Urgences de Troyes : « On ne peut pas faire plus sans mettre les patients en danger »

Partager

La situation des urgences médicales de la ville de Troyes est tellement catastrophique que les urgentistes s’alarment et avertissent l’opinion publique de la gravité de la situation. Alors que les morts se succèdent, que les suicides parmi le personnel de santé se multiplient, le gouvernement continue d’exiger des hôpitaux de réaliser des économies en prenant le risque d’augmenter les accidents et les morts de manière certaine.

Encore une fois, pour une simple rougeole ou une méningite on fait vacciner 65 millions de personnes et là, comme par magie, l’argent existe pour accroître les bénéfices de Big Pharma, mais dès qu’il est question de payer des salariés pour améliorer le service, il n’y a plus d’argent !


« Ça fait des années qu’on tire la sonnette d’alarme. Nous voilà dans le mur ! » s’étrangle le docteur Valéry Flipon, praticien hospitalier à Troyes depuis 2010.

Il intervient aux urgences, à la régulation médicale et au Smur. Il est également délégué Grand Est de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), dont il est membre du conseil d’administration.

« Nous sommes arrivés à une situation extrêmement grave, sans précédent, avec l’implosion d’une équipe médicale, souligne Valéry Flipon. Une équipe qui ne peut plus assumer ses missions faute d’effectif suffisant. Des urgentistes qui choisissent de démissionner. Je ne sais sincèrement pas comment nous pourrons faire tourner le service avec quatre médecins en moins sur un total de vingt-trois équivalents temps plein ! »

Des médecins claquent la porte, les urgences de Troyes en pleine crise

Faute d’internes, les consultations d’urgence pédiatriques s’arrêtent pour au moins six mois. Les médecins urgentistes, qui cumulent déjà les heures supplémentaires, vont devoir assumer trente patients de plus chaque jour en moyenne. La coupe est pleine. Quatre d’entre eux ont décidé de démissionner. Deux responsables de service et le chef de pôle rendent leur tablier de cadre. Une situation sans précédent.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase

«  C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. C’est vraiment le trop-plein. On ne peut pas assumer la prise en charge de ces patients supplémentaires. Ce n’est plus une question de qualité de soin, mais tout simplement de santé publique, de sécurité pour les malades  », confie un de ses confrères.

Déjà débordés suite à un nombre de patients toujours croissant, les urgentistes sont à bout : «  Nous travaillons près de 60 heures par semaine. Mais ce n’est presque pas le problème. Le pire, c’est que nous ne le faisons pas dans de bonnes conditions. La pénibilité, la charge de travail augmentent sans cesse. Avec elles, la peur de faire une connerie grandit. Tout comme la crainte de se retrouver au tribunal parce qu’un gamin est mort dans la salle d’attente des urgences  », témoigne un autre membre du corps médical.

Les chefs aussi

Ne voulant pas assumer ces «  dysfonctionnements majeurs  », voire des drames, les quatre jeunes médecins ont donc décidé de rendre leur blouse. Ils devraient poursuivre leurs fonctions jusqu’à début juillet, date de la fin de leur préavis.

Les conséquences de leur non-remplacement seraient très lourdes. La direction assure qu’elle fait tout pour « boucher les trous ».

Signe de l’importance de la crise, ces médecins démissionnaires sont accompagnés par le Dr Soliveau, chef du pôle des urgences, et deux chefs de service. Si les trois praticiens hospitaliers vont poursuivre leurs gardes, ils ont décidé de rendre leur chefferie. Un élément inédit qui devrait alerter l’Agence régionale de santé.

Urgences : 4 médecins démissionnent

(…) Ce n’est plus une question de qualité de soin, mais tout simplement de sécurité du patient »
Et ce n’est tout simplement pas possible pour les praticiens hospitaliers : « Cela représente environ 30 patients supplémentaires par tranche de 24 heures, qui viendront s’ajouter aux 200 patients que nous soignons chaque jour. C’est intenable dans ces conditions. »
L’équipe est démunie. Une affiche placardée sur un mur des urgences voulait alerter l’opinion publique. Elle a été retirée.
« La qualité des soins se détériore à vitesse grand V, déplore un urgentiste. Nous avons alerté la direction mais rien ne change.


Amandine Henrion  –  AMUF [Association des Médecins Urgentistes de France]

VN:F [1.9.22_1171]
Note : 0.0/5 (0 votes)