De pilote de Tsahal à militant BDS, pour dénoncer l’occupation et les massacres de l’israël

Yonatan Shapira, a former Israeli soldier and crew member on the British-flagged sailing boat, talks to a TV journalist at a hotel in Famagusta in the Turkish-held north of the divided eastern Mediterranean island of Cyprus before boarding the boat on September 26, 2010 bound for the Gaza Strip, bidding to run Israel's blockade of the Palestinian territory. AFP PHOTO/HASAN MROUE / AFP PHOTO / HASAN MROUE


Les crimes de guerre nombreux de l’entité sioniste choque même ses propres soldats, ce n’est pas une question de religion ou de race mais de morale et d’humanité. Bravo à ce monsieur pour son courage car il en faut beaucoup pour se dresser contre son propre camp, vraiment beaucoup.


Yonatan Shapira, refuznik et activiste de la paix israélien, a parlé à Middle East Eye de son cheminement personnel, de l’activisme pro-palestinien et des perspectives de paix en Palestine

Yonatan Shapira est un « refuznik » israélien, un de celles et ceux qui refusent ouvertement de servir l’armée israélienne dans les territoires palestiniens occupés. En 2003, il publiait avec 26 autres pilotes de l’armée une lettre ouverte dénonçant les attaques « illégales et immorales que l’État d’Israël effectue dans les territoires palestiniens ».

Depuis, l’ancien capitaine de l’armée de l’air, membre de l’élite militaire, fils d’un pilote de la guerre de 1973 et petit-fils de victimes du génocide juif est devenu un activiste de la paix.

Indigné par le sort de Gaza, il tentera, avec d’autres, de pénétrer par trois fois dans l’enclave palestinienne par voie maritime, avec une simple cargaison de jouets et de fournitures scolaires. En 2010, à bord de L’Irène violemment arraisonnée par l’armée israélienne à 20 milles de Gaza, il sera touché par trois tirs de taser par ses ex-camarades de l’armée.

Depuis, il milite au sein du mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).

Refuznik très actif, il est aussi l’un de ces « smolanim » ou gauchistes honnis par la droite et l’extrême-droite israéliennes.

Comment s’est fait votre cheminement politique et philosophique, de pilote dans l’armée israélienne à refuznik ?

Yonatan Shapira : J’ai grandi dans une base aérienne et je m’identifiais totalement avec Israël. J’adhérais à la narration sioniste qui pose que mon pays recherche la paix avec ses voisins et le monde, et souffre parce qu’il est entouré d’ennemis. C’est là typiquement le genre de narration selon laquelle les enfants de ce pays sont élevés.

J’ai simplement cessé de me soucier des miens seulement, et me suis préoccupé de tout le monde. J’ai cessé de m’inscrire uniquement dans une ethnie, une tribu, une religion ou une couleur. C’est un changement de perspective qui modifie tout. Toutes ces valeurs humanistes dans lesquelles j’ai grandi, je les ai appliquées à tous. Mais cela est un changement intenable pour ceux qui sont encore enfermés dans leur point de vue raciste.

Je me suis toujours senti partie prenante de mon pays, c’est une part évidente de mon identité. Lorsque j’ai commencé à interroger la question du Bien ou du Mal qui était fait en mon nom, il a été plus facile de se sentir suffisamment confiant pour parler ouvertement. Quand bien même on me traitait de « traître » ou qu’on m’accusait de faire du mal à ce pays. Bien sûr, en devenant activiste, j’ai vu que mes paroles et actions pouvaient rendre les gens fous. Ainsi, quand j’ai taggué sur le mur du ghetto de Varsovie un graffiti « Libérez tous les ghettos, libérez Gaza », en Israël, les réactions ont été vives. Les gens ne comprenaient pas comment un ex-capitaine de l’armée de l’air pouvait comparer Gaza à un ghetto. Pour moi cela semblait pourtant évident.

Après quel événement avez-vous écrit la lettre des pilotes de 2003 qui appelle à refuser les missions « immorales » sur Gaza ?

Il y a eu plusieurs événements mais ce fut spécifiquement les assassinats de combattants palestiniens par l’armée de l’air israélienne. Et de tous les civils autour d’eux. La lettre a succédé à la fameuse attaque contre un leader de la branche armée du Hamas [Salah Shehadeh, l’un des chefs présumés des Brigades Izz al-Din al-Qassam], le 22 juillet 2002. Une bombe d’une tonne fut larguée sur la maison de ce leader, causant la mort de quinze personnes, dont neuf enfants. Je dis souvent que parmi les morts ce jour-là, il y eut aussi le garçon naïf et sioniste que j’étais. Si je n’ai piloté que des engins de secours et n’ai jamais pris part à ce genre d’action, j’ai eu l’impression que ces actions de bombardements avaient été faites en mon nom.

Nous étions, les vingt-six autres pilotes et moi, submergés par cette attaque. Douze ans plus tard, il y eut le massacre de Gaza [l’assaut israélien de 2014 qui a fait plus de 1 500 morts côté palestinien, 6 côté israélien]. En juillet 2002, l’armée israélienne lançait une bombe d’une tonne sur Gaza pour tuer Salah Shehadeh. Exactement à la même date, 12 ans plus tard, en 2014, l’armée israélienne a déversé 100 bombes d’une tonne dans la partie sud de Gaza, tuant encore plus de gens.

La situation devient toujours plus extrême, la dévastation causée [en 2014] par l’IDF [l’armée israélienne] rend ce qui s’est passé en 2002 presque insignifiant. À chaque attaque, c’est plus fou, avec plus d’enfants brûlés vivants, plus de gens tués.

Après la publication de la lettre, les réactions furent très négatives dans l’establishment militaire. Mais nous avons aussi eu des soutiens surprenants de militaires. J’ai eu ainsi le soutien de mon commandant d’escadron. J’en fus surpris car cette lettre pouvait être considérée comme un acte de mutinerie. Cela montre la complexité des choses. D’autres pilotes ont exprimé leur soutien en privé mais ils précisaient qu’ils avaient trop peur des conséquences s’ils nous rejoignaient dans cet appel.

Je pourrais parler de ceux qui furent punis, mais il me semble intéressant de dire la complexité des choses. Ceux qui restent dans le système passent par un processus lent où ils finissent par accepter les choses. Beaucoup de pilotes qui étaient d’accord avec moi aimaient trop voler pour y renoncer. Peu à peu, ils ont accepté les règles, s’identifiant avec le système. Maintenant, ce sont des meurtriers de masse. Personne dans ce monde ne peut dire qu’il ne sera jamais fasciste du moment où il s’adapte et se trouve des excuses.

Vous parlez « d’objection grise », pouvez-vous explicitez cette notion ?

C’est un phénomène général, pas seulement en Israël. Seule une minorité décide de s’exprimer ouvertement. Puis il y a ceux qui sont persuadés du bien-fondé du système. Et enfin il y a cette part floue de ceux qui sont mal à l’aise mais refusent de risquer leur stabilité sociale et trouvent des accommodements.

En Israël, certains trouvent des excuses pour ne pas servir en Cisjordanie ou pour ne pas participer à des attaques qu’ils désapprouvent intérieurement. Je sais que certains pilotes admettent qu’ils évitent de participer à ces missions. Ils se font porter pâles et évitent ainsi d’interroger un système qui produit oppression et crimes. Ce système tolère cette « objection grise », il produit un « consentement industriel ». Cela n’aide en rien car alors d’autres exécutent ces missions.

En 2003, vous êtes devenu un refuznik. Vous avez dit « non ». À quoi dites-vous « oui » désormais ?

J’ai dit non au fait d’être partie prenante de ces attaques, de cette occupation, de cette oppression. Mais nous avons décidé, avec mes camarades, de participer à la construction des solutions de réconciliation. J’ai cofondé en 2005 une ONG, Combatants for Peace, qui réunit d’anciens combattants palestiniens et israéliens œuvrant ensemble de façon non violente contre l’occupation. Je n’en fait plus partie désormais. En effet, cette ONG est devenue trop prudente, d’une certaine façon.

Il me semble que nous devons « coller » à ce que les Palestiniens veulent, à leur façon d’envisager leur lutte. Donc soutenir leur appel au mouvement BDS et ne pas avoir peur de dire des choses qui effraient l’opinion israélienne. Ce mouvement BDS est non violent. En tant qu’Israélien, je dois suivre ce que les Palestiniens disent, car c’est eux qui luttent contre l’oppression, ce n’est pas une lutte israélienne.

Source : Middle East Eye  [Édition française]

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