Il est vrai qu’il faut une sacrée dose de chutzpah pour venir, en pleine affaire Bigmillion, faire la morale et le malin concernant cette autre affaire dans laquelle il est mis en examen ! Seuls des énergumènes à l’image de Copé ou Sarkö peuvent oser de telles manœuvres aussi grossières…

Lors de son interview, l’ex-président a laissé entendre qu’il n’avait rien à voir avec le dossier qui secoue l’UMP.

bygmalion-comment-sarkozy-a-voulu-brouiller-les-pistesL’affaire Bygmalion est-elle celle qui dérange le plus Nicolas Sarkozy ? Lors de son interview sur TF1 et Europe 1 mercredi 2 juillet, l’ancien président s’est montré particulièrement flou sur ce dossier lié aux comptes de sa campagne de 2012, dossier qui a déjà forcé Jean-François Copé à quitter la présidence de l’UMP. Une information judiciaire contre X a été ouverte pour « faux et usage de faux », « abus de confiance », « tentative d’escroquerie », « complicité et recel de ces délits ». L’ancien chef de l’État a-t-il quelque chose à se reprocher ?
Cette campagne, a affirmé mercredi Nicolas Sarkozy, a été vérifiée dans tous les sens, avec un soin qui n’avait rien d’amical, par la Commission des comptes de campagne et par le Conseil constitutionnel. Les Français doivent savoir que lorsque le Conseil constitutionnel, pendant plusieurs mois, a examiné les comptes de ma campagne, quand mon équipe de campagne a oublié d’inscrire le plateau-repas d’un chauffeur d’une des voitures, il l’a réintroduit. Ils ont conclu que nous avions dépassé, sur un budget de 21 millions, de 400.000 euros. En vertu de quoi, pour la première fois dans l’histoire de la République, alors que j’avais rassemblé sur mon nom près de 19 millions d’électeurs, nous n’avons pas eu un centime de remboursement ! »

Une affaire déjà jugée ?

Qu’elle est loin derrière lui cette affaire, se dit-on en écoutant Nicolas Sarkozy ! Premièrement, il y a déjà eu une enquête, rappelle-t-il. Menée par deux institutions compétentes, qui plus est.

Croyez-vous que les rapporteurs du Conseil constitutionnel ont laissé passer 17 millions d’euros de dépenses sur une campagne de 21 millions sans s’en rendre compte ?, demande-t-il d’ailleurs quelques instants plus tard. Je veux poser une question. Ma campagne sera-t-elle à nouveau réexaminée ? Elle ne l’a pas déjà été assez ? »

Deuxièmement, cette enquête a déjà conclu au non-respect du droit, et a donné lieu à une sanction. Là encore, on doit s’interroger : faudrait-il que Nicolas Sarkozy paye deux fois sa dette à la société pour la même faute ?

L’ex-président laisse entendre au passage que la sanction était disproportionnée : 19 millions d’euros à rembourser pour quelques « plateaux repas d’un chauffeur d’une des voitures ». Conclusion : il a déjà été victime de la justice, va-t-on une fois encore laisser faire une justice déloyale ? D’autant que son concurrent de l’époque, François Hollande, n’a pas eu le même traitement.

J’ai eu le même nombre de meetings que monsieur Hollande. J’ai déclaré que ces meetings avaient couté 13,6 millions, un peu moins de 14 millions. Pour le même nombre de meetings, monsieur Hollande déclare 9,6 millions. A lui, on ne lui pose aucune question, à moi oui. »

Comme si le candidat socialiste avait été favorisé. Brillante communication. Nicolas Sarkozy entretient plus particulièrement le flou en omettant de dire que Bygmalion et le redressement de ses comptes de campagne sont deux affaires différentes qui, bien qu’elles concernent la même campagne et le même candidat, peuvent tout à fait coexister. Et donc justifier deux enquêtes. Et potentiellement une deuxième sanction.

La 1ère  affaire des comptes de campagne

Pour bien comprendre, il faut avoir en tête qu’il est question de trois comptabilités distinctes : les comptes de campagne du candidat Sarkozy, ceux de l’UMP, et ceux de la société Bygmalion, prestataire de service à la fois pour l’UMP et pour le candidat Sarkozy.

La Commission des comptes de campagne (CNCCFP) a redressé les comptes du candidat Sarkozy parce qu’il n’y avait pas inclus certaines dépenses liées à son discours de Toulon en 2011 et au meeting de Villepinte en 2012, réglés notamment par l’UMP. En les réintégrant, le total des dépenses du candidat dépassait de quelque 400.000 euros le plafond – de 22,51 millions – autorisé par la loi, ce qui a donné lieu à une sanction : il n’a pas été du tout remboursé par les contribuables.

Pour parvenir à ces conclusions, les neuf membres de la CNCCFP ont épluché les comptes de campagne mais, comme la loi le prévoit, ils n’ont eu accès qu’à une version simplifiée des comptes de l’UMP, explique François Logerot, son président. Ce qui n’était pas gênant pour dire que certaines dépenses devaient être inscrites dans les comptes du candidat et non dans celles du parti. Mais qui n’a pas permis de mettre à jour l’affaire Bygmalion.

La 2e affaire des comptes de campagne

L’enquête n’est pas terminée, mais on en connaît déjà certains éléments à travers les témoignages officiels et officieux de cadres de l’UMP et de Bygmalion. La société Bygmalion, via sa filiale Event & Cie, a participé à l’organisation des meetings de campagne de Nicolas Sarkozy. Les dépenses s’envolant, l’UMP se serait chargée de régler la note et aurait facturé à l’entreprise des montants bien inférieurs aux dépenses réelles, afin de ne pas dépasser le plafond autorisé par la loi en cas de réaffectation par la CNCCFP. C’est ce qui expliquerait pourquoi les enquêteurs ont saisi chez Bygmalion une double comptabilité. Si l’on en croit les témoignages de cadres de Bygmalion, les dépenses de campagne de Nicolas Sarkozy seraient d’au moins 11 millions d’euros supérieurs à ce qui a été déclaré. Voire beaucoup plus.

Ici, la question n’est plus de savoir si le plafond légal a été dépassé, mais de comprendre les mécanismes qui ont permis une éventuelle falsification de la comptabilité de l’UMP. Comment Bygmalion s’est-elle financée si l’UMP lui a versé des montants inférieurs à ses coûts ? Faut-il y voir un lien avec les nombreux contrats que la société a signé avec des élus UMP (maires, députés, groupes parlementaires), pour lesquels elle a empoché de l’argent s’en qu’on ait toujours la trace de ses prestations ? Dans ce cas il s’agirait d’un financement à grande échelle de la campagne de l’ex-président. Y a-t-il eu « faux et usage de faux », « abus de confiance », « tentative d’escroquerie », « complicité et recel de ces délits » ? Et dans l’affirmative, qui en sont les auteurs ? A en croire Nicolas Sarkozy, cette affaire ne concerne que Bygmalion et l’UMP.

Si la justice avérait que la société Bygmalion a prélevé de l’argent à l’UMP alors qu’il n’y avait aucune raison, les dirigeants de l’UMP seraient alors en droit de porter plainte. Il ne s’agit pas de ma campagne. En ce qui concerne ma campagne, je le dis à tous ceux qui m’ont soutenu, il n’y a jamais eu le moindre système de double facturation. Que les 17 millions qu’on prétend dépendre de ma campagne qui auraient été cachés, c’est une folie. »

Les comptes de campagne du candidat Sarkozy, il est vrai, ne sont pas forcément concernés par la double facturation. Mais peut-être est-ce parce que les prestations incriminées, qui concernent bien l’organisation de ses meetings, ont été facturées à Bygmalion par l’UMP. L’avocat de Bygmalion a lui-même reconnu que la société avait faussement imputé à l’UMP, sous couvert de conventions, des dépenses qui avaient en réalité été effectuées lors des meetings du président-candidat Nicolas Sarkozy. Jusqu’ici rien ne prouve que Nicolas Sarkozy soit responsable de quoi que ce soit. Mais tout le monde se demande néanmoins comment il aurait pu tout ignorer.

Donald Hébert – Le Nouvel Observateur

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