Nous n’avons clairement pas besoin de la Cour des Comptes pour comprendre que la privatisation d’ADP ou de la FDJ est une totale escroquerie, un cadeau offert par l’État à la finance. Cela s’appelle vendre les bijoux de famille. Malgré ce rapport tout ce qui est de plus officiel de la Cour des Comptes, absolument rien ne changera.


Le contrôleur des comptes publics estime qu’il s’agit d’un processus « complexe et injustifiée » pour, au final, investir 250 millions d’euros par an dans des actions d’innovation.

N’en jetez plus, la cour est pleine. Les privatisations voulues et programmées par le gouvernement d’Édouard Philippe avaient déjà du plomb dans l’aile. Le 9 mai, le Conseil constitutionnel a validé le lancement d’un référendum d’initiative populaire (RIP) sur la cession des parts de l’État dans les aéroports parisiens (ADP). À ce coup d’arrêt politique, la Cour des comptes vient adresser un avertissement technique. Dans son rapport sur le budget de l’État en 2018, diffusé ce matin, le contrôleur des comptes publics qualifie le fonds pour l’innovation et l’industrie « de mécanique budgétaire complexe et injustifiée ». Or c’est justement ce fonds qui doit être alimenté par une dotation de 10 milliards d’euros, provenant des recettes de privatisation d’Aéroports de Paris et de la Française des jeux. La Cour des comptes relève cependant que seuls 250 millions d’euros seront effectivement affectés à des investissements en matière d’innovation. En effet les 10 milliards récoltés à l’issue des privatisations sont stockés sur un compte en banque. Seuls les intérêts produits par cette somme pourront être utilisés. Les placements sans risque n’étant pas très rémunérateurs par les temps qui courent, les 10 milliards d’euros ne produiront que 250 millions d’intérêts par an.

Tout ça pour ça, laisse entendre la Cour des comptes qui fustige « des opérations inutilement compliquées », tout en s’inquiétant d’une dotation « pas réellement sanctuarisée ». En clair, les 10 milliards d’euros issus des privatisations pourraient un jour ou l’autre être récupérés par l’État, au cas où il ait besoin de recettes budgétaires supplémentaires.

Attaque en règle

Pas avares de critiques sur cette affaire, les magistrats de la Cour constatent également que le fonds pour l’innovation…


Photo d’illustration : la Cour des comptes en 2018. Photo Ludovic Marin. AFP

Franck Bouaziz

Libération 

15 mai 2019