French actor and humorist Michel Boujenah leaves the church after the funeral of French actor and filmmaker Jean-Claude Brialy, in Paris 04 June 2007. Brialy, one of the stars of New Wave cinema in the 1950s and 1960s, died aged 74, 30 May in Paris, of a long illness. With a career spanning four decades, Brialy worked with some of the best directors of his generation, including the New Wave pioneers Francois Truffaut, Louis Malle and Jean-Luc Godard. AFP PHOTO ERIC FEFERBERG / AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG
Michel Boujenah. (ÉRIC FEFERBERG / AFP).

Non Monsieur Michel Boujenah, on ne peut pas soutenir les criminels colons sionistes massacreurs de nos frères palestiniens et venir comme si de rien n’était faire des blagounettes en Tunisie et soutirer l’argent des Tunisiens. Il faut être cohérent et logique avec soi-même, vous ne pouvez pas avoir le beurre et l’argent du beurre !


La programmation du spectacle du comédien au festival de Carthage a déclenché une controverse qui oppose les plus hautes sphères de la société civile. Explications.    

Tempête dans un verre d’eau ou affaire d’État ? Tunis est secoué depuis plusieurs jours par une polémique aux proportions rocambolesques. Alors que le pays est en proie à une crise socio-économique sans précédent, que le gouvernement de Youssef Chahed mène selon ses communicants un véritable djihad anti-corruption, que l’armée ratisse les régions montagneuses à la recherche de cellules terroristes, c’est bien la tenue du spectacle de l’humoriste français Michel Boujenah qui agite le landerneau tunisois.

Programmé dans le cadre de la 53e édition du festival de Carthage, le spectacle de l’enfant du pays fait couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux et dans les pages des journaux tunisiens. De ceux qui appellent à boycotter l’humoriste juif tunisien à ceux qui le défendent, en passant par ceux qui réclament, jusqu’au-boutistes, son annulation, le débat a pris un tour passionnel. Au point que l’UGTT, la puissante centrale syndicale, récipiendaire du Prix Nobel de la paix en 2015 pour avoir permis, avec d’autres organisations, de maintenir la paix sociale et la transition politique après la révolution de 2011 a, elle-aussi, appelé à annuler le spectacle du 19 juillet.

Michel Boujenah ne s’attendait certainement pas à une telle polémique, lui qui s’était félicité de participer au Festival de Carthage le 17 juin dernier dans l’émission « On n’est pas couché » sur France 2 : « Je suis super content parce que, depuis la révolution, je n’y ai pas joué. J’y suis allé très souvent, mais pas pour jouer. »

Pourquoi cet appel au boycott ?

L’appel à boycotter le spectacle du comédien est venu de la campagne du mouvement BDS qui milite dans le monde contre l’État d’Israël par la dénonciation de toute manifestation culturelle, sportive, scientifique qui met en avant des Israéliens, voire des personnalités juives accusées de soutenir l’État d’Israël. Parce qu’il aurait eu des propos positifs à l’égard de l’État hébreu, Michel Boujenah ne devrait donc pas pouvoir se produire en Tunisie, estiment les militants tunisiens du mouvement et leurs relais.

C’est également l’argumentation retenue par l’UGTT pour appeler à l’annulation de ce spectacle, et celle du parti al-Joumhouri, aujourd’hui presque absent de la scène politique mais qui s’est fendu d’un communiqué pour souligner que « les origines judéo-tunisiennes de Michel Boujenah ne suffisent pas à faire oublier ses opinions pro-sionistes de soutien à l’armée d’occupation et aux crimes commis en Palestine occupée ».

Vague de soutien

Autant d’arguments qui ont soulevé l’indignation de beaucoup de Tunisiens. Sur les réseaux sociaux encore une fois :

Mais également dans la presse où les prises de parole en faveur du maintien du spectacle se succèdent depuis plusieurs jours. Interrogé par la radio Mosaïque FM le 24 juin le directeur du festival de Carthage, Mokhtar Rassaa, a insisté sur le fait que Michel Boujenah est en premier lieu un artiste tunisien qui a toujours soutenu la Tunisie dans les médias internationaux. Il a ainsi déclaré :

« Ce n’est ni un grand sioniste, ni un leader du sionisme ! »

Une trentaine d’intellectuels et d’artistes ont également signé une lettre ouverte pour soutenir le maintien de ce spectacle, s’indignant de la position de la centrale syndicale et appelant à « éviter toute instrumentalisation de la création artistique ».

« Il est nécessaire de traiter ce problème imprévu en portant haut l’étendard de la liberté de pensée et de la diversité, considérée comme l’un des acquis fondamentaux de notre révolution. »

Les signataires soulignent l’attachement toujours revendiqué de Michel Boujenah à la Tunisie et aux Tunisiens. Quelques jours après le départ de Ben Ali en 2011, sur le plateau du Grand Journal de Canal+, le comédien était en larmes pour appeler « les gouvernements européens à faire très attention au peuple tunisien », « à protéger ce moment historique ». En 2015, un mois après l’attentat contre le musée du Bardo, il faisait partie de la délégation qui accompagnait la ministre de la Culture Fleur Pellerin à Tunis pour soutenir le pays endeuillé.

Pourquoi une telle polémique ?

Comment se fait-il que ce simple spectacle prenne une proportion aussi polémique ? Certains y verront peut-être de la psychanalyse de comptoir, mais l’histoire des 70 dernières années permet d’éclairer cette controverse. En effet, durant plus d’un millénaire, musulmans et juifs ont cohabité dans un environnement relativement pacifique en Tunisie, les juifs vivant sous le statut de dhimmis jusqu’au début du XIXè siècle. Ce n’est qu’avec la création de l’État d’Israël en 1948 et l’arrivée de Habib Bourguiba à la tête d’une Tunisie indépendante que les relations se sont assombries.

Avant même l’indépendance, celui qui était alors chef du parti Néo-Destour avait soutenu les populations arabes de Palestine dès 1946. Avec l’indépendance de la Tunisie et la crise de Suez en 1956, Bourguiba et les nationalistes tunisiens prennent fait et cause pour les Palestiniens : la population juive de Tunisie commence son exode. C’est la guerre des Six-Jours en 1967 et les émeutes de Tunis contre la population juive qui finiront de chasser les juifs du pays, ne laissant que quelques familles, notamment dans l’île de Djerba. L’OLP installera d’ailleurs son siège à Tunis durant douze ans après 1982.

C’est cette rupture soudaine au regard de l’histoire millénaire commune qui n’est en réalité toujours pas digérée. L’attachement des juifs tunisiens pour leur ancienne patrie est impossible à accepter pour une partie des Tunisiens de confession musulmane. Au grand dam des irréductibles amoureux de ce pays dont fait partie Michel Boujenah. Mais que le comédien se rassure, par-delà la polémique, jusqu’à ce jour, la programmation de […]


Céline Lussato – L’Obs