Après l’affaire des journalistes de Khenchla coursés et menacés de mort par la police, voici le cas assez tragique d’un jeune SDF de Bechloul (petite bourgade à 15 km de la wilaya de Bouira) menacé, frappé, intimidé… par les nervis de Bouteflika. Son histoire est assez impressionnante de violence et démontre à quel point le peuple algérien est plongé au fond du gouffre infernal de l’infamie. À partir du moment où personne ne veut changer les choses sous prétexte de sécurité, on baigne dans l’insécurité et le chaos le plus total. À 10 contre un seul homme fragilisé par la vie dure causée par ces mêmes voyous, voici le sort réservé aux lâches, aux timides, aux hésitants, aux tièdes, aux pleutres, aux ignares, aux imbéciles… Hier c’était Yasser, demain ce sera vous, ce n’est qu’une question de temps.

Selmi_YasserSalmi Yasser, jeune Algérien, sans domicile fixe, vivant à Bechloul, dans la région de Bouira, est membre du comité de soutien du candidat Ali Benflis à Bechloul, commune située à 18 km à l’Est de Bouira. Il a été désigné observateur de l’élection présidentielle du 17 avril 2014, comme les 60 000 autres répartis sur le territoire national et désignés par Ali Benflis pour signaler tout cas de fraude à son QG de campagne sis à Ben-Aknoun (Alger). Il s’est confié dans une vidéo postée le 16 Avril 2014, dans laquelle il met à nu les pratiques mafieuses pratiquées par le clan Bouteflika. Il est intéressant de signaler qu’en 48 heures à peine, cette vidéo a été vue 89 000 fois.

Cédons-lui la parole :

« Chérif Ould-Hocine, directeur de campagne du candidat Abdelaziz Bouteflika à Bouira, membre du Comité central du FLN et député au Parlement, est venu me rendre visite au bureau de campagne du candidat Ali Benflis à Bechloul et m’a demandé de lui faciliter la fraude électorale en échange de 20 millions de centimes et 7000 DA pour chacun des membres de mon équipe. Il me disait, qu’en soutenant Ali Benflis je n’aurai rien à gagner. J’ai rejeté son offre et c’est alors qu’il s’est mis à m’insulter. Il a insulté ma mère, que Dieu ait son âme, puis il a sorti une espèce de gourdin de sa voiture avec lequel il m’a frappé à la main et au visage. J’en garde encore les traces que voici. Après quoi, j’ai déposé plainte contre lui au Commissariat de police.Quelque temps après, j’ai reçu la visite d’un groupe de personnes, qui m’ont mis en garde contre les risques auxquels je m’exposais en persistant dans mes accusations. Ils insistaient sur le fait que Chérif Ould-Hocine n’était pas prêt à me pardonner. Parmi eux, se trouvaient le fils de Cheikh Lamouri de la Zaouïa de Sidi-Aissa, qui travaille à la Présidence de la République en qualité de Conseiller du président Abdelaziz Bouteflika, le Colonel Smaïn, membre du Parti RND, Ahmed Slimani, membre de l’Assemblée populaire de la Wilaya de Bouira et membre du parti NPA du ministre Amara Benyounès et Mahmoud Harbi, membre du Parti FLN et président de la cellule du Parti au niveau de la commune de Bechloul. Ils m’ont proposé de trouver un compromis, un arrangement amiable entre nous deux, en m’intimidant et me faisant comprendre que Chérif Ould-Hocine bénéficiait de l’immunité parlementaire et qu’en plus il allait être nommé ministre dans le nouveau gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika après sa réélection pour le 4° mandat et que si je refusais de coopérer, j’allais moisir en prison.J’ai pris alors conseil auprès de mes amis, qui m’ont reproché d’être très naïf, du fait qu’à chaque fois je soutenais un candidat quelconque pour son élection, il m’oubliait aussitôt élu, et ma situation des plus précaires restait inchangée. Cette fois-ci, tu risques la prison, profite qu’il y ait des gens qui t’ouvrent une porte de sortie et de toutes façons, tu n’as d’autre choix que d’accepter et de te taire.
C’est alors que j’ai accepté à la condition qu’on me garantisse que Cherif Ould-Hocine ne me batte plus. Ils m’ont donné leur parole ; puis m’ont conduit à sa rencontre. Dès qu’il m’a vu, il m’a assailli de questions : pourquoi es-tu allé te plaindre contre moi ? Qui t’a poussé à le faire ? Tu sais très bien que je jouis de l’immunité parlementaire et que tu ne pourras rien contre moi ! Et je dois te préciser que vous le vouliez ou non, Abdelaziz Bouteflika sera réélu et personne ne pourra s’opposer à sa réélection et moi je serai nommé ministre dans le nouveau gouvernement. Je dois te prévenir que si je le veux, en deux minutes…, estime-toi heureux que je t’ignore grâce à l’intercession de ces hommes en ta faveur. D’ailleurs pour moi tu ne représentes rien, tu n’es qu’une insignifiante fourmi. Je te donne 24 heures pour aller annuler ton procès-verbal, sinon je vais t’envoyer en prison à vie, sans même être obligé de passer devant un tribunal.
J’ai pris peur et j’ai accepté sans réfléchir un instant. Il a ajouté que je devais me rendre au Commissariat accompagné de Ahmed Slimani. J’ai dû m’exécuter et le lendemain je me suis présenté au commissariat en compagnie d’Ahmed Slimani. Il est rentré seul, pendant que j’attendais dans la voiture pendant près d’une heure avec Mahmoud Harbi. Ensuite nous nous présentâmes ensemble devant le commissaire et je lui fis savoir que je souhaitais annuler ma plainte. J’ai aussitôt signé mon désistement, après quoi il m’expliqua qu’il était obligé de conduire une enquête qui nécessitait le relevé de mes empreintes digitales. Il me présenta alors une feuille blanche au bas de laquelle il me demanda d’apposer ma signature. Après avoir demandé les raisons de cette formalité, il m’expliqua qu’il devait envoyer ce spécimen de signature à la police scientifique pour confirmer si j’avais signé la plainte de mon plein gré ou si l’on m’y avait contraint. J’ai alors accepté et j’ai signé la feuille blanche qu’il m’a présentée et je suis parti.
Trois jours après, comme à l’accoutumée, je suis rentré le soir à la gare de Bechloul, pour dormir sur un banc, à ma place habituelle. Vers minuit, j’ai reçu la visite d’Ahmed Slimani, qui m’a demandé si j’avais mangé. Puis, il m’a dit d’attendre qu’il revienne avec quelque chose à manger. Un quart d’heure plus tard, il est revenu accompagné de trois autres personnes, parmi lesquelles Ahmed Slimani. Ils m’ont emmené ensuite au QG de campagne d’Abdelaziz Bouteflika. Quand je suis rentré, j’ai été accueilli par Chérif Ould-Hocine, qui m’invectiva en me disant : «  Alors, c’est comme ça, tu as repris tes activités de soutien à Ali Benflis ! Tu es encore avec eux  ! » J’ai répondu oui, je suis encore avec eux. Il a alors brandi une feuille qu’il approcha de mes yeux en me demandant de la lire. Il s’agissait d’un procès-verbal, dans lequel j’étais accusé de violences contre sa personne, de manque de respect envers son épouse, de tentative de viol contre sa fille et de constitution d’un groupe de malfaiteurs en vue de violer son domicile, en somme, de quoi m’inculper pour de très graves délits. Il m’a précisé qu’il était prêt à mettre à exécution ce procès-verbal de suite, par l’intermédiaire d’une personne présente avec nous, dont il a nommé le service auquel il appartenait et dont le nom m’échappe. Il a rajouté que pour de tels aveux, je devais écoper d’au moins huit ans d’emprisonnement ferme et qu’aucun avocat ne pourrait obtenir la réduction de cette peine. Je lui ai alors dit qu’elle était la solution. Il me répondit qu’il disposait de preuves trouvées sur facebook confirmant que je soutenais le mouvement Barakat et que celui-ci était donc lié à Ali Benflis ; ce qui permettait d’affirmer selon lui que le mouvement Barakat fait partie du clan Benflis ! Ensuite il se retourna vers Mahmoud Harbi et lui demanda d’écrire sur une feuille ce que je devais dire. Alors Mahmoud Harbi a commencé à me citer des noms, que je ne connaissais pas. Il y avait deux personnes debout au-dessus de moi qui me surveillaient pour que je ne bouge pas du bureau. A ce moment-là, des journalistes de la télévision privée, Ennahar TV arrivèrent pour enregistrer mes déclarations, que je devais lire sur la feuille que m’avait préparée peu avant Mahmoud Harbi. Il s’agissait pour moi de reconnaître que Hafnaoui Ghoul (Membre du mouvement Barakat) et Bernard Henri Lévy m’ont remis un faux passeport à l’aéroport Houari Boumediène à Alger. Je devais dire que j’étais parti avec eux au Maroc en compagnie d’Amira Bouraoui (Membre fondatrice du mouvement Barakat) et que nous avions été reçus par le Roi Mohamed VI dans son Palais, où était présent sur place le chanteur Enrico Macias. L’enregistrement dura quatre heures et demie, car je ne savais pas prononcer les noms en français et à chaque fois que je prononçais mal, ils étaient obligés de couper et cela les faisait rire.
Une fois l’enregistrement terminé, Chérif Ould-Hocine déchira le procès-verbal devant moi et me dit qu’à présent on était quitte. Il ajouta : «  attention, je te préviens que si tu révèles quoi que ce soit de tout cela, tu auras encore une fois affaire à moi.
Je dois dire, que j’ai été soumis à de fortes pressions et que j’ai traversé de dures épreuves ; j’ai eu très peur pour moi, d’autant que je me sentais seul et j’avais aussi très peur d’aller en prison. A présent je suis fatigué, j’en ai marre et je m’en fous de ce qui peut m’arriver. En cas de la survenue d’un malheur, il serait le fait de Chérif Ould-Hocine. Je dois demander pardon à toutes les personnes que j’ai accusées à tort dans mes fausses déclarations sur la chaîne de télévision Ennahar TV. Je dois avouer qu’après l’enregistrement de ce faux témoignage contre le candidat Ali Benflis, contre le Mouvement Barakat et contre les personnes que j’ai citées, Chérif Ould-Hocine m’a promis un appartement et m’a assuré que le Wali de Bouira était au courant et qu’il approuvait ce marché. Je demande encore une fois pardon à toutes les personnes que j’ai accusées injustement et je dois dire que Hafnaoui Ghoul connaît parfaitement mon histoire personnelle et mon parcours de vie.