Les clans sont en train de s’entre-déchirer pour le plus grand bien du Hirak et de la révolution populaire. Ils complotent en coulisse croyant que le peuple peut encore tomber dans leurs grossiers panneaux, sauf que tout cela est terminé ; ils abattent tous leurs dernières cartes en se dévoilant chaque jour davantage !


Une vaste campagne numérique a été lancée sur Internet pour ternir l’image de l’actuel pouvoir militaire algérien, animée par quelques nostalgiques de l’État DRS, du nom des services secrets algériens du temps du général Medienne, dit Toufik

Les nostalgiques de l’État DRS, cette police politique qui a géré l’Algérie depuis l’Indépendance, jusqu’en 2015, date de l’éviction de Toufik, ont ouvert quelque 17000 comptes twitter pour propager des fausses nouvelles contre l’institution militaire et son chef, le général Gaïd Salah. C’est du moins l’estimation qui est donnée aujourd’hui par les services sécuritaires algériens.

Expert des flux d’information sur Internet, Marc Owen Jones estime même à 20000 le nombre de comptes malveillants alimentés par des nostalgiques du général Toufik (1).

Le défenseur des causes perdues


Said Bensdira, le défenseur des causes perdues

Encore faut-il quelques mercenaires de la plume pour produire un peu de contenu. Parmi les propagandistes les plus actifs, il faut citer l’ami Said Bensdira, un ancien obligé de l’ex-DRS qui est aujourd’hui réfugié à Londres. À « Mondafrique », nous le connaissons bien qui dénonça les agissements du directeur du site Nicolas Beau affublé, avec une imagination débordante, du surnom de « Nicolas Moche ». Ce qui est cocasse, c’est que voici trente ans, un certain Mohamed Mequedem, un obligé du DRS aujourd’hui décédé, qui œuvrait à la présidence sous Chadli, avait utilisé ce même type d’injure.

Joli parcours en tout cas que celui de Bensdira qui a fait ses classes auprès du général Smain, longtemps numéro deux du DRS et homme fort de la répression durant la décennie noire, avant de décéder officiellement d’une crise cardiaque. Ce communicant qui possède aujourd’hui une chaîne d’informations sur le net à Londres a fait un séjour aux Émirats et à Bahrein, où il aurait été recruté, dit-on, par les services britanniques. Depuis, Bensdira s’est mis au service du général Nezzar et de son fils Lotfi, qui viennent l’un et l’autre d’être condamnés à vingt ans de prison pour complot contre la sécurité de l’État. C’est Bensdira qui, ces temps-ci, parle au nom du clan Nezzar.


Le général Nezzar et son « communicant », Saïd Bensdira, cet été à Barcelone

De la communication tous azimuts

Notre ami Bensdira, qui travaille de concert avec quelques sites opposés à l’institution militaire, orchestre des campagnes contre Gaïd Salah, le chef d’état major qui est aujourd’hui l’homme fort du pouvoir. Dans trois vidéos, on l’a vu récemment menacer de révéler les turpitudes de la famille du chef de l’armée, grâce aux révélations d’un riche homme d’affaires d’Annaba et député du FLN, Bahaa Eddine Tliba, qui vient de s’enfuir d’Algérie après avoir été très proche du fils de Gaïd Salah. Là encore, il se présente comme le porte parole et le communicant du milliardaire.

Ces jours ci, on a vu Said Bensdira, dans une forme étincelante, propager sur les réseaux sociaux l’information farfelue qui voudrait que Gaïd Salah soit convoqué en Suisse comme témoin dans le cadre du procès qui est fait à Nezzar pour crimes contre l’humanité pour son comportement durant la décennie noire algérienne. Or le principal plaignant dans ce dossier, Seddik Dadi, vient de démentir cette nouvelle de façon catégorique.

En voulant mettre en cause l’ensemble de l’armée dans les possibles exactions commises par le seul Nezzar et ses sbires, Said Bensdira aura probablement réussi à resserrer les rangs au sein d’une institution militaire effectivement divisée. C’est là une belle opération involontaire de communication.

(1) Marc Owen Jones, diplômé en 2006 de l’université de Cardiff et docteur de l’université à Durham, est un enseignant anglais qui enseigne comme assistant à Doha et travaille sur le traitement des flux d’information sur les réseaux sociaux dans le monde arabe.

Nicolas Beau

Mondafrique

2 octobre 2019