Souvenez-vous bien de cet article du Monde car dans pas très longtemps il va être entièrement démenti par la science. À l’instar des autres et des Décodeurs, spécialistes en diffusion de fake niouzes, les experts qui ont été interviewés ne savent absolument rien de ce que contiennent les vaccins et des nouvelles technologies utilisées. Dans tous les cas, cette affaire est sérieuse, le magnétisme après vaccination est un fait établi et concret, il ne suffit pas de le nier, il faut l’expliquer. Souvenez-vous de son auteur, William Audureau, on en reparlera dans un futur proche…



Depuis un mois, des vidéos tentent de faire croire que les vaccins anti-Covid entraînent un magnétisme du corps.

Tentative de démystification.

Félicitations, vous voici désormais comme Magnéto, le grand méchant qui attire fer et métaux dans X-Men. C’est du moins ce que vous vous dites, si vous avez réussi à faire tenir un petit aimant sur votre épaule. Depuis la mi-mai, se filmer en train de se coller de petits objets magnétiques contre le bras, ou par extension des objets métalliques, est l’une des grandes tendances sur les réseaux sociaux : le « Magnet challenge ».

Les vaccins anti-Covid contiendraient-ils des puces qui vous « rendent magnétiques » ? C’est ce que veulent (dé)montrer toutes ces vidéos – au second ou au premier degré, c’est selon – qui circulent sur les réseaux. La réalité est plus banale.



Inégaux face aux magnets collants

Comme souvent sur Internet, impossible de vérifier l’authenticité de toutes ces productions : rien n’indique que leurs auteurs n’aient pas truqué l’expérience. Pour autant, certains témoignages sont crédibles, comme celui de Julien Pain, journaliste de vérification à Franceinfo, qui a réussi à accrocher un magnet de frigo sur l’épaule de sa compagne. L’auteur de ces lignes a eu moins de chance : l’aimant a préféré obéir à la loi de la gravité, s’écraser par terre, rouler au hasard, et finir l’expérience scientifique sous le canapé.

Pourtant, nous avions respecté le mode opératoire : viser le point d’injection du vaccin à ARN messager, qui était censé contenir des micropuces aimantées, selon certaines théories complotistes à l’origine de ce « Magnet challenge ». D’autres ont connu un échec plus embarrassant, comme Joanna Overholt, infirmière américaine antivaccin, qui a voulu démontrer, le 9 juin, devant la commission de la santé de la Chambre des représentants de l’Ohio, que sa clé collait désormais à son cou. En vain, cette traîtresse de clé ayant préférer choir qu’adhérer.



Les vaccins inefficaces pour aimanter

Las, à en croire les experts, ce n’est pas une ni même deux doses de Pfizer qui permettraient de ne plus jamais perdre ses clés en les accrochant à son épaule : contrairement au mythe circulant dans les réseaux complotistes, les vaccins n’ont aucun rapport avec ce phénomène.


Décryptage : Nanoparticules et vaccins contre le Covid-19 : cinq questions pour démêler le vrai du faux

Julien Bobroff, physicien français spécialiste du magnétisme, qui enseigne à l’université Paris-Saclay, est formel : « Un vaccin contre le Covid-19 qui puisse contenir des puces, et qui accrocherait des aimants quand on l’injecte, c’est absolument impossible du point de vue de la physique »explique-t-il à France 24. Thomas Hope, professeur de biologie cellulaire et à l’école de médecine Feinberg de l’université Northwestern, dit la même chose à l’Agence France-Presse (AFP) : « C’est impossible. Il n’y a rien [dans les vaccins] avec lequel un aimant puisse interagir, ce sont des protéines et des lipides, des sels, de l’eau et des produits chimiques qui maintiennent le pH. »

Kamil Fadel, responsable de l’unité physique au Palais des découvertes, explique au Monde que le champ magnétique a deux origines : « Un courant électrique, ou au niveau atomique le spin des électrons. On ne connaît aucune autre raison. [L’idée que les vaccins rendent magnétique], c’est au-delà de la science-fiction, c’est hors du champ de la physique. » Il rappelle aussi que la puissance d’attraction suppose un certain volume sous la peau. « Pour que ça colle, il faudrait qu’il y ait quelque chose de fortement aimantable dans l’épaule, une pièce en fer, un objet un peu solide, plutôt gros », qui aurait bien du mal à passer par l’aiguille d’une seringue.

Effet collatéral de la peau grasse

Mais alors, pourquoi certains parviennent-ils à flanquer leur peau d’un aimant ? L’explication n’a rien à voir avec le vaccin, ni même avec l’aimant, mais avec la peau humaine, qui sécrète du sébum. « Nous avons un film gras à la surface de la peau, qui est plus ou moins important. Si ça accroche, c’est juste lié à ça », explique Christine Lafforgue, chercheuse en dermato-pharmacologie à l’université de Paris-Saclay. C’est ainsi que la compagne de notre confrère de Franceinfo a pu faire tenir un magnet sur son épaule vaccinée, mais également sur l’autre épaule.

La production de sébum varie selon l’endroit du corps (nous avons plus de glandes sébacées sur le visage que sur les jambes), l’heure de la journée, le stress et les individus. Selon une étude de 2017 portant sur 20 012 personnes représentatives de la population française, 42 % déclaraient avoir une peau normale, 17 % une peau mixte, 24 % une peau sèche et 17 % une peau grasse, qui leur donnerait ce drôle de « superpouvoir » de faire adhérer de petits objets.

Le phénomène peut aussi être inhibé : un internaute de 25 ans, rapporte Newsweek, a ainsi eu la surprise de constater que son supposé bras magnétique ne l’était plus du tout une fois enduit de talc pour bébé. Enfin, une variable saisonnière peut s’y ajouter. « Quand il fait chaud, la peau accroche plus, car vous avez une forme d’émulsion de sébum et de transpiration, détaille Christine Lafforgue. Mais vous n’allez pas accrocher grand-chose. Les magnets, ce n’est pas lourd. Avec une surface faite pour s’accrocher, c’est normal que cela colle. »

Vidéos truquées sur TikTok

L’excès de sébum explique donc difficilement certaines vidéos dans lesquelles les internautes se filment avec des objets plus lourds, voire non magnétiques, comme des smartphones. Jusqu’à cet habitant de la ville d’Ulhasnagar, en Inde, qui s’est filmé mi-juin transformé en vaisselier vivant : sur son torse nu, des pièces, des petites cuillères, des couteaux de cuisine, une spatule en métal, et même des casseroles.

« C’est facile à truquer, comme beaucoup d’autres choses, explique Kamil Fadel. Il y a quelques années, des vidéos montraient comment faire cuire du pop-corn ou des œufs avec des téléphones portables. C’était purement du trucage. » Du reste, comme le note BFM-TV, rien ne prouve que les internautes filmés aient effectivement reçu un vaccin contre le Covid-19.

Adhésif double face, colle, voire un peu de salive peuvent suffire. C’est ce que s’est autorisé Emilaaay 442, une utilisatrice de TikTok, pour faire croire qu’un magnet collait spontanément à son bras. Avec succès : sa vidéo est devenue virale. L’intéressée a fini par admettre la supercherie dans une autre vidéo :

« J’ai voulu montrer à quel point les rumeurs et la désinformation circulaient rapidement sur Internet. Certains se sont fait avoir, d’autres non. Maintenant, je fais désormais partie du problème. Vaccinez-vous ou ne vous vaccinez pas, faites ce que vous voulez, mais s’il vous plaît, quel que soit votre choix, cessez de croire toutes les vidéos que vous voyez passer sur TikTok, Facebook ou YouTube. »

Un autre superpouvoir, qui gagnerait à être plus répandu.


Photo d’illustration : JOHN HOLCROFT / IKON IMAGES / PHOTONONSTOP

Le Monde

17 juin 2021