EMN-hamidi-ramadanL’analyse que nous propose ici Malika Hamidi, directrice générale de l’European Muslim Network (Bruxelles) et très proche de T. Ramadan à propos de la pensée de ce dernier, sur la question du genre en Islam, telle qu’il l’a exposée dans son ouvrage Islam, la réforme radicale : Éthique et libération, appelle quelques remarques que l’on ne peut passer sous silence.

Sur le plan de la forme, l’utilisation d’un vocabulaire spécialisé, assez technique, rend son texte inaccessible au lecteur lambda. On note également le recours intempestif à des anglicismes dont les termes français équivalents auraient pu être choisis pour une meilleure compréhension auprès des lecteurs appartenant à la sphère francophone. Citons par exemple le terme implémentation emprunté à l’anglais et au domaine de l’informatique et qui aurait pu être remplacé par l’expression « mise en place » ou le mot « réalisation ». Il en est de même des termes leadership, proactive, synchronique, diachronique, etc.

Sur le fond, on se rend vite compte que ce texte a été écrit par une femme, qui plus est, une militante de la cause féministe. L’utilisation du mot « genre » laisse perplexe, comme s’il y avait plus de deux genres au sein de l’humanité, alors qu’elle traite tout simplement du problème de la femme dans les sociétés musulmanes et des relations hommes/femmes. On relève aussi qu’elle n’aborde que des généralités sans à aucun moment elle ne s’appuie sur des exemples concrets pour illustrer son propos ou sa démonstration.

Très vite, on se rend compte que Malika Hamidi appréhende cette problématique des relations entre les deux sexes sous l’angle conflictuel. Elle écrit : « ce mouvement de pensée jouera un rôle moteur et décisif dans la lutte contre la domination masculine dans les sphères musulmanes. » Elle considère donc au final, que ce mouvement est appelé à combattre l’homme pour vaincre sa suprématie. Ailleurs, elle fait référence à l’émergence d’un leadership féminin transnational. Il s’agit donc à ses yeux de remplacer la domination de l’homme par une domination de la femme, ignorant ou feignant d’ignorer que les relations au sein du couple ne sauraient être envisagées dans cette optique. Ces relations sont fondées sur la complémentarité dans tous les domaines de la vie et il ne peut être question à aucun moment de rivalité et encore moins de domination.

L’auteure appelle – usant d’une sémantique affectée d’une préciosité excessive – à une lecture synchronique et diachronique des textes sacrés, signifiant par là, tout simplement, qu’il faille tenir compte du contexte du moment et de l’époque. Si cette interprétation contextuelle est très importante dans certains domaines, du reste assez restreints, il n’en demeure pas moins que les textes sacrés ont une valeur pérenne et sont toujours d’actualité, surtout à notre époque décadente. Quid de la morale, des principes islamiques ancestraux comme l’honnêteté, l’honneur, la dignité, la probité, l’intégrité, la fidélité, la loyauté, l’amour, la pudeur, le courage, la solidarité, la bravoure, l’esprit de sacrifice ? Quid de notre éthique islamique dont les normes sont censées être inaliénables ? Qu’en est-il de la pudeur, de la luxure, de l’infidélité conjugale ? Ces principes peuvent-ils changer au gré des circonstances et des époques ?

Il transpire de son texte que Malika Hamidi milite pour la suprématie de la femme. Or, à travers les âges, nos différentes sociétés musulmanes ont toujours réservé à la femme un statut privilégié lui assurant une protection absolue. Le prophète (SWS) a lui-même dit à propos des mamans : « Le Paradis est sous les pieds des mères. »

Ramadan_Greffe_CheveuxNous ne pouvons ici entreprendre une étude exhaustive des privilèges accordés à la femme musulmane et de la sécurité qui lui est garantie et par sa propre famille et par la société. Si la situation de la femme musulmane peut paraître parfois précaire, cela est dû exclusivement à la dislocation de la cellule familiale et à la déchirure du tissu social découlant de la fameuse modernité laïcisante et pseudo démocratique, encourageant l’individualisme et s’éloignant de plus en plus de la religion. Il reste que dans un foyer, il faut bien un pilote, un chef de famille. C’est d’ailleurs l’appellation consacrée au père de famille jusqu’à un passé pas très lointain, y compris même dans la société française traditionnelle, avant que la maçonnerie dégénérée ne prenne les choses en main et qu’elle n’invente – comble de l’aberration et de la perversion – un troisième genre.

La femme et l’homme ont toujours été complémentaires. Ils ne peuvent être égaux si ce n’est en droit et en devoirs. La femme est l’alter-ego de l’homme. Cette altérité se traduit par des qualités et des vertus différentes qui se complètent pour former un couple qui donnera naissance à une progéniture, elle-même mixte (deux genres) et qui recevra la même éducation. Il en est ainsi depuis la nuit des temps.

Les femmes elles-mêmes avant de choisir leur compagnon, recherchent en lui, outre les qualités d’intelligence, de bonté, de fidélité, de courage dans le travail, de constance, une certaine force virile qui les rassure elles et toute la maisonnée dont elles assurent la fonction irremplaçable de copilote.

Jusqu’après la seconde guerre mondiale, la France a vécu sur ce modèle et elle ne s’en portait que mieux. C’est la maçonnerie dégénérée qui a introduit ce mal pernicieux qu’est la modernité avec son lot de dérives et de régressions affectant la famille et la société. Le mal des sociétés musulmanes vient du fait qu’elles essaient d’imiter la société occidentale au moment même où les peuples européens eux-mêmes se rendent compte d’avoir été dupés et d’avoir fait fausse route.

Au total, il est question ni plus, ni moins, dans cette étude de mener un combat contre la domination des hommes et d’assurer le leadership des femmes, autrement dit leur suprématie. Ainsi voudrait-on sans doute – pourquoi pas, au point où nous en sommes – substituer à la polygamie une polyandrie assumée ? Il n’est question que de modernisation et d’occidentalisation de l’Islam par un T. Ramadan félon dont la mission est de plus en plus claire. Son travail de sape risque hélas de rencontrer un certain succès, tant le public musulman français, complexé et peu connaisseur de sa religion, est prompt à se laisser leurrer et berner par des pseudo savants musulmans à l’image de T. Ramadan.


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Le gender traité au CILE de T. Ramadan