Que reste-t-il à un pays quand ses médecins deviennent des criminels entêtés, s’acharnant à assassiner en toute impunité adultes et enfants pour en tirer toujours plus de profits ? Que reste-t-il à un pays quand les docteurs Petiot stipendiés prolifèrent officiellement en parfaits bourreaucrates comme des scorpions fous piquant à tout va ?… Il reste une colère dévastatrice qui embrase les cœurs les plus sages. Une colère noire qui ne craint plus l’inconnu politique. Qui veut faire crever la bourreaucratie sûre de son autorité en la détruisant irréversiblement. Il reste un désir foudroyant de justice qui veut empaler les bourreaucrates et les jeter au feu. Un désir de vérité qui découvre sous ses pas un gouffre, un maelström furieux de promesses luisantes empoisonnées incessantes, un abîme déchaîné de simulacres perfides et cruels. Le cœur est un pont suspendu au-dessus d’un gouffre. Les plus courageux le traversent sans trop réfléchir, on dit d’eux qu’ils sont simples d’esprit. D’autres réfléchissent avant de traverser. D’autres enfin, lâches, orgueilleux ou irrémissiblement sceptiques réfléchissent beaucoup et ne le traversent pas. Mais les plus orgueilleux d’entre les orgueilleux affirment démontrer scientifiquement qu’il n’y a rien au bout du pont, et qu’il n’y a d’ailleurs pas de pont, pas plus que de gouffre, que tout cela est superstition, et de promettre bonheur et santé à ceux qui se laisseront piquer. Mais le gouffre ne tient jamais ses promesses, surtout le gouffre scientifique, aux promesses duquel le troupeau rassuré court à l’abîme, obstruant au passage l’entrée du pont, et entraînant les hésitants vers ce gouffre de l’orgueil. « Ce monde s’écroule ! Traversez le pont. Il ne reste plus de temps ! », clament certains. Mais le bruit du troupeau couvre leur appel. Le tumulte grandit, le troupeau grossit inexorablement telle une houle fielleuse écumant de damnation irrévocable. Une alerte sur le manque de denrées crée un mouvement de panique, les plus énervés sortent les couteaux, femmes et enfants ne sont pas épargnés, la foule sombre dans l’enfer contagieux des instincts maudits, bloquant finalement l’entrée du pont. Une guerre éclate entre ceux qui s’obstinent à vouloir traverser le pont et ceux qui s’obstinent à en bloquer l’entrée, aboyant des motifs sécuritaires. « La bourreaucratie doit crever ! », crie une jeune fille au verbe invincible. La guerre fait rage, le troupeau rouge déchire le drapeau noire. Le sang coule et attise l’égarement. Venu d’on ne sait où, une Bête terrifiante apparaît, ivre de haine ; elle tente de détruire le pont. La foule fascinée par la puissance bestiale en devient ivre de haine elle aussi. Malgré la brutale ignominie de la Bête au grand jour, beaucoup se soumettent et soumettent sans honte leurs enfants à cette abominable bestialité serpentine en en recevant la marque inoculée, escomptant vivre librement. Autour de la Bête, le carrousel démoniaque scandant sans relâche la mélodie du mensonge proclamant la liberté scientifiquement retrouvée est si spectaculaire que beaucoup se laissent happer par ce mirage de liberté. Faire du salut un spectacle indigne profondément ceux qui tentent encore de traverser le pont, qui sont alors dénoncés comme ennemis de la liberté, charlatans, criminels, et sont sadiquement persécutés par ceux qui veulent jouir en sécurité d’un simulacre de liberté, le dernier simulacre tournoyant dans l’abîme de désolation méphitique de leur passion morbide. Les forces du désordre s’en mêlent et le roman national vire à la boucherie locale. Ce qui reste d’humanité crie à l’agonie dans la nuit béante d’indifférence à l’endroit de l’insoutenable désespoir… Quand enfin, un Homme ayant traversé le pont jadis revient alors parmi nous, embaumant l’air de l’éther de vérité. Les désespérés le reconnaissent au premier regard. L’éclat serein de ses yeux scintillent de bienveillance souveraine dans les ténèbres scientifiques. La joie pure de l’espoir se transmet comme un souffle de grâce irrésistible. Les rêves étincelants de vie renaissent de leurs cendres. La Bête de mensonges à l’entrée du pont tente d’empêcher l’Homme de passer. Un tonnerre éclate alors brusquement, le fracas ébranle les cieux rougeoyants et une lumière archangélique illumine la voûte étoilée d’une apothéose d’amour ; le pont métamorphosé en éclair de feu transperce enfin la Bête. Nul n’ose y croire, mais celle-ci est bel et bien morte. Une odeur âcre de chair calcinée se répand comme une bonne nouvelle. Les larmes de la victoire apaisent la terre brûlée, la cendre des sacrifices retombe sur les cœurs meurtris enfin libres. Les parfums de la nature enchantent à nouveau les âmes et la vie et ses beautés délicates éclosent peu à peu comme d’un profond oubli.



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