Prémices d’un futur chaos en Grèce

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Après l’euphorie de la victoire du Non au référendum, les Grecs devront maintenant affronter les conséquences de leur vote. Nous ne sommes pas dans un monde libre, où chaque pays peut choisir son destin, ses partenaires ou son type de gouvernance. Cela, tout le monde en est conscient. Ceux qui en douteraient encore devraient regarder, dans notre Histoire récente, disons depuis les années cinquante du siècle dernier, le sort qui a été réservé à tous les pays qui désiraient suivre leur propre voie. Les ressources utilisées, pour ramener ces pays à la raison, dans la communication, la propagande, les subversions, les coups d’états, et les guerres, auraient suffi à éradiquer la pauvreté dans le monde.

Ce qu’a fait la Grèce dimanche sera considéré comme le couronnement de la dissidence grecque. Celle-ci s’est manifestée tout au long de ces derniers mois, par une résistance affichée aux sanctions anti-russes et le maintien d’un dialogue amical entre Moscou et Athènes. Un pic avait été atteint quand, après des manœuvres longues et complexes, Washington avait réussi à faire bloquer par l’UE le gazoduc South Stream qui devait déboucher en Bulgarie. La livraison de gaz russe à l’Europe bloquée au sud, et sabotée au centre, avec l’Ukraine en plein chaos, les États-Unis semblaient alors avoir toutes les cartes en mains pour mener le jeu. Or, la Russie avait réussi à déjouer ce blocage en passant par la Turquie pour livrer son gaz à l’UE, via la Grèce et la Macédoine, qui n’a pas tardé à voir les conséquences de son acceptation. Avec ce nouveau schéma, tous les plans étasuniens tombaient à l’eau.


Après l’euphorie de la victoire du Non au référendum, les Grecs devront maintenant affronter les conséquences de leur vote.


Le sommet de la dissidence grecque a été atteint par le référendum. Le plus important dans cette affaire ne réside pas tant le résultat du vote, car tout le monde s’y attendait à partir du jour de son annonce par Alexis Tsipras, mais plutôt dans la décision des autorités grecques d’en appeler au peuple, dans des conditions empêchant toute manœuvre souterraine. Les vrais résultats du référendum sont les suivants :

  • Les créanciers et leurs supports européens ne parlent plus seulement au gouvernement, mais surtout au peuple grec. La pression mise sur le gouvernement n’a plus le même poids, et son objectif initial, qui était d’avoir barre sur ses décisions, disparait. Ce qui expliquerait que nous ayons constaté l’assouplissement du FMI, donc des États-Unis, dès l’annonce du scrutin. La pression n’avait plus de sens.
  • En mettant en avant la démocratie, y compris par des rappels sur ses sources grecques, et en présentant la victoire comme celle de la démocratie, devenue synonyme de la Grèce, Tsipras et son gouvernement personnifient désormais cette « démocratie » qui est la principale arme dans toute révolution manipulée.
  • Une révolution de couleur devient dès lors très difficile, voire impossible dans l’immédiat. Qui pourra avaler qu’un peuple, qui a approuvé ses chefs à plus de 61% dans une consultation majeure, se retourne brusquement contre eux pour des peccadilles ?

La Grèce se met à l’abri d’une révolution de couleur, mais reste exposée aux représailles de la part d’un système qui, non seulement n’a jamais toléré la dissidence, mais surtout voit ses plans s‘effondrer si une reprise en main rapide n’est pas effectuée. La paranoïa aidant, la Grèce devient, à l’instar de la Turquie, un maillon faible dans le dispositif de l’OTAN. La longue Histoire de la Grèce a fait de ce pays, dans ses rapports avec l’Est et l’Ouest, un pays spécial. Les relations de confiance avec l’Ouest, si elles avaient jamais existé, commencent à montrer des signes de faiblesse, alimentés par des soupçons de la part de ses partenaires occidentaux. C’est du moins ce que révèle le journal atlantiste The Daily Beast.

Selon ce journal, Poutine est à la manœuvre en Grèce. Il rappelle que Tsipras a appelé Vladimir Poutine dès le lendemain du référendum, soit une journée entière avant de parler avec Barack Obama. Il rappelle également les liens très étroits entre Athènes et Moscou, qu’il considère comme plus étroits qu’avec l’UE et l’OTAN. The Daily Beast, va même plus loin. Il suggère, à travers l’augmentation du nombre de diplomates, dont il affirme que beaucoup sont des espions, et à travers les relations que certains membres de Syriza entretiennent avec d’anciens agents du KGB, une possible connivence avec les services de renseignements russes. Il cite un agent des services de renseignement occidentaux affirmant qu’il y a toujours eu de la méfiance vis-à-vis des Grecs. Il cite un ancien agent de la CIA, selon lequel les Grecs ne sont du côté de l’OTAN que sur le plan technique. Cet agent parle d’un retour à la case départ, au temps où les Etats-Unis ne faisaient pas confiance à la Grèce et réciproquement.

Vraies ou fausses, ces accusations annoncent de gros nuages sombres dans le ciel grec. Soit l’OTAN y croit, auquel cas elle réagira rapidement contre la Grèce pour se protéger, soit ce n’est qu’un prétexte pour commencer des actions dans le pays. Les derniers évènements en Macédoine nous ont donné un avant-goût de ce à quoi nous pourrions nous attendre. Nous avons vu ainsi qu’il était très facile de mettre en branle le nationalisme albanais, et nous avons encore le souvenir de ce que peuvent faire les Kosovars. Attentats terroristes et guerre civile sont tout à fait possibles dans cette région sans passer par la case révolution colorée. Les guerres des Balkans, avec leurs stocks d’armes qui circulent encore, ne sont pas loin, et le Moyen-Orient encore en feu, non plus.

Les jours prochains nous diront si la fissure ira en s’élargissant ou non, mais il s’agit bien d’une fissure.

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