« De telles gens il est beaucoup, Qui prendraient Vaugirard pour Rome, Et qui, caquetant au plus dru, Parlent de tout et n’ont rien vu. » Le singe et le dauphin, La Fontaine


Je ne me présente pas, cette question n’a aucun sens, il est évident que vous savez déjà qui je suis. Pour vous donner une idée, sachez simplement que je ne crois pas en Dieu, mais que Dieu croit en moi. Les choses sont claires à présent.

J’aime l’obscurité. Je suis l’enfant naturel d’un couple diabolique, le fascisme et le stalinisme[1]. Plus obscur ça n’existe pas. Vous l’ignoriez ? Détestez donc moi, car moi je vous déteste. Vous êtes en vie ? Alors je vous haï du plus profond de mon âme.

Je ne considère la vie que sous la forme d’une mort effective. La vie me répugne, surtout celle des autres. Et ce qui me répugne ne saurait sied au genre humain dont je suis l’indigne représentant. Charles Baudelaire a souvent dit qu’il n’écrivait que pour les morts. Il a dit, répété, que la vraie littérature n’était possible que sous le contrôle, le bienveillant regard de ces morts.[2] Ma vocation d’écrivain trouve sa genèse dans l’œuvre de Baudelaire. Je n’ai peur de personne et si je dors avec une lampe allumée, ce n’est pas par peur du noir, mais parce que le noir a peur de moi, et ça, ça change tout !

Je déteste l’amour sous toutes ses formes. Seule la souffrance me passionne. Étant moi-même exceptionnel il est logique que ce qui est en rapport à ma personne le soit. Ainsi les lignes que vous êtes actuellement en train de lire relèvent de l’exception, un moment unique, ineffable, qui marquera vos mémoires à tout jamais. Profitez-en comme il se doit, avec dévotion. Adorez-moi comme m’adore, bon gré mal gré, toute la presse française. Pourquoi ? Car je suis l’élu.

En 2001 l’Afghanistan a eu l’immense honneur de me voir fermement soutenir l’intervention américaine. En 2003 ne voulant pas faire de jaloux j’ai soutenu l’intervention militaire en Irak. Les bougnou…irakiens et afghans, m’en sont depuis éternellement reconnaissants. J’ai défendu l’attaque israélienne du 31 mai 2010 contre les navires transportant de l’aide humanitaire vers Gaza. C’est la moindre des choses. Je me dois d’être cohérent dans mes positions obscurantistes. On fait la guerre sans l’aimer ou on l’a fait en l’aimant, peu importe, mais faisons la guerre, point !

Le Point justement, magazine où je publie mes blocs-notes, textes d’une justice frappante de sincérité, œuvre dont je suis extrêmement fière. Il est vrai que la sincérité et la vérité sont des concepts qui me sont étrangers, mais il est nécessaire de me les attribuer pour tromper le beauf qui vote encore à chaque élection. Je m’adapte à mon auditoire.

En bon penseur français qui se respect je dois défendre le principe de la nation souveraine. Évidement je parle de la souveraineté d’Israël, jamais de la France qui est une escroquerie en tant que telle. Je vomis l’idée qu’il puisse exister des autochtones sur un territoire donné que l’on qualifierait « de souche ». Il est évidement qu’il n’y a pas de Grecs de souche ; il n’y a pas de Français de souche ; l’idée même d’une souche venue de fond des âges et présente en chacun pour y faire germer l’inépuisable fruit de l’identité est une idée vide, qui ne sert à rien.[3] Je suis un cosmopolite résolu. J’aime le métissage et je déteste le nationalisme. Je ne vibre pas à « la Marseillaise ». J’espère que le cadre national sera un jour dépassé. Et l’un des principaux mérites de l’Europe, à mes yeux, est de fonctionner comme une machine à refroidir cette passion nationale.[4]

Je n’ai aucune limite dans mes propos, ni de limite tout court J’ai compté jusqu’à l’infini, deux fois. Qui dit mieux ? (à part Chuck Norris). La raison du truqueur est généralement la meilleure.[5] Je sais de quoi je parle j’en suis la parfaite incarnation. Je suis la quintessence de l’approximation systématiquement plus ou moins fausse. C’est ma signature. C’est l’apanage des génies dont je suis un membre éminent. Ne saviez-vous pas qu’à l’école, c’est le professeur qui devait lever la main pour me parler, car j’étais dès le plus jeune âge une source de savoir ? Je fus à l’origine de nombreuses théories scientifiques que je ne citerais pas par modestie, mais sachez tout de même que j’ai démystifié l’escroquerie darwinienne en niant la théorie de l’évolution, car il s’agit dans les faits des espèces que j’ai autorisées à vivre, rien de plus. J’ai ce pouvoir absolu de vie et de mort, combien de fois faudra-t-il le rappeler ?

J’ai en outre toutes les qualités possibles, je suis omnipotent, j’ai retrouvé le pain perdu et réconcilié les œufs brouillés. Je ne mens pas, c’est la vérité qui se trompe. Je philosophe à toute heure du jour et de la nuit, à mon corps défendant, et m’interroge sur les raisons d’être de notre monde, enfin du votre surtout, à quoi pouvez-vous servir si ce n’est nous servir nous, les membres de l’élite ? A rien. Qu’est-ce que le totalitarisme sinon le fantasme d’un monde qui serait enfin purifié de cette énigmatique éternité du Mal ? [6] Ça vous parle ?

Je suis pour l’éradication de la liberté sous toutes ses formes. Je ne parle que d’elle, je la souhaite hypocritement pour les peuples du monde entier, mais je la conchie, elle me rebute. Partagée elle n’a aucun sens, il faut la privatiser aux membres de ma caste à l’exclusion du reste de l’humanité. C’est seulement là qu’elle trouve un sens. Son côté précieux apparait alors, car elle est rare et ce qui est rare est cher. Et seuls ceux qui en ont les moyens peuvent se la payer. La bonne nouvelle c’est que la masse n’en a pas les moyens, Satan soit loué ! Imaginer un monde où tout le monde est parfaitement libre de vivre comme bon lui semble est sans doute le cauchemar qui m’est le plus insupportable à égalité avec le fait de me prendre une tarte dans la face ou un suppositoire dans le rectum, car je n’utilise pas de suppositoire, les voies du seigneur sont impénétrables.

Je suis l’homme sans qui la Terre cesserait de tourner, le soleil de briller et les oiseaux de voler ! J’ai repoussé les limites de la connerie et de l’inhumanité dans ses derniers retranchements. Après moi le déluge de feu et de sang, c’est ma devise, mon leitmotiv. Je suis la pièce-étalon de l’homme parfait. Je suis intemporelle, le temps n’existe pas Je ne porte pas de montre, je décide de l’heure qu’il est.

Je suis la parfaite incarnation de la vacuité intellectuelle ambiante, ma coupe de cheveux vectorielle, mon boulard artificiel gonflé de citations superficielles le prouvent chaque nuit que Satan fait. Car Satan est mon inspiration nocturne. Là où la lumière qu’il n’arrive pas à porter se trouve, je fuis vers l’obscurité, son véritable savoir-faire. Celui d’obscurcir les choses, les hommes, la création, la vie surtout. Ôter la vie, c’est ce qui me motive. J’y pense tout le temps. Je ne sais pas où tu habites, mais je sais où tu vas mourir. Évidemment je n’ai pas le courage de passer physiquement à l’acte, ma nature lâche et pleutre me l’interdit formellement. Mais c’est en tant que Juif qu’en Libye j’ai soufflé sur les braises de la destruction et du feu pour assouvir ma faim inextinguible de voir les hommes passer de vie à trépas. J’ai porté en étendard ma fidélité à mon nom, ma volonté d’illustrer ce nom et ma fidélité au sionisme et à Israël.[7] C’est en tant que juif que j’ai participé à cette aventure politique, que j’ai contribué à définir des fronts militants, que j’ai contribué à élaborer pour mon pays et pour un autre pays[8] une stratégie et des tactiques. Je ne l’aurais pas fait si je n’avais pas été juif. Je ne suis cependant pas totalement dénué de cœur et c’est ainsi que je donne fréquemment du sang à la Croix-Rouge, mais jamais le mien.

J’ai d’autres palliatifs à mes désirs déments : dans mes écrits, dans mon sommeil, dans mes longues nuits d’insomnie, quand hanté par les guerres auxquelles je n’ai jamais participé, aux grandes idées que je lance et qui ne m’appartienne pas et dont je ne pense pas un mot, aux films que je suis incapable de réaliser il apparait plus que jamais que la mort me fascine, me poursuit, me nourrit. Si la mort n’existait pas, je pense que je l’aurais inventé. Car sans la mort à quoi servirait la guerre ? Et la guerre c’est justement ma raison de vivre. C’est la base de mon talent de mythomane devant l’éternel Satan le Lapidé, le travesti. Il sait faire briller le répugnant et rendre répugnante la vérité. Je suis son premier fan. C’est mon inspiration et cela se voit chaque jour un peu plus. Je suis l’homme qui a pactisé avec la Mort pour que jamais elle ne cesse son œuvre salutaire pour le genre humain, arabo-musulman d’abord, de prendre de manière violente et brutale son dû que je me hâte de lui procurer.

Cette vocation me permet de ne jamais me regarder dans une glace. Je peux surtout me faire passer pour celui que je n’ai jamais été, un homme bon, doté de raison, d’une morale et de bienveillance. Dans les faits cela m’est impossible, je ne peux me résigner à accoler ces adjectifs à ma personne. Plutôt crever…enfin les autres, que d’avoir ce genre de comportements.

Virevoltant au gré de l’actualité je n’ai pour seule occupation que de chercher la faille dans cette dernière afin d’y introduire la graine de la discorde qu’est l’accusation d’antisémitisme à toutes les sauces. Un Chinois se casse une jambe. Un chien se fait écraser .Un athée se fait escroquer. Un Juif commet un vol et se fait qualifier de voleur. C’est la même chose, de l’antisémitisme.

Et si vous osez me demander qu’est-ce que c’est qu’un Palestinien qui se fait expulser de sa maison par des colons juifs ? Sachez que c’est de l’antisémitisme à l’envers doublé de diffamation afin de faire détester les juifs par le reste de l’humanité, car ce n’est pas du vol, mais un retour à son légitime propriétaire qui est , et à ça je n’y peux rien, juif puisque la thora[9] le certifie. Et si n’avez pas foi en la thora sachez que ce sera prochainement obligatoire je m’attèle à cette tâche. En effet ne pas avoir foi dans notre livre sacré relèvera de l’accusation d’antisémitisme. Vous êtes prévenu !

Le Palestinien est doublement antisémite puisqu’il squatte les maisons des juifs en plus de refuser d’en partir. Le prochain qui me parle de Palestine je déclenche une résolution de l’ONU pour lui bombarder unilatéralement la gueule de manière préventive. Demandez donc à Kadhafi, il vous dira ce qu’il en coûte de m’avoir dans le collimateur. Mince, il ne pourra pas, il est mort.

Chuck Botul-Henry Lévy

Seras-tu le prochain à mourir pour Israël ?


LE MASQUE ABSOLU

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[1] La Barbarie à visage humain, 1977
[2] Les derniers jours de Charles Baudelaire, 1988
[3] Hôtel Europe, 2014
[4] Interview, dans Le Nouvel Observateur, 4 octobre 2007
[5] L’Idéologie française, 1981
[6] Les aventures de la liberté, 1991
[7] Convention nationale du CRIF, 2011. http://www.crif.org/fr/lecrifenaction/Bernard-Henri-Levy-C-est-en-tant-que-juif-que-j-ai-participe-a-l-aventure-politique-en-Libye27038
[8] Il s’agit évidemment de l’état imposteur d’Israël.
[9] Thora : avec une minuscule, livre falsifié par la tribu de Juda qui n’a dans les faits rien à voir avec la Thora œuvre divine que les musulmans reconnaissent comme livre saint.