Article véritablement explosif de Libération concernant un des plus grands cabinets parisiens, celui de Maître Emmanuel Pierrat. homme de pouvoir, franc-maçon puissant, ami intime de feu Pierre Bergé, Également ami intime du pédocriminel Gabriel Matzneff dont il assure la défense judiciaire et habitué des plateaux télé.

On apprend dans cet article que sa gestion de son cabinet d’avocats parisien est catastrophique. Les associés du cabinet sont tellement maltraités qu’une avocate tellement terrorisée a été incapable un moment donné de se lever pour uriner et a dû le faire assise à son bureau ! Un cas beaucoup plus dramatique sera celui de sa secrétaire qui aurait tenté de mettre fin à ses jours en prenant du Xanax puis en tentant de se jeter du balcon !

Selon l’auteur de l’article, ils ont réussi, après 4 mois de travail, à recueillir plus de 20 témoignages accablants d’ex-associés et stagiaires avec un nombre important d’enregistrements, SMS, courriels… Ils décrivent tous « un climat permanent de pressions, de peur, d’injures et de domination » ! Les insultes fusent et il y a même une assistante qui va recevoir le plateau repas de Pierrat à la figure !

Il est également question dans cet article d’un dépôt de plainte contre lui par le nouveau patron du PEN Club (M. Pierrat niera ces accusations dans un droit de réponse). On peut lire sur le PV de l’AG du 16 décembre 2020 le directeur dénoncer : « le comportement agressif de M. Pierrat à l’encontre des autres membres de l’association », des « agissements contraires à la loyauté et la bonne foi », des « dépenses non justifiées par l’intérêt de l’association », et la « violation des décisions du comité directeur » ! Rien que ça. On apprend dans un autre article du Mondecf. ci-dessous – que pour se faire rembourser des frais de transport, M. Pierrat n’a pas hésité à agonir d’injures la secrétaire du PEN club qui a démissionné deux jours plus tard !





Mais cela ne s’arrête pas là car le nouveau président du PEN club l’accuse aussi d’avoir embauché des stagiaires payés par l’association alors qu’ils travaillaient dans son cabinet parisien. il l’a accusé également d’avoir organisé des soirées, financées par l’association, dans son propre domicile ! M. Pierrat affirme avoir également déposé 2 plaintes pour chantage et diffamation. Affaire judiciaire à suivre.

On apprend aussi que le cabinet Pierrat a été condamné par le barreau pour le manque de lisibilité de sa facturation ! Il y a eu aussi d’autres convocations ordinales pour des histoires peu glorieuses que l’on vous laisse découvrir en lisant l’article ci-dessous !

Mais le plus choquant sera certainement la charte ubuesque que tout collaborateur doit signer ! On se demande juste comment est-ce possible que Pierrat ose publier un tel texte en tant que juriste et comment des avocats peuvent accepter une telle folie ?

On remarquera également que la presse mainstream n’a absolument pas repris cet article catastrophique pour la réputation du cabinet Pierrat alors  que les accusations de harcèlement sont très lourdes dans cette conjoncture de #MeeTo !



Au cabinet Pierrat, les matins sont immuables. Vers 10 heures, c’est d’abord la grande porte qui s’ouvre bruyamment. Puis les pas lourds du boss qui résonnent dans un silence de cathédrale.

Enfin, un cri, le même, 250 jours par an : « Où est mon thé ? » Ce cérémoniel, d’apparence anecdotique, reste figé dans la mémoire de tous ceux qui ont travaillé un jour dans ce cabinet, aussi spécial qu’emblématique. Depuis 1995, Emmanuel Pierrat dirige une structure de premier plan dans le domaine de la propriété intellectuelle, où se presse le Tout-Paris littéraire. En deux décennies, l’avocat de 52 ans a assisté ou conseillé des auteurs reconnus, de Michel Houellebecq à Pierre Guyotat, d’Alain Robbe-Grillet à Antonio Tabucchi. Un motif d’émerveillement pour Pierrat, fils d’un parachutiste à la destinée tourmentée, autant qu’une affirmation de sa puissance : « Ce sont de très grands auteurs, et c’est dans mon cabinet qu’ils défilent », aime-t-il raconter dans les dîners en ville. Récemment, le ténor a été désigné par l’écrivain Gabriel Matzneff, dont il est proche, et par le plasticien Claude Levêque, tous deux visés par des plaintes pour «viols sur mineurs».

L’abondante activité d’Emmanuel Pierrat sur les réseaux sociaux esquisse une image idyllique : celle d’un cabinet cosmopolite au succès envié, où les repas sont pris en commun dans l’allégresse, et qui dispose d’une aura internationale. Certes, le patron y cultive un narcissisme rarement égalé, mais son érudition sophistiquée, notamment sur l’art africain, séduit un public de connaisseurs. Néanmoins, derrière la façade clinquante et ripolinée, on découvre un climat que des témoins décrivent comme très violent. Insultes, pressions, système de management toxique, limogeages soudains… Libération a recueilli durant quatre mois la parole de 22 collaborateurs – avocats, assistants, stagiaires – ayant travaillé au cabinet Pierrat & Associés ces huit dernières années. Des témoignages vertigineux, étayés par de nombreux documents, mails internes, photos et enregistrements que nous avons pu consulter. Si la virulence d’Emmanuel Pierrat à l’égard des membres de son cabinet est un secret de Polichinelle au sein du barreau de Paris, le Conseil de l’ordre, instance chargée de régir les relations entre confrères, ne s’est jusqu’ici jamais saisi en disciplinaire. Une apathie qui relève à la fois d’une certaine frilosité, des soutiens dont Emmanuel Pierrat y a longtemps disposé, et d’une difficulté réelle à se saisir de récits qui ont souvent été tus par peur de représailles. Mi-janvier, la situation au cabinet a pourtant pris un tour dramatique, avec le geste désespéré de l’assistante personnelle du célèbre conseil, au sein même des locaux situés boulevard Raspail (VIe arrondissement).

« Ce cabinet est un huis clos où se déroule chaque jour une pièce de théâtre dramatique et burlesque», décrit une ex-salariée, qui dit «y avoir vécu un véritable enfer». Des caprices les plus enfantins d’Emmanuel Pierrat – ses thés doivent lui être servis à la seconde, un lapsang souchong fumé le matin, un thé vert l’après-midi –, à ses accès de colère, «il ne se passe pas un jour où une personne ne fasse une crise de larmes. Quelle que soit la manière d’encaisser le quotidien, avec passivité, docilité, politesse, humour, verve ou révolte, aucun des collaborateurs que j’ai côtoyés n’est sorti parfaitement indemne de cette expérience», appuie un ancien. Au fil du temps, Emmanuel Pierrat, appuyé par ses deux associées, dont l’historique Sophie Viaris de Lesegno, a mis en place des procédures de travail tellement suffocantes, qu’elles engendrent un turnover permanent. Ces pratiques ajoutées à la personnalité d’Emmanuel Pierrat, décrite comme tyrannique, donnent un cocktail détonnant. Parmi les 22 témoins interrogés par Libération – qui rêvaient tous de se faire une place au soleil –, seuls trois ont résisté et tutoyé les deux ans de longévité au cabinet. Tous les autres ont craqué ou ont été débarqués sans ménagement au bout de quelques mois. «Cette réalité dit tout de l’atmosphère de travail. Aucun avocat expérimenté ne peut accepter les humiliations perpétuelles de Pierrat et les process aberrants qui sont appliqués. Résultat, le cabinet n’a d’autres choix que de recruter des juniors, qui n’ont parfois même pas encore prêté serment, mais qui se voient confier des responsabilités XXL. Ils explosent en moyenne au bout de huit-dix mois, essorés par le dénigrement et les invectives», observe un jeune élu du Conseil de l’ordre, qui regrette l’inaction de sa hiérarchie.

« J’assiste très vite à une réunion où une collègue en prend plein la gueule »

« Je me souviendrai toute ma vie de mon premier jour dans cet endroit, se souvient un ancien collaborateur. C’était ma première expérience d’avocat. J’ai passé l’entretien avec Sophie Viaris de Lesegno et Emmanuel Pierrat. Ils étaient charmants. Je suis parti et une heure après, j’avais le poste. J’ai trouvé ça curieux que ça aille aussi vite ! » Après une matinée passée dans les locaux, le jeune homme déchante : «J’assiste très vite à une réunion où une collègue en prend plein la gueule, Pierrat lui hurle littéralement dessus, à bout portant : “Tu es bonne à rien ! Ton travail n’est ni fait ni à faire, c’est n’importe quoi, j’en ai marre, marre, marre ! T’es indigne de ce métier.” Là, je la vois littéralement s’enfoncer dans son siège. Puis, on regagne chacun nos bureaux et je me dis que par malchance, j’ai vécu un incident inhabituel. Or, pas du tout. Les scènes de hurlements s’enchaînent jusqu’au soir et personne ne moufte.» Même expérience «inoubliable» pour une consœur recrutée peu après : «Pour mon premier jour, je vais me présenter à Emmanuel Pierrat. Il est plutôt gentil et même charmeur avec moi, mais une assistante a le malheur de toquer à la porte. Il la mitraille du regard et lui parle comme à un chien. Je vois qu’elle est gênée, mais elle tente de rester stoïque et lui annonce qu’une cliente désire l’avoir directement au téléphone. Là, il s’emporte : “Bon bah ça va, deux minutes, je ne gère que des urgences et puis si elle veut que je la prenne, elle n’a qu’à payer des honoraires cette connasse.” Je suis un peu estomaquée. Pierrat me demande sèchement de sortir, de lire et de parapher la charte du cabinet. Et là, honnêtement, les bras m’en sont tombés.»

Libération a pu consulter un exemplaire de ce document qu’il faut lire pour le croire… Long d’une soixantaine de pages, il doit être obligatoirement signé par tous les nouveaux entrants. Si la charte fait figure de règlement intérieur, elle scelle surtout la toute-puissance d’Emmanuel Pierrat, qui y est appelé « EP », sur ses subalternes. A la très ironique rubrique intitulée « Entraide et courtoisie », il est écrit : « Un cabinet n’est pas un champ de mines : en clair, aidez-vous les uns les autres. Le cabinet et l’humeur d’EP s’en porteront d’autant mieux… » Dans le volet abordant les relations avec les clients, un autre passage, hallucinant de mépris : « Trop de membres du cabinet pensent pouvoir imiter sans casse EP et snober les clients… Ce droit n’est exercé qu’en vertu d’un pouvoir régalien dont les membres du cabinet ne disposent pas (sauf pour leur propre clientèle).» Surtout, le document fixe les interdits (les appels personnels limités à trois minutes par jour) et les lourdes tâches qui incombent à chaque recrue : notamment celle de tenir à jour, chaque semaine, une liste vampirique de choses à accomplir, ce qui permet à Emmanuel Pierrat, outre un contrôle scrupuleux de leurs actions, de naviguer très en surplomb des dossiers. Il faut dire que le tonitruant avocat dispose de tellement de casquettes qu’il est quasiment impossible de toutes les répertorier. De l’aveu de tous les témoins interrogés par Libération, Pierrat, qui mène grand train et parcourt le monde, s’investirait très peu sur les dossiers.


Homme pouvoir par excellence, franc-maçon revendiqué et influent, il évolue au cœur du Paris germanopratin, où s’entremêlent les réseaux politiques, médiatiques et culturels. Ainsi, Emmanuel Pierrat est-il, en sus de son activité principale, conservateur du musée du Barreau de Paris, secrétaire général du musée Yves Saint Laurent, membre de la commission des acquisitions du musée des Arts décoratifs, du comité directeur de l’Union internationale des avocats, juré de nombreux prix littéraires et président du comité des écrivains pour la paix du PEN club international (la section française le soupçonne d’abus de confiance et a porté plainte contre lui le 25 janvier)… Un emploi du temps démentiel, et pour ainsi dire, ingérable. Et ce d’autant plus que le quinquagénaire se targue d’avoir déjà écrit plus de cent livres dans sa carrière. «Pour son demi-siècle, il se présentait d’ailleurs ainsi à ses obligés : “Emmanuel Pierrat, 50 ans, 100 livres”», raconte, amusé, un convive. Des ouvrages qu’il n’a pour certains pas écrits seul. En effet, beaucoup des personnes approchées par Libération affirment avoir écrit des passages, chapitres ou articles de ces livres, sans être cosignées ou recevoir le moindre droit d’auteur.

Dossiers jetés à la figure

C’est en grande partie pour permettre au boss d’honorer cet agenda gargantuesque que le système des listes a été mis sur pied. Si cette méthode existe dans le milieu des avocats, elle est accomplie avec un autoritarisme et une maniaquerie tels chez Pierrat, que c’est le principal vecteur de la mécanique d’humiliations qui sévit dans le cabinet. La couleur est annoncée dès la fameuse charte du cabinet, au chapitre « Autodiscipline et rapports avec EP et les associés » : « EP doit être informé de tous les courriers, fax, etc. qui lui sont nécessaires pour avoir l’air au courant du dossier et ne pas avoir l’air trop interloqué (c’est un euphémisme) lorsqu’il rencontre un client le jour même par hasard. » En clair, c’est aux collaborateurs qu’il revient de faire briller Emmanuel Pierrat lors de ses mondanités.

Concrètement, chaque membre du cabinet doit rendre la liste de son activité hebdomadaire chaque vendredi. Tout doit y figurer, coups de fil, mails, actes juridiques, dépôts de pièces de procédures. Sophie Viaris et Emmanuel Pierrat les étudient, et délivrent ensuite leurs observations. Et les attaques pleuvent. «Chaque jeudi soir, une angoisse terrible montait en moi. Comme une petite fille passant chaque semaine une évaluation, je paniquais à l’idée de rendre cette liste parce que je savais que j’allais me faire dégommer, raconte une ex-collaboratrice. Parfois, Emmanuel fait ses retours par mails dès le dimanche soir. Sinon, c’était de visu pour rattaquer la semaine. Les week-ends étaient devenus de longues attentes fébriles. A la fin, je n’en dormais plus.» «Le lundi, nos prénoms étaient hurlés tour à tour, poursuit une autre juriste, qui a quitté la profession depuis. Une fois dans son bureau, c’était un déchaînement de violence verbale. Il faut se figurer qu’Emmanuel Pierrat ne sait pas parler, il hurle : “Vous n’êtes pas digne de ce métier, allez ouvrir une baraque à frites. C’est du travail de bon à rien, c’est nul.” Au-delà des mots, il vous fait surtout comprendre et ressentir que vous allez faire perdre des clients au cabinet, que tout est de votre faute, que vous êtes en train de faire foirer le joyau qu’il a créé. J’ai complètement perdu pied, dès que je le croisais, je me mettais à trembler.» Une troisième femme livre, elle, ce témoignage glaçant : «Quand on se fait humilier régulièrement, on commence par être choqué. Puis, on a une réaction d’orgueil. On veut résister, être à la hauteur. Et plus encore en tant que femmes, car Emmanuel s’en prend prioritairement aux femmes. J’ai parlé de mes soucis à mes parents, qui sont un peu vieille école, qui me disaient : “Allez, sois forte, le monde du travail, c’est comme ça.” Mais au bout de six mois, à faire des horaires de dingue, à être obsédée par ce que Pierrat allait me mettre dans la gueule, j’ai lâché. Je ne voulais plus le voir, je ne pouvais plus. Un jour, j’étais tellement tétanisée au cabinet, que je n’ai pas pu me lever pour aller aux toilettes. Je me suis uriné dessus. Je n’avais aucun vêtement de rechange, évidemment. Du coup, je me suis éclipsée en catimini, prétextant l’urgence d’aller au palais de justice. Je me revois encore dans le métro, à poser des dossiers sur mes genoux pour dissimuler la tache sur mon pantalon. Je ne me suis jamais sentie aussi humiliée. »

Au fil des entretiens, Libération a recueilli une foultitude d’exemples sur l’attitude d’Emmanuel Pierrat à l’égard de ses collaborateurs. Il y a ceux, ostracisés, qu’il appelle ouvertement « le bois mort ». Il y a aussi cette assistante complètement caporalisée, traitée régulièrement de « conne », de « connasse », de « débile », et qui, un jour, a reçu le plateau-repas de Pierrat au visage. Cette jeune recrue qui reste tapie à son poste de travail, immobile, espérant que son patron ne détecte pas sa présence. Ces scènes de dénigrement, où chaque membre du cabinet est insulté en son absence. Ces mails, également consultés par Libération, sans bonjour, ni merci, au ton militaire, réclamant parfois l’exécution d’une tâche urgente dans la nuit. Ces sept ex-collaborateurs, qui racontent tous s’être vu jeter leurs dossiers ou leurs projets de conclusion à la figure. Et enfin, cet enregistrement, où Emmanuel Pierrat menace à de nombreuses reprises des membres de son équipe de les virer et de les faire radier de l’ordre des avocats, pour des motifs qu’ils semblent ignorer. « Ce chantage au licenciement ou à la radiation, je l’ai vécu pendant des mois, confirme une trentenaire ayant démissionné. Encore une fois, il faut se figurer qu’on est débutants, qu’on traite entre 20 et 40 dossiers sans aucune expérience, et que ni Pierrat ni ses associés ne nous forment. Au contraire, on récolte en permanence des injonctions contradictoires. Des projets de stratégies juridiques validés la veille, ne le sont plus le lendemain. Là-dessus, au lieu de vous aiguiller, Pierrat vous enfonce et semble en jubiler. Il n’a aucune empathie pour les gens qu’il voit se noyer. Il n’est que dans la description et même l’apologie de son pouvoir. Il vous explique qu’il est ami avec untel au Conseil de l’ordre, untel au ministère de la Justice, et que, du coup, votre avenir est entre ses mains. Moi, il me disait toujours : “Un seul retard et vous dégagez.” » Un jour, après des nuits entières sans sommeil, la jeune femme pousse la porte d’un médecin. Ressort avec un diagnostic de burn-out. Réaction de Pierrat : « Vous prenez un Uber, vous êtes là dans quinze minutes. »

« La majorité d’entre nous se noyait dans nos tâches »

Au gré des crises et des départs, les dossiers deviennent illisibles. Parfois, trois à quatre recrues différentes se succèdent sur un même contentieux. Chacun doit s’approprier l’enchevêtrement de consignes, annotations manuscrites, ou tactiques avortées de son prédécesseur. Un ancien ayant lui aussi démissionné dit que le système de relecture et de validation est tellement kafkaïen, que le cabinet se noie dans l’inefficacité. Et ce, au grand dam des clients qui voient, eux, leurs factures gonfler. La charte du cabinet délivre d’ailleurs des préceptes très clairs à ce sujet. A la rubrique «Le nerf de la guerre», il est écrit : «Chaque étape d’un dossier doit être facturée […] et [les étapes ne doivent pas] être groupées une fois de temps à autre : la facturation est alors baissée de peur que le client ne proteste tandis que, informé au fur et à mesure, il paye volontiers plus cher.»

C’est là l’autre souffrance majeure ressentie par les collaborateurs. Bien qu’il cultive une image tape-à-l’œil, le cabinet serait souvent exsangue financièrement. La pression du résultat est donc énorme. Dans un mail interne daté de décembre 2016, envoyé par erreur à l’ensemble des équipes, Emmanuel Pierrat s’épanche sur la réalité économique peu reluisante de sa structure, qui accuse « deux mois de retard de loyers sans compter les multiples autres dettes financières ». Et regrette, pêle-mêle, « les arrêts maladie au premier rhume » des avocats, le niveau général « mauvais », « l’assistant qui boit un jour sur deux ». Gênée de l’envoi collectif de cet écrit, Sophie Viaris lui suggère, « à titre d’apaisement, d’aller effacer [les échanges] des postes absents ». Un autre mail, daté lui du 1er août 2017, souligne de manière plus crue encore le rouge dans lequel se trouvent les finances : « Par souci de limiter les coûts de fonctionnement du cabinet, et ainsi que convenu avec Emmanuel lors d’une réunion finance, le cabinet ne prendra plus en charge l’achat de l’eau. […] Quant à la commande de café, celle-ci sera réduite de moitié. »

Pour que le paquebot reste à flots, les recrues sont soumises à de rudes objectifs chiffrés. Si la pratique est, là encore, assez répandue, elle est ici quasi inatteignable. En effet, il est demandé à des avocats juniors de facturer cinq à six fois leurs payes d’environ 5 000 euros. C’est-à-dire entre 25 000 et 30 000 euros mensuels. « C’est énorme quand on débute, assure l’une des démissionnaires. On n’a pas de clients perso et on a tout à apprendre. Si encore on avait des supérieurs à l’écoute, protecteurs, formateurs, ça irait mieux. Or, la majorité d’entre nous se noyait dans nos tâches et le culte du résultat nous épuisait. Moi, j’ai été jusqu’à faire 22 versions d’un même jeu de conclusions. La nuit, je me réveillais en entendant la voix de Pierrat. »

Le 27 mai 2020, le cabinet Pierrat a d’ailleurs été condamné par l’instance ordinale pour le manque de lisibilité de sa facturation. Le bâtonnier de Paris, chargé d’arbitrer les litiges, a été saisi par Catherine Valère, qui souhaitait récupérer les droits corporels de Mont-Dragon, un film avec Jacques Brel réalisé par son mari, Jean Valère. Relativement simple à réaliser, sa procédure est passée par plusieurs collaborateurs essorés, avant d’arriver entre les mains de Sophie Viaris. Mais estimant qu’un temps précieux avait été perdu, et que le montant des honoraires ne se justifiait pas, l’épouse du cinéaste a attaqué le cabinet. Ce flou permet en réalité de facturer de manière nébuleuse. Au cabinet, les mardis étaient d’ailleurs consacrés «aux relances». Si certains clients traînent des pieds, d’autres étaient sursollicités pour facturer des prestations. Un motif de souffrance supplémentaire pour les jeunes conseils : «Pierrat me faisait appeler parfois jusqu’à trois, quatre fois par jour la même personne pour lui demander de l’argent alors qu’elle avait peu de moyens et largement payé ce qu’elle devait. J’avais l’impression d’être une tortionnaire et de harceler les clients. Evidemment, si l’argent n’entrait pas au moment où on raccrochait, on était encore agonis de mots doux», décrit un ancien.

Convocation au Conseil de l’ordre

Mais il y a pire, trois sources concordantes ont raconté à Libération des entorses très graves à la déontologie. En 2017, une femme accuse de harcèlement moral la direction d’une société cliente d’Emmanuel Pierrat. Pour la déstabiliser, le ténor demande à une collaboratrice d’écrire des lettres anonymes à sa famille pour dénoncer sa supposée infidélité. Le but ? La déstabiliser pour qu’elle craque psychologiquement et renonce à sa plainte. Mais sa subordonnée résiste. Pierrat décide donc d’écrire une lettre officielle à chaque personne témoignant en faveur de la plaignante, pour les mettre en garde. Dans ces courriers, il leur est rappelé les articles du code pénal réprimant les faux témoignages. Une pratique choquante, qui lui a valu une convocation au Conseil de l’ordre. Mais aucune sanction n’a été prononcée.

Démunis, les jeunes avocats démissionnent souvent du cabinet. D’autres sont mis à la porte sans se voir verser leurs préavis. Pour se reconstruire, et tenter de récupérer leurs indemnités, certains se sont tournés vers le collectif SOS Collaborateurs. Dans un mail daté de 2017, consulté par Libération, trois d’entre eux prennent contact avec l’association et vident leur sac : «Actuellement collaborateurs au cabinet Pierrat, nous nous permettons de vous adresser la présente car nous subissons régulièrement des menaces, insultes, intimidations et harcèlement de la part d’une partie des associés, en particulier de la part d’Emmanuel Pierrat. Ce harcèlement moral a toujours eu lieu au cabinet Pierrat, cependant il s’est gravement accentué ces derniers mois. A tel point que nous avons décidé tour à tour de déposer notre démission. Nous sommes tous actuellement en préavis. Cependant, les menaces ne se sont pas arrêtées pour autant, au contraire, elles ont pris des proportions intenables.»

Ces derniers mois, deux femmes ont livré leurs récits à la commission chargée du harcèlement et des discriminations (Comhadis) du Conseil de l’ordre. Mais leurs cas n’ont pas fait l’objet de poursuites disciplinaires. En revanche, le cabinet a été contraint d’indemniser deux ex-membres pour rupture non conforme aux règles déontologiques, l’une par un accord transactionnel, l’autre à l’issue d’une procédure contradictoire perdue. En coulisse, plusieurs anciens envisagent de porter enfin l’affaire devant les juridictions ordinales, dans une saisine inédite. «Pendant très longtemps, Pierrat a joui d’une impunité à l’ordre où ses nombreux soutiens le couvraient. Les choses changent doucement mais on ne peut pas dire que l’institution brille par son courage. Ça fait vingt ans qu’il fait des éclats», s’emporte une source au ministère de la Justice.


Photo d’illustration : L’avocat a assisté ou conseillé des auteurs reconnus, de Michel Houellebecq à Pierre Guyotat, d’Alain Robbe-Grillet à Antonio Tabucchi. (Gilles Bassignac/Gamma-Rapho/Getty Images)

Willy Le Devin

Libération

18 février 2021