On ne peut pas dire que Bouteflika aime vraiment l’Algérie par dessus tout, à moins qu’il ne jouisse point de ses facultés cognitives ; car comment expliquer cet entêtement à vouloir briguer un quatrième mandat après avoir déjà arraché un troisième, de trop, en ayant usé de l’entourloupe et du viol de la Constitution en 2009, lorsqu’on assiste depuis plusieurs semaines à des manifestations populaires massives dénonçant ce coup de force et lorsqu’on constate la désaffection générale des meetings électoraux de ses représentants, voire l’hostilité franche manifestée par la population, partout en Algérie ? Si Bouteflika est réellement conscient, alors, il est aveuglé par un égocentrisme hypertrophié, quasi tumoral, que tout le monde lui reconnaît du reste depuis des lustres. Si Bouteflika aimait vraiment son pays, il aurait accepté de se retirer d’une compétition inégale, et songé lui-même à céder le témoin à celui qui serait désigné par le verdict des urnes.

Il y a moins de deux ans, le 8 mai 2012, il prononça un discours devant les jeunes de Sétif au cours duquel il répéta à trois reprises, comme à son habitude, sa fameuse phrase : « Jili tab jnanou » ce qui signifie : « ma génération est usée » appelant ainsi la jeunesse à participer à la vie politique et à s’investir pleinement dans la gestion du pays. Il dit encore : « 3ach men a3ref qadrou » autrement dit : « Que vive celui qui se respecte et qui connaît ses propres limites1. »Qu’en est-il aujourd’hui de toutes ces belles paroles ? Bouteflika, est-il conscient qu’il a outrepassé ses limites ? Est-il conscient qu’il s’est porté candidat à une haute fonction qui n’admet pas l’usure du corps et de l’esprit de celui qui est appelé à l’assumer ?

Comment expliquer qu’il n’ait pas été gêné de confier le soin de mener sa propre campagne à des personnages sans éclat, très terre à terre, usant d’un langage primaire, peu élaboré et portés sur l’invective, voire l’insulte2 ? Des personnages versés dans la calomnie et la manipulation et n’hésitant pas à recruter des baltaguias (mercenaires voyous) pour pallier l’indigence de leur discours. Des personnages qui ont été à l’origine du premier mort de ces élections à Zéralda, samedi dernier.

C’est pourquoi il est permis de penser que même en tenant compte du gigantisme de son égo, l’entourage de Bouteflika est l’artisan de cette véritable mascarade.

Un être sensé, jouissant de ses pleines capacités physiques et intellectuelles, n’aurait jamais accepté de s’exposer de la sorte aux sarcasmes et railleries qui alimentent les discussions au sein du corps diplomatique, et qui fleurissent sur les chaînes de télévision, les dessins caricaturaux et les innombrables vidéos des réseaux sociaux. En est-il seulement conscient ? Un personnage d’une telle envergure et doué de raison, se serait-il ouvert de problèmes strictement internes au représentant d’un pays étranger, fût-il allié ?

Alors, il s’agit vraisemblablement d’un hold-up électoral concocté par tous ceux qui ont vécu à l’ombre de Bouteflika et qui ont eu à gérer à leur guise des pans entiers de l’économie nationale sans avoir eu à s’expliquer sur leurs échecs et fautes souvent très lourdes. Loin de se soucier du devenir de l’Algérie et du danger grave auquel ils l’exposent, ces personnages ubuesques et cyniques se livrent au seul travail qu’ils savent faire, la magouille et l’intrigue au service de leurs intérêts immédiats.

L’escalade de la violence verbale traduit indubitablement l’affolement du camp Bouteflika qui sent le vent tourner et qui n’a plus comme alternative que celle du bourrage des urnes. Opération délicate au vu du dispositif large et a priori efficient mis en place par Benflis. Ce dispositif s’appuie sur le concours de 60000 hommes chargés de surveiller les opérations de vote dans les 60000 bureaux que compte le pays. Chacun de ces éléments est chargé de recueillir le PV de dépouillement au bas duquel doivent figurer les signatures du chef de bureau, de ses assesseurs et des représentants des candidats. Ce document est immédiatement transmis à un centre de contrôle, si bien que le candidat Benflis sera en mesure d’annoncer le résultat final avant même le Ministère de l’Intérieur.

Si on devait se suffire de l’image renvoyée par cette campagne, on pourrait d’ores et déjà avancer que Benflis a été élu. Ce sont ses meetings qui ont rassemblé le plus de monde, une véritable marée humaine, tandis que les représentants du président sortant ont été hués et conspués par la population. Ce n’est qu’à la fin de la campagne et en désespoir de cause que le clan Bouteflika a dû, pour faire bonne figure et donner le change, avoir recours à des jeunes désœuvrés appâtés par le petit billet et le casse-croûte et transportés de wilaya en wilaya.

Après les accusations mensongères visant Benflis, celui-ci a cru bon de s’en expliquer via Calvi de RTL. Il s’agit là d’une erreur grossière dont il aurait pu faire l’économie3. On imagine difficilement qu’un candidat français passe sur la Chaîne 3 pendant sa campagne présidentielle… Ce qui prouve encore une fois la persistance du complexe de colonisabilité atavique chez de nombreux responsables politiques algériens et africains. Une chose est remarquable en cette fin de campagne ; c’est la bipolarisation à laquelle on a été insensiblement conduit au fil des jours. Tous les autres candidats ont dû presque s’effacer de facto, ne faisant plus le poids à côté des deux principaux rivaux.

Louisa Hanoune sort du lot toutefois en s’affichant comme le bouclier du clan Bouteflika, allant jusqu’à porter des piques à Benflis. Si une comparaison devait être faite, on pourrait dire que cette ex-militante de l’Organisation Socialiste des Travailleurs (OST), trotskyste de son état, qui dirige le Parti des Travailleurs depuis 1989, joue, toutes proportions gardées, le même rôle que le frère la truelle Jean-Luc Mélenchon qui n’a pas hésité une seule seconde, à offrir sur un plateau d’argent, et sans conditions, les voix de ses électeurs à son ami François Hollande.

Cela étant dit, il n’est pas exclu que le 17 avril au soir, on se retrouve avec deux vainqueurs autoproclamés et l’on aurait alors à vivre une situation ubuesque et porteuse de lourds dangers, quasi identique à celle de la Côte d’Ivoire en 2010 qui a vu Laurent Gbagbo président sortant et Alassane Ouattara ancien premier ministre, revendiquer la victoire. L’issue d’une telle éventualité est absolument imprévisible et c’est pourquoi le pire est à craindre.

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