La suite de l’affaire :

Qui a commandité la barbouzade ?

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Les agresseurs vils et lâches qui ont pris pour cibles des journalistes d’El Watan en mission à Khenchela ont un visage.

Ils sont identifiés et bien connus des services de la sûreté de wilaya. Complicité ou, plus grave encore, s’agit-il de policiers ? En tout cas, les faits sont pour le moins troublants. Que s’est-il passé ? Envoyés en mission dans la ville de Khenchela pour couvrir l’élection présidentielle, Meziane Abane et Samy Methni (journalistes) et Camille Millerand (photographe stagiaire) ont été pris en chasse par des individus, insultés et menacés de mort. Acte barbare de la part d’une bande de barbouzes zélés, chargés de mission par ceux qui avaient intérêt à ce que la presse ne vienne pas fouiner là où on a caché des choses.

C’est une évidence, les voyous qui ont agressé nos journalistes n’ont pas agi seuls ni spontanément. L’acte a été commandité et la responsabilité, de la police du moins, est engagée dans cette affaire. Sinon, comment interpréter l’impunité dont a bénéficié le chef des agresseurs et le fait que les plaignants soient retenus dans le commissariat, à leur insu, pendant plus de huit heures ?
La mésaventure a commencé à la sortie de la permanence du candidat Ali Benflis où nos reporters ont reçu des rapports sur plusieurs cas de fraude. Auparavant, ils avaient interrogé le chef de cabinet de la wilaya, lequel était visiblement très gêné par les questions des journalistes, notamment celles concernant des cas de bourrage d’urnes et d’expulsion de représentants de Benflis des bureaux de vote.

A la sortie du siège de la wilaya, notre staff est pris en filature, témoigne Samy Methni. «Après avoir vu les représentants de Benflis, nous avons décidé d’aller voir du côté de la direction de campagne de Bouteflika. Sur le chemin, une voiture blanche de marque Greatwall est venue rouler à côté de notre véhicule. Le conducteur a commencé à nous insulter, nous traitant de fauteurs de troubles. Je lui ai demandé de décliner son identité, il s’est présenté alors comme étant le président de la société civile locale. J’ai accéléré, essayant de me débarrasser de lui, mais au bout d’un moment il est réapparu dans une autre voiture blanche, une Logan, cette fois accompagné de trois individus qui ont commencé à nous jeter des pierres et des bouteilles vides, incitant les passants à nous barrer la route et les appelant à nous tuer.»

Les victimes traitées comme des suspects !

Ici commence une course-poursuite hollywoodienne, témoigne Mohamed Taïbi, journaliste et membre de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC) à Khenchela, lequel accompagnait les journalistes d’El Watan. C’est lui d’ailleurs qui va guider le véhicule d’El Watan jusqu’au commissariat le plus proche, où le groupe a trouvé refuge.
Les agresseurs, n’ayant pas froid aux yeux, sont venus se garer, eux aussi, devant le commissariat et le plus zélé est descendu pour s’en prendre physiquement aux journalistes qui ont commencé à crier pour faire intervenir les policiers. Mais ces derniers arrivaient nonchalamment.

Curieux et même choquant : les agresseurs ont pénétré à l’intérieur du commissariat, décidés à en découdre avec les journalistes, mais à aucun moment ils n’ont été inquiétés par les policiers, témoigne encore Mohamed Taïbi. D’ailleurs, la plainte de nos journalistes a été enregistrée contre X ! «La Greatwall appartient à un policier», témoigne encore Sami Methni. «Alors que nous étions retenus dans le commissariat, j’ai vu cette voiture garée à l’extérieur, j’ai demandé alors à un policier à qui elle était et il m’a affirmé qu’elle appartenait au service !» D’autres témoins, ont remarqué le même véhicule stationné devant le même commissariat vendredi matin.

En dépit de la saisine de la DGSN par la direction d’El Watan et les nombreux contacts avec le commissariat central de Khenchela, nos journalistes ont été retenus plus de huit heures dans les locaux de la police. Traités correctement certes, mais la longueur des auditions et la nature des questions ont fini par donner le sentiment aux victimes d’être des suspects. C’est incroyable mais c’est ainsi que les officiers du général Hamel conçoivent leur mission à Khenchela. Honteux ! Une chose est sûre : la société civile et la population de Khenchela n’ont rien à voir avec ces énergumènes qui se sont attaqués à des journalistes en mission.