Procès du « Cardinal » Guéant : le bras droit de Sarkö s’est servi

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On découvre dans cet article comment l’État est géré par des voleurs et des voyous qui se servent dans la caisse, grassement remplie par les contribuables que nous sommes ! Le mensonge est roi, la tromperie quotidienne. Un état de non-droit s’est installé aux plus hautes sphères du pouvoir et personne n’en parle sérieusement, personne ne purge une vraie peine de prison…


Soupçonné d’avoir arrondi ses fins de mois lorsqu’il était au ministère de l’Intérieur sous Nicolas Sarkozy, l’ancien ministre déjà cerné par de multiples procédures pénales comparaît ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris.

«Ce qu’il faut, c’est faire et ne pas forcément dire.» Ces propos de Claude Guéant, piochés dans le livre l’Homme qui murmurait à l’oreille de Sarkozy (éditions du Rocher), résonnent étrangement à l’ouverture de son procès pour «détournement de fonds publics». Tout comme cette fausse introspection : «Qu’est-ce qui est prioritaire ? L’objectif ou les moyens ?»

Guéant est jugé à partir de ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour s’être attribué indûment le bénéfice de fonds publics, un délit passible de dix ans de prison. Et peu importe que les sommes puissent paraître minimes – 210 000 euros -, d’aucuns évoquent déjà le «procès de la honte». Fidèle collaborateur de Nicolas Sarkozy, qu’il a suivi en ses différentes attributions pendant quinze ans (conseil général des Hauts-de-Seine, ministère de l’Intérieur, des Finances, Élysées), le serviteur paraît s’être servi au passage. Le Mazarin devenant prêtre défroqué, passant de l’éminence grise à la mesquinerie marron. En cause, ses primes en liquide lorsqu’il officiait à l’Intérieur (entre juillet 2002 et mars 2004), lors du premier passage de Nicolas Sarkozy place Beauvau.

Enveloppe. Jugeant visiblement son traitement de base insuffisant et les primes de cabinet complémentaires «étriquées», dit-il lui-même, il a puisé dans les frais d’enquête et surveillance (FES). D’une enveloppe annuelle de 10 millions d’euros, ils sont destinés, selon un rapport d’enquête conjoint des Inspections générales de l’administration (IGA) et de la police nationale (IGPN), à financer en liquide certaines enquêtes policières, «sous peine que les enquêteurs soient repérés». On voit à peu près de quoi il retourne, le rapport précisant à l’intention des béotiens : «Recherche de renseignement, rémunération d’informateurs, financement de certaines investigations.» Mais en aucun cas à arrondir les fins de mois des ronds de cuir du ministère.

Guéant, qui a puisé dans la cagnotte 12 000 euros par mois pendant deux ans, s’est déjà défendu en invoquant la «situation spécifique du ministère de l’Intérieur» et de son «système indemnitaire». Pour mémoire, le gouvernement Jospin avait supprimé en 2002 la partie des fonds spéciaux destinée à des compléments de revenus en cash pour des collaborateurs ministériels – nulle exception n’étant prévue pour le ministère de l’Intérieur. Quand à l’enveloppe des FES, elle est à la discrétion du directeur général de la police nationale. Quand il officiait en tant que DGPN en 1998, Claude Guéant campait le haut fonctionnaire incorruptible : à lire sa prose de l’époque, les FES sont réservés à la «conduite des enquêtes» et ne sauraient «en aucun cas être considérés comme permettant d’alimenter des régimes indemnitaires». Dire et ne pas faire au lieu de faire et ne pas dire ?

Son successeur à la DGPN au début des années 2000, Michel Gaudin (actuel directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy chez Les Républicains), sera son compagnon d’infortune sur le banc des prévenus. Non pour avoir touché personnellement, mais pour avoir autorisé ce qui n’aurait pas dû l’être. Et peu importe que Guéant ait en partie redispatché l’enveloppe mensuelle à trois autres collaborateurs ministériels de Sarkozy : ils sont également poursuivis pour recel. Selon le pointage du parquet, des 210 000 euros extournés en deux ans par Guéant, «résultant d’un abus de pouvoir ou d’autorité à des seules fins d’enrichissement personnel», seuls 90 000 auraient été rétrocédés. On se souvient que Guéant avait évoqué l’achat de 25 000 puis finalement 48 000 euros d’électroménager…

Zakouski. Ce procès tient du zakouski, tant l’homme réputé fort de la sarkozie est cerné par les procédures pénales. Des dossiers gigognes pour la plupart, extraits d’une enquête visant initialement le financement de la campagne présidentielle de 2007 par le colonel Kadhafi. Il n’existe aucune preuve formelle à ce stade – en dépit des efforts méritoires de Mediapart. Mais le prétexte libyen a permis de mieux cerner la galaxie Guéant, via des écoutes et autres perquisitions, justifiant des procédures annexes. Celle des primes en liquide, donc, sur citation directe du parquet, sans passer par un juge d’instruction tellement elle paraît d’une simplicité biblique aux yeux de l’accusation, mais aussi celle de ses croûtes flamandes – Guéant est à ce titre mis en examen pour faux et blanchiment de fraude fiscale – achetées Dieu sait quand et à quel prix, mais revendues au prix fort (500 000 euros) en 2008 par un providentiel avocat malaisien lui-même alimenté par un intermédiaire saoudien… De la priorité entre «objectif et moyen».

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