-t-il. Je suis à ton service. »

Les preuves de l’amitié sont là. Bourgi prend son téléphone, appelle quelques journalistes influents : « Fillon gagne à être connu, tu sais… Viens donc déjeuner avec nous au Véfour. » Évidemment, comme toujours, c’est lui qui régale, en cash. Le Libanais a le geste large. À Noël 2014, un samedi matin, il rejoint « François » au Fouquet’s – le moral est faible, sa mère va mal. Bourgi le prend dans ses bras et file en Maserati chez Arnys. « Une tenue anglaise pour M. Fillon », commande-t-il au vendeur qu’il connaît bien. Allez, 5 180 euros, c’est pour lui peu de chose, il a bien offert quelques cravates Hermès à Guéant et des bottes cavalières de la même marque à une ancienne ministre. C’est ainsi en Afrique, on « cadotte », dans un mélange de calcul et de générosité sincère. L’ami François, touché, le remercie chaleureusement. « Il était si triste ce jour-là, se souvient l’avocat. J’ai voulu lui montrer mon affection. Sarko, il a tout ! Fillon, c’est facile de lui faire plaisir. » Fin août  2015, la Bentley de Bourgi file vers la Sarthe. Son chauffeur l’a déjà conduit plusieurs fois au grand hôtel de Solesmes pour déjeuner avec Fillon. Une bonne bouteille entre hommes et il repartait, sans se montrer. « Secret de deux, secret de Dieu ; Secret de trois, secret de tous », lui a appris Foccart. Une fois, une seule, il est venu accompagné de Jean Ping, candidat aux présidentielles gabonaises qui eut droit, après les agapes, à une visite privée de l’abbaye de Solesmes. Mais ce 26 août 2015, Bourgi apparaît en public au grand meeting de rentrée de Fillon, au milieu des militants. Il prétend que Sarkozy l’a appelé aussitôt, ivre de rage. « Je conserve mon estime et mon affection à Nicolas, indique-t-il alors, docte, au JDDMais ses dernières déclarations sur l’islam et l’immigration ne passent pas. »

SUPPLICE CHINOIS ET MENACES DE MORT

Quel jeu joue Robert Bourgi  ? Ce 23 janvier 2016, il s’envole pour Bordeaux. Alain Juppé, alors favori des sondages, signe son dernier livre à la librairie Mollat. L’avocat en achète une pile pour Clémence, sa fille chérie qui brille dans une hypokhâgne de la ville. Il l’envoie au feu demander des autographes : « Je crois que vous connaissez mon père », ose-t-elle. La scène m’a été confirmée par des proches du maire de Bordeaux. Bourgi attend au fond de la salle. Il le sait : Alain Juppé ne l’apprécie guère…


Sophie des Déserts – Vanity Fair 

Cet article est paru dans le numéro 48 (Juillet 2017) de Vanity Fair France

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