iqtalLa vallée du M’zab est depuis plusieurs mois balayée par un vent de folie meurtrière qui frappe et divise les deux composantes principales de ses habitants, les Mozabites berbérophones et les Chaambas arabophones. Si le bilan précis en pertes humaines est difficile à établir, on peut avancer que des centaines de blessés sont à déplorer et des morts inutiles sont venues endeuiller les familles en creusant davantage le fossé entre les deux communautés.

A la veille d’une élection présidentielle largement controversée, la situation est chaotique et les pertes matérielles sont considérables : incendies des maisons et des magasins ruinant des familles entières et entretenant les rancœurs. Hier seulement, on a compté deux morts et plusieurs blessés dont un très gravement atteint, dans un état comateux et dont le pronostic vital est réservé.

Que fait l’État devant cette situation dramatique ? Pas grand chose en dehors de la mise sur pied d’une assemblée mixte comprenant un nombre égal de représentants des deux bords mais qui n’a abouti à aucun résultat palpable. Le fait est que pareille situation ne peut trouver sa solution qu’à travers une vision globale et une analyse minutieuse des causes profondes à l’origine de ces troubles cycliques. En effet, il est important de rappeler que des troubles identiques avaient déjà secoué cette région en 1975 (Béni-Isguène et Guerrara), en 1985 (Ghardaia), en 1991 (Berriane), en 2004 (Beni-Isguène et Mélika), en 2008 et 2009 (Berriane), 2013 (Guerrara et Ghardaia). Cette résurgence traduit l’échec des mesures mises en œuvre car elles ne s’attaquent pas à la racine du mal.

Cette fois-ci les événements sont autrement plus graves car les forces de sécurité se sont distinguées par leur troublante passivité et plus grave encore par un certain parti-pris en faveur des populations arabophones. Des accusations ont même été pointées contre elles, faisant état d’actes de torture et d’agressions sexuelles.À quoi peuvent bien servir les 10.000 hommes postés sur place tout en comptabilisant autant de morts ? Comment dans ces conditions peut-on espérer une accalmie et encore moins un traitement radical à la crise ?

Il faut croire que la volonté politique fait défaut, car avec les moyens considérables de l’État, pour peu que cette volonté se manifeste, on peut espérer atteindre le but en réconciliant les « frères ennemis ». Pour cela, il faudrait mettre en place différents mécanismes dans les domaines juridiques notamment en enrichissant le code pénal d’articles prévoyant des mesures fermes privatives de liberté devant les cas de racisme ethnique et d’ostracisme religieux exprimés physiquement ou même verbalement ; sécuritaires inflexibles et intangibles dans le cadre de la mission traditionnelle des services de sécurité en tant que force publique auxiliaire de la justice. L’État doit impérativement respecter les lois en vigueur ; il doit être le premier à les respecter et à donner l’exemple en se montrant intransigeant devant tout dépassement ou dérive, tant au niveau de l’Administration que de la Justice, notamment en luttant sans réserve contre toute forme de fraude (y compris électorale), d’injustice et de Hogra ainsi que contre la corruption qui gangrène le pays et qui nous met dangereusement en porte-à-faux avec la loi de Dieu et les lois de l’État. Ce dernier doit tout mettre en œuvre pour que ces mesures bénéficient de la plus grande diffusion tant par le biais des médias lourds que par celui des écoles.

Qu’attend le Ministre des Affaires religieuses pour sensibiliser les imams dans ce domaine ? Plutôt que d’impliquer la religion dans cette campagne électorale hors-norme et scandaleuse en affirmant que voter est un acte de foi (sic), il serait plus judicieux que Benabdellah Ghoulamallah utilise les moyens non négligeables qui sont les siens pour éduquer les masses populaires et avant elles les hauts fonctionnaires en charge des affaires publiques ! Les éduquer en leur inculquant les bases morales de notre noble religion. Cette gouvernance enfin réconciliée avec elle-même et soucieuse du bien-être général, permettrait d’asseoir la paix et la stabilité partout en Algérie et pas seulement dans le M’Zab.

Ce qui est gravissime c’est l’ingérence étrangère dans l’exploitation du conflit. Iqraa, la chaîne satellitaire saoudienne, a diffusé à maintes reprises une fatwa édictée par un obscur cheikh de leur cru, appelant au meurtre des Ibadites et à la destruction de leurs biens, rendant licites religieusement parlant, donc islamiquement parlant, l’effusion du sang et la destruction des biens d’autres musulmans. N’est-ce pas cela la Fitna ? Qu’attend Ramtane Lamamra pour réagir ? Lui qui vient de dérouler le tapis rouge à Kerry, pourquoi ne convoque-t-il pas l’ambassadeur de la Saoudie pour lui demander des explications et le mettre en demeure de faire cesser de telles outrances et ces appels au meurtre indignes de notre religion, en le menaçant, s’il le faut, de rompre les relations diplomatiques ? Comment peut-on admettre un appel au meurtre à grande échelle en ces périodes de troubles sans même réagir ? Il est d’autant plus curieux d’observer une telle fatwa délivrée par le royaume sabbataïste par excellence dont le roi n’est autre que le protecteur des lieux saints (ou plus justement leur usurpateur) !

Hélas, les dirigeants de l’Algérie, en 2014 sont incapables de se défendre contre de telles ingérences et contre de telles atteintes à son honneur, car leur souci premier est de se maintenir au pouvoir même contre la volonté du peuple et pour cela, ils doivent bénéficier de la caution des grandes puissances auxquelles ils ont bradé toutes les richesses nationales.