Ode à la France, par Lotfi Hadjiat

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J’aime beaucoup cette expression juridique française, « la manifestation de la vérité », expression théologique aussi. On manifeste beaucoup en France. « Je manifeste toujours tout seul. Au reste, mes idées sont trop originales pour susciter l’adhésion des masses bêlantes, ataviquement acquises aux promiscuités transpirantes et braillardes inhérentes à la vulgarité du régime démocratique imposé chez nous depuis deux siècles par la canaille régicide« , disait Desproges, il y a une trentaine d’années. Depuis, la situation hexagonale s’est beaucoup dégradée. Dépression et désespoir sont maintenant les deux mamelles flétries de la France, qui a besoin d’un président comme une vieille malade agonisante a besoin d’un(e) infirmier(e), non pour guérir mais pour mourir, pour bien mourir, et être bien enterrée. Avec Macron, le chouchou des Rotechie, la France crèverait sur une route de campagne, sans sépulture, au son de la fanfare médiatique, en plein hiver noir, abandonnée de tous et dévorée par les vautours et autres charognards à la nuit tombée. Marine le Pen, elle, manquera sans doute de dextérité. L’infirmier(e) idéal(e) existe peut-être mais ne sera pas élu(e), la France est bien trop malade pour pouvoir élire une telle personne. La France est comme un vieil écrivain usé ayant dit et écrit tout ce qu’il avait à dire et écrire, et qui n’a plus rien à dire ni à écrire, et qui veut mourir tranquille. Les Français ne le savent pas mais ils vont voter pour un(e) infirmier(e), en tous cas ceux qui voteront. N’est-ce pas évident que d’un point de vue littéraire, poétique, philosophique, la France est quasi-morte ? On est quand même très proche de l’électroencéphalogramme plat, non ? Rendez-vous compte, le petit trafiquant de chiffres et de textes stipendié, Éric Zemmour, est adulé comme un grand philosophe par les patriotes de ce pays, les « natios » comme dit Conmerdano, un bateleur en tutu et dentelle, adulé, lui, comme le nouveau Arminius, ce grand chef des tribus germaniques qui anéantit trois légions romaines, ainsi que trois détachements de cavalerie et trois cohortes auxiliaires, à la fameuse bataille de Teutobourg… Je ne crois pas que le temps ne soit plus à la philosophie. Il faudrait prendre les armes, mais contre qui ? Les ennemis de la France ont les pleins pouvoirs depuis deux siècles, oui, depuis le régicide, et ils lavent le cerveau des Français depuis deux siècles. Imaginez toutes les armes idéologiques et philosophiques perçantes qu’il faudrait actionner, et dans la bonne direction, pour abattre cet ennemi… Certes, quelques armes idéologiques sont actionnées aujourd’hui, ici ou là, mais dans des directions si différentes… ; l’ennemi au pouvoir organise des dîners et dort tranquille. Nous sommes déjà dans l’après-France. Même la langue française agonise, lisez les communiqués des ministres ou de leur président… On ne peut désormais parler de la France qu’au passé… raconter son histoire sanglante… se souvenir des paroles… citer Racine : « Au joug depuis longtemps, ils se sont façonnés ; ils adorent la main qui les tient enchaînés« … Ou Agrippa d’Aubigné : « Quand la vérité met le poignard à la gorge, il faut baiser sa main blanche, quoique tachée de notre sang« … Si je devais composer une ode à la France, ce serait une ode à ses grands auteurs du passé, pas du tout dépassés, voire carrément insurpassables. Sauf peut-être par Frantz-Olivier Giesbert… Qui ressemble de plus en plus à un singe, ne trouvez-vous pas ? Surtout quand il rigole. Il a fini par devenir ce qu’il est.

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