Réflexions indépendantes sur l’affaire Ramadan, par Pierre Dortiguier

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Réflexions indépendantes sur l’affaire Ramadan


Nous ne nous prononçons point en juriste ou en enquêteur sur cette affaire touchant le membre d’une association secrète, d’une Fraternité que notre ancienne génération moins abreuvée d’images ou d’informations qui, par leur abondance, tuent justement l’information et abrutissent la curiosité, associait au bureau ovale de la Maison Blanche, après que l’affameur systématique des prisonniers de guerre allemands, le général président Eisenhower, d’extraction lointaine suédoise et autre, y ait reçu une cinquantaine de membres de cette Muslim Bretherhood ou Fraternité maçonnique musulmane. La Nouvelle Angleterre reprenait la tradition de la Mère londonienne de cultiver en serre un monstre aux apparences musulmanes, équipé d’écrits falsifiés  fabriqués au tournant du XVIIIe et XIXe siècle, en particulier avec le Suisse de Lausanne, Jean-Louis Burkhardt formé aux lettres arabes et à la théologie à Cambridge, et dont l’objectif était de ruiner l’essence de l’Islam même, comme base des deux grands Empires Ottoman et Perse, au besoin en cultivant le mythe d’une Nation Arabe à travers des clubs séducteurs et des société comploteuses, ou celui de la Turquie républicaine, hier laïque aujourd’hui otanienne et faussement néo ottomane, toujours subversive, comme les Jeunes Turcs ; les langages différaient, seul le made in England, avec une touche française parfois, voire italienne, suisse, en était le dénominateur commun.

Abandonnons à la déesse Thémis redescendant du Ciel sur la Terre, pour suivre la belle fable grecque, la suite des événements judiciaires, en nous étonnant qu’une telle somme de conduites pathologiques ait pu durer une génération sans que le système n’y ait été sensible, ou si peu, à moins de supposer que leur existence  favorisait l’empreinte de cette tyrannie invisible propre aux sociétés secrètes. On songe à cette faiblesse de l’humanité exposée par le castillan Calderon, au siècle d’or espagnol, dans sa comédie « La Vie est un Songe » que le plus grand crime de l’homme, « el delitto major del hombre es haber nacido », est d’être né. Tous les crimes ou vices seraient ils la suite d’un vouloir vivre initial alliant la faiblesse à la démesure, ce que les moraliste entendaient par amour-propre ou égoïsme ? La civilisation serait-elle leur frein ? Toutes nos vertus seraient-elles, pour reprendre la formule d’un moraliste du Grand Siècle, le comte de la Rochefoucauld, si populaire parmi les lycéens d’avant la nouvelle ère de Cohn Bendit, des vices déguisés ?

S’agit-il de publier ce que l’on savait, mais que l’on taisait par stratégie, pour discréditer certaine forme de Fraternité Musulmane dont les guides de l’attelage seraient le Qatar et des Émirats, distancés par une Arabie Saoudite plus liée au système dominateur du Proche Orient, non plus alliée mais intégrée à la  Jérusalem du jour, à l’État moteur de tous les soulèvements ? L’on peut citer comme exemple de cette nouvelle politique, le dernier grand exercice militaire au sud d’Israël auquel participaient 8 nations européennes et américaines et une arabe, celle gardienne des Lieux Saints désignés.

Il y a eu, à notre sentiment, une sorte de purge stalinienne, du type de celle qui, pour mieux renforcer et radicaliser le bolchevisme, supprimait des bolchevistes, comme on élague l’arbre des mauvais fruits pour en vitaliser la sève. L’affaire du Premier Ministre Hariri est ainsi  dans la droite ligne de l’ascension du prince héritier épurateur Salman, une marche plus haute montée sur l’escalier conduisant à la guillotine décapitant le corps « arabe » ou oriental, islamique, ce dernier terme étant entendu, comme chez Voltaire et avec lui,  dans son acception classique positive.

Nous avons affaire à une réorganisation ou mise au pas de cette fraternité, et nous pouvons, en Français, l’entendre d’autant mieux qu’elle suit une logique révolutionnaire, sataniste a-t-on dit avec le comte Joseph de Maistre, identique à celle du jacobinisme : les têtes tombées étaient non pas seulement celles, à partir de 17 ans d’âge, faut-il le rappeler, de gens du peuple dénonçant l’imposture du nouveau régime républicain, mais celles des assassins eux-mêmes. Quel fut donc le terme de l’entreprise ? Une monarchie restaurée avec des monarques maçons et un banquier omnipotent, autant que ceux qui vendent les bracelets électroniques d’identification aux pèlerins de la Mecque !

Le sort de M. Ramadan est celui d’un particulier, mais la logique de son ascension, de sa gloire, de l’association de son nom et de son enseignement, à Cambridge, avec la Société ou Fraternité liée au Lion Britannique, est celle d’une Raison générale, d’une nécessité emportant les vies individuelles, du même type que Hegel nommait en Allemagne l’Esprit Absolu. A cet égard, M. Ramadan pourrait être une ombre portée par cette lumière ou, pour paraphraser un conte allemand célèbre, écrit par un réfugié huguenot aristocrate en 1813, Adalbert de Chamisso, de lignée champenoise, n’être lui-même, comme son  personnage de Peter Schlemihl, que « l’homme qui a perdu son ombre ».

Pierre Dortiguier

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