FN top candidate for the upcoming regional elections for the bourgogne Franche-Comte region, Sophie Montel (L) is pictured next to Head of the Front National (FN) far-right party, Marine Le Pen, during a press conference on October 28, 2015, in Besancon. AFP PHOTO / SEBASTIEN BOZON / AFP PHOTO / SEBASTIEN BOZON
La présidente du Front national Marine Le Pen et l’eurodéputée Sophie Montel, qui a quitté le parti pour cofonder Les Patriotes avec Florian Philippot. AFP

Le Front National est loin d’être sorti de l’auberge en ce qui concerne l’affaire des financements des attachés parlementaires de l’Union européenne. L’eurodéputée Sophie Montel vient de faire des déclarations explosives en rapport avec le fonctionnement du parti et la réalité de ces accusations. Elle annonce même la publication prochaine d’un livre afin d’enfoncer le clou, le dernier qui plombera le cercueil de MLP avant son enterrement politique…

À force de déclarations et de confessions d’ex-frontistes déçus, nous allons nous apercevoir que ce parti qui était censé révolutionner la politique et relever la France était en fait bien pire que tous les autres !


Le grand déballage qui se prépare au FN va perturber le jeu des européennes.

Et même celui de la présidentielle 2022.

Après les grands départs, le grand déballage. Confrontée à une fronde inédite que « congrès de refondation » a tenté de juguler, Marine Le Pen a désormais une autre raison de se faire du souci. Depuis le départ de Florian Philippot et de ses amis jusqu’à la colère des soutiens de Marion Maréchal Le Pen, le Front national a vu nombre de ses cadres quitter le navire, emportant avec eux les secrets de famille tenus jusqu’ici sous les radars médiatiques. Dans le même temps, la justice avance pas à pas dans l’enquête sur les emplois présumés fictifs des assistants parlementaires du FN au Parlement européen. Un dossier judiciaire particulièrement sensible puisqu’il implique directement la députée du Nord et ses principaux alliés.

Nourrie par les ex-frontistes revanchards, cette enquête judiciaire, ouverte en 2015, pourrait connaître de nouveaux rebondissements juste avant les élections européennes de 2019. Et menacer une probable candidature de Marine Le Pen à la présidentielle de 2022.

« Touche pas au Grisbi, salope »

Pour des raisons pratiques, Sophie Montel nous a fixés rendez-vous à la brasserie « L’Européen », juste en face de la gare de Lyon à Paris. L’eurodéputée sourit de l’ironie du lieu mais l’élue de Bourgogne-Franche-Comté s’apprête bien à faire grincer des dents chez ses anciens amis du Front national.

Sophie Montel, ce n’est pas tout à fait n’importe qui. Cette militante historique du FN, qui n’a pas hésité à tourner le dos à trois décennies d’engagement militant au Front pour suivre son ami Florian Philippot dans son aventure « Patriote », est l’auteure de « la liste Montel ». Une liste rédigée à la hâte en pleine campagne présidentielle pour dénoncer des emplois présumés fictifs dans d’autres groupes politiques européens et qui a probablement coûté son ministère à François Bayrou. Désormais, c’est en direction « des branquignoles du FN qui se croient tout permis » que l’ex-cadre frontiste entend employer ses talents rédactionnels.

« Ce qui lie ce parti, c’est l’argent. Ceux qui ont refusé de jouer le jeu se sont tous retrouvés tricards », lâche-t-elle, entre deux imitations grinçantes de la présidente du FN. Intarissable sur les colères homériques de Marine Le Pen, sur les chantages à l’investiture et surtout les petits arrangements qui intéressent de près la justice française, Sophie Montel tire à vue mais garde des cartouches pour la suite. Car l’élue prépare un livre sur sa « désillusion » au Front. Le titre n’est pas encore arrêté, mais la date de parution si: « avant les élections européennes » de 2019.

Nul doute que les révélations de l’eurodéputée intéresseront de très près les autorités judiciaires. Dans l’affaire des assistants parlementaires, neuf personnes sont d’ores et déjà mises en examen pour « abus de confiance » et/ou « complicité d’abus de confiance », dont le Front national en tant que personne morale et Marine Le Pen. Tous sont soupçonnés d’avoir planifié ou participé à un « système » visant à rémunérer des permanents du FN avec des fonds européens réservés aux assistants parlementaires. Des emplois présumés fictifs qui seraient tombés à pic au moment où le Front national traversait une très mauvaise passe financière. Montant du préjudice affiché par l’UE: 7 millions d’euros. Et celui-ci ne cesse de grimper.

Prudente, Sophie Montel refuse pour l’heure de trop en dire mais promet que tout figurera dans son ouvrage. Et confirme les indices accumulés par les enquêteurs français qui soupçonnent le parti d’extrême droite d’avoir sciemment détourné les règles du Parlement européen pour financer ses activités nationales. Une source proche du dossier à Strasbourg n’en revient d’ailleurs toujours pas: « Le Parlement est surpris par l’ampleur de la fraude », décrivant à son tour « un système généralisé visant à se répartir des enveloppes ».

Pour décrire le groupe frontiste au Parlement européen, Sophie Montel, elle, rejoue la célèbre scène de la cuisine des « Tontons flingueurs ». « <Un groupe de mafieux attablés en train de se répartir les sandwiches. Et quand une blonde pose une question, on lui crache: ‘Touche pas au Grisbi salope!' ». Ici, la blonde, c’est elle. « A chaque session, on passait 10 minutes sur les sujets politiques, le reste sur la distribution des avantages », glisse-t-elle avec dégoût. Maintenant, c’est à elle de se mettre à table.

Rendez-vous au tribunal

Repentir sincère ou vengeance philippotiste? Joint par Le HuffPost, le chef de file des eurodéputés FN et étoile montante du parti d’extrême droite, Nicolas Bay, n’a aucun doute sur la nature « délirante » de cette revanche. « Il y a six mois, Sophie Montel vous aurait assuré exactement le contraire », glisse le vice-président du parti en mettant au défi quiconque de produire des preuves d’un « emploi fictif ». « Qu’il y ait eu parfois une mutualisation des moyens et des assistants entre élus frontistes, évidemment. Mais chaque assistant parlementaire a respecté son contrat de travail », assure-t-il….


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