Une guerre de sécession préparée, par Pierre Dortiguier

Partager

Chroniques-Dortiguier


sécession-France-Dortiguier-LLP-2


Une guerre de sécession préparée


Dans un article de langue anglaise, le journaliste Yves Mamou se fait l’écho d’une opinion répandue par les agences outre-Manche et outre-Atlantique, d’une sécession en cours en France, comparable à celle du 19e siècle aux États-Unis. Le mot avait été utilisé par un inspecteur général de l’enseignement Obin, dans un rapport complet paru en 2004 sur les obstacles auxquels se heurtaient la laïcité, religion d’État ou civique républicaine, au sens des anciens terroristes jacobins.
Un point, relève notre attention dans ce rapport, qui est une expression philosophique sectaire laïciste, républicaine, dit-on, opposée à la philosophie classique qui fut le socle de l’Europe jusqu’à son américanisation progressive, dont 1968 aura été une étape. À propos de la résistance maintenant musulmane et hier, dans ma génération, chrétienne à la mixité, l’inspecteur visiblement maçonnisé ou intoxiqué par la secte ambiante qui trône à l’Éducation Nationale, écrit : « La mixité, sexuelle, culturelle, sociale, religieuse est d’abord une valeur. Comment accéder à la compréhension mutuelle, au respect de l’autre, à la modération, autant de composantes de l’esprit laïque, si l’on vit strictement entre soi ?« .
Je fais observer que la mesure ou modération, à lire le latin, est un juste milieu, selon la tradition venue d’Aristote, entre deux extrêmes, comme le courage est un milieu entre la prudence excessive et la témérité ; et en quoi l’esprit laïque est-il fondé sur la modération et le respect de l’autre ? Pourrait-on demander, puisqu’il ne conçoit que lui-même dominant – dominateur – ou  réduisant autrui au silence ?

L‘inspecteur de la République laïque reproche de vivre strictement entre soi, en y voyant un « repli », ce qui est pourtant la qualité de l’âme ou de l’esprit pour un Platon puisqu’il demande dans le dialogue du Phédon à l’âme de se recueillir, de se concentrer sur elle-même, et non de se dissoudre dans le monde des illusions et des fantasmes dont cette même laïcité composée de maîtres et maîtresses, souvent contrôlée par des commissaires psychanalystes fait la matière de ses faux « dialogues » ? Le principal motto de l’enseignement de Socrate, inspiré d’Apollon à Delphes, est bien le « connais toi toi-même » qui permet le contraire de ce que nous voyons fleurir sous nos yeux dans cette société de suicidés en puissance : dominer ou être dominé, comme on en trouve l’exaltation dans la folie délirante nietzschéenne.


Comparez même notre littérature des 17e et 18e siècle à celle du 19e, et vous sentirez la différence : les ténèbres de la République sont là chassant progressivement Apollon et toutes les Muses.


C’est ainsi que, tant que la culture classique – au sens de robustesse attaché à ce terme latin, désignant ce qui est bien équipé, comme une flotte de navires se disant chez les Romains  « classis » – a refoulé la laïcité nihiliste voulant détruire ce qui  lui fait obstacle – l’enseignement que nous avons connu au collège et au lycée de préparation parisien était non mixte jusqu’au début des années soixante ; et il n’y avait point alors, comme dans mon ancien collège religieux le connaîtra plus tard après l’émancipation soixanthuitarde prétendue, de scène de viol collectif d’une fille (les coupables dénoncés seront acquittés par la justice) par des garçons de la bonne société, à l’intérieur des murs ! Il y avait une plus grande liberté donnée, en revanche, à chacun des sexes dans la période adolescente, en classe même, sans ces relations de jalousies et d’intimidation des garçons que j’ai observées dans toute ma carrière de maître de philosophie. Sur le plan de l’éducation des vertus ou ressources semées en nous par la nature, – car nier la nature, c’est refuser la Création et l’harmonie comme en témoigne l’art dégénéré actuel, surtout musical – le futur homme se mesurait à son propre idéal et de même pour la future femme, ces dernières dans les établissements non laïques apprenant aussi des métiers de couture, de ménagère, qui faisaient une maîtresse de maison, alors que la femme-homme est devenue la servante perpétuelle du crédit et des usuriers.
En classe de préparation, les filles et les garçons étaient protégés, avant vingt ans, d’une brutalité propre à un âge énervé par l’absence de maîtrise de soi, laquelle pour les hommes se réalisait à leur service militaire, les femmes en étant exclues car il ne convient pas à celles qui donnent la vie de faire l’apprentissage de la mort.
Au début de ces années soixante le « gaullisme » après la misérable  République coloniale et socialiste, bref maçonnique et laïque issue de la fin de la guerre mondiale, n’avait rien d’un fascisme, comme l’a prétendu Mitterrand, car les fascismes avaient de l’Espagne à la Hongrie en passant par l’Allemagne, la Roumanie et la Slovaquie dirigée par un évêque Mgr Tiso mort pendu à l’entrée des troupes soviétiques, en dépit de leur diversité ceci de commun, de veiller à l’éducation physique et morale autant qu’intellectuelle de la jeunesse ; or l’un de mes camarades de préparation de Louis le Grand aujourd’hui défunt, Michel Arnaud, qui eut un haut poste politique alors, me disait dans son bureau de secrétariat d’État : « Nous nous réservons, mon cher, la politique et l’économie et par un marché convenu, pour avoir la paix, laissons l’éducation à la gauche », traduisez aux loges, qui se réjouissent non seulement de pourrir la jeunesse, mais de plus – je parle de leurs maîtres occultes – de cette perspective d’une sécession de la société française déculturée moralement, physiquement, religieusement, philosophiquement et scientifiquement aussi, par la laïcité, laquelle est une régression mentale névrotique.
Comparez même notre littérature des 17e et 18e siècle à celle du 19e, et vous sentirez la différence : les ténèbres de la République sont là chassant progressivement Apollon et toutes les Muses. Il ne reste que le soleil de la Terreur ! L’auteur catholique talentueux Bernanos parlait de notre monde, « Sous  le Soleil de Satan » !

Pierre Dortiguier

VN:F [1.9.22_1171]
Note : 0.0/5 (0 votes)