Et un de plus. Ce très haut personnage du parti unique du FLN, Djamel Ould Abbes, est enfin en prison, lui qui a passé ces dernières décennies à insulter et humilier le peuple algérien.


L’ex-parti unique qui devait bâtir une nouvelle Algérie post-indépendance est devenu l’otage des calculs politiciens et du fait du prince.

Connaissez-vous la « maison de l’obéissance » ? C’est une règle inspirée du droit romain et transposée dans certains pays musulmans permettant à l’époux de ramener sa femme, de force, au foyer conjugal après une dispute.

Retenons le caractère coercitif de la chose.

En Algérie, l’expression « maison de l’obéissance » a été maintes fois employée par des éditorialistes pour décrire la relation entre le pouvoir et l’ex-parti unique, le Front de libération national (FLN). C’est aussi, et surtout, une formule employée par le défunt Abdelhamid Mehri, ex-secrétaire général du vieux parti. On y reviendra.

Récemment, le FLN s’est retrouvé dans une drôle de situation : deux patrons sont désormais à sa tête

Récemment, ce parti s’est retrouvé dans une drôle de situation : deux patrons sont désormais à sa tête. Le secrétaire général Djamel Ould Abbes, « démissionné » par une source officielle d’après l’agence d’information gouvernementale. Il avait démenti avoir quitté son poste avant d’accepter le fait accompli. Et le nouveau président du Parlement, Moad Bouchareb, qui assure l’intérim à la tête du FLN, toujours selon cette source officielle.

Moad Bouchareb, qui a remplacé Saïd Bouhadja, l’ancien président de la chambre basse suite à un coup de force qualifié de « putsch », assume cette fonction d’intérim en dehors du règlement intérieur du parti.

Ces soubresauts et petits « putschs » entre amis ne sont pas une incongruité dans le long parcours de l’ancien parti-État. Le FLN est le trésor de guerre politique des tenants du pouvoir, qu’ils défendent jalousement, parfois brutalement.

Le FLN est d’abord une assise électorale du pays « réelle », celle qui englobe la clientèle du système, fidèle à l’ancien parti unique par intérêt (redistribution de la rente et des postes). Ou par attachement historique inhérent à la guerre de libération et ses symboles. Ou, enfin, par défaut : « Mieux vaut quelqu’un qu’on connaît qu’un inconnu », dit-on en Algérie, selon une antique sagesse populaire.

Au fin fond du pays, dans les villages les plus reculés du grand Sahara, on peut ne pas trouver de bureau de poste ou de mairie, mais on trouvera toujours une école, de l’électricité… et une annexe locale du FLN.

Le FLN était aussi une structure de l’État plus qu’un parti : longtemps il a fourni au système ses hommes et son idéologie. Quand, en 1989, une nouvelle Constitution instaure le multipartisme, mettant fin au système du parti unique, les analystes parlent déjà de démultiplications du FLN.

Le parti, sérieusement ébranlé par la période de la fin des années 1980, la chute de l’idéal socialiste et la contestation de sa légitimité, a su quand même réagir.

Sous la direction de Abdelhamid Mehri, proche du président Chadli Bendjedid et ancien militant nationaliste, le FLN traverse la période 1988-1996 avec une nouvelle vision. Il devient un parti, une formation politique qui s’autonomise peu à peu d’un pouvoir central en butte à l’insurrection islamiste armée.

Il sort de la « maison de l’obéissance ». Et il le paiera.

La guillotine politique à plein régime

En janvier 1995, le patron du FLN, Mehri, participe aux côtés des partis de l’opposition et de représentants du Front islamique du Salut (FIS, dissous en 1992) à une rencontre à Rome, parrainée par la communauté catholique de Sant’Egidio. La rencontre, inédite, débouche sur la signature d’une plateforme censée proposer une solution politique à la crise algérienne.

Discuter à l’étranger d’une question interne ? Entrer en contact avec ceux qui revendiquent des attentats ? Évoquer une solution politique au-delà de l’agenda du pouvoir ? Un triple crime pour le système et une partie de l’opinion publique.

Un an après, en 1996, Mehri est emporté par un « coup d’État scientifique » préparé par des cadres du parti, avec à leur tête, un apparatchik ancien ministre de Boumediène, Boualem Benhamouda, qui deviendra le nouveau patron du FLN. Ce dernier sera débarqué à son tour en 2000 au profit du chef du gouvernement de Bouteflika, Ali Benflis…


26 novembre 2018
– Adlène Meddi est un écrivain algérien et journaliste pour Middle East Eye. Ex-rédacteur en chef d’El Watan Week-end à Alger, la version hebdomadaire du quotidien francophone algérien le plus influent, collaborateur pour le magazine français Le Point, il a co-écrit Jours Tranquilles à Alger (Riveneuve, 2016) avec Mélanie Matarese et signé trois thrillers politiques sur l’Algérie, dont le dernier, 1994 (Rivages, sorti le 5 septembre). Il est également spécialiste des questions de politique interne et des services secrets algériens..