Un grand nombre d’ex-responsables du régime corrompu de Bouteflika ont été convoqués par la justice algérienne. Systématiquement, ils reçoivent un accueil « très chaleureux » de la part du peuple aux cris de « bande de voleurs », « vous avez pillé le pays », « système dégage »… L’ex-Premier ministre Ouyahia est accueilli par des jets de yaourt, en rappel à une malheureuse phrase qu’il avait prononcée à propos du yaourt et qui avait profondément blessé le peuple algérien.


Cinq jours après l’appel lancé mardi 16 avril par Gaid Salah à la justice à accélérer les enquêtes sur la corruption et la dilapidation de deniers publics, le parquet de Sidi M’hamed passe à l’action.

Ce samedi, il a convoqué l’ex-premier ministre Ahmed Ouyahia et le ministre des Finances Mohamed Loukal dans le cadre d’une enquête sur la dilapidation de deniers publics et octroi d’avantages illégaux. L’annonce a été faite de manière très officielle au cours du JT de 20 heures de l’ENTV.

C’est la première fois en Algérie que la justice convoque un ministre des Finances en exercice et un ex-premier ministre, à peine un mois et demi après son limogeage du gouvernement, dans le cadre d’une enquête sur la corruption.

Le parquet n’a fourni aucun détail sur la nature des faits reprochés à Ahmed Ouyahia et à l’ex-gouverneur de la Banque d’Algérie, et actuel premier argentier du pays.

Selon nos informations, Ahmed Ouyahia a fait l’objet d’enquêtes de la part des services de renseignements, il y a quelques mois, alors qu’il occupait encore le poste de premier ministre de Bouteflika. Ces enquêtes n’avaient pas abouti, en raison de la proximité d’Ouyahia, avec le clan Bouteflika. Après la chute brutale de ce dernier, chassé par le mouvement populaire, l’ex-premier ministre s’est retrouvé sans protection.

Pour Mohamed Loukal, des soupçons pèsent sur sa gestion de l’argent de la planche à billets, et probablement des transferts de devises effectués par des hommes d’affaires proches de la famille Bouteflika, comme les Kouninef. Ces derniers sont concernés par une vaste enquête concernant les avantages et les contrats qu’ils ont obtenus durant le règne de Bouteflika.

Initialement confiée au pôle financier de Bab Jdid (Alger) de la Gendarmerie, l’enquête sur les Kouninef, a finalement été délocalisée au CPMI de l’armée. Selon nos sources, le chef de la brigade de recherche du pôle de Bab Jdid a été relevé de ses fonctions et pourrait être radié du corps de la gendarmerie, en raison des « insuffisances » dans la conduite de l’enquête sur les Kouninef.

Outre Ouyahia et Loukal, la justice a rouvert le dossier de dilapidation de deniers publics du ministère de la Solidarité nationale. Le parquet a demandé a levée de l’immunité parlementaire aux sénateurs du tiers présidentiel, Said Barkat et Djamel Ould Abbès. La commission juridique du Sénat devrait se réunir demain dimanche 21 avril pour statuer sur deux demandes émanant de la justice : la levée de l’immunité parlementaire de Djamel Ould Abbes et Said Barkat, deux anciens ministres qui siègent en tant que sénateurs du tiers présidentiel.


Photo d’illustration : Ahmed Ouyahia en compagnie d’Abdelaziz Bouteflika – TSA [Tout Sur l’Algérie]

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