Au détour de la ville rugissante, une lourde vague de mélancolie m’envahit dans la brume noire de l’automne finissant… je trébuche dans la houle morbide sans Virgile pour me guider… la houle malsaine des destins impossibles… aucune lueur, aucun horizon dans les langueurs infâmes de l’empire du crime… des bruissements d’espoirs épars me parviennent et se perdent dans l’écume amère des résignations… certains cherchent la surface comme d’autres cherchent le salut… les solitudes amères de la surface me reviennent en pleine gueule ; cet automne maudit m’a ramené à la surface… Mes plongées dans l’abîme spirituel naguère si joyeuses me paraissent maintenant si lointaines… À chaque coin de rue triste, les milices de la trahison ricanent comme des rapaces déchaînés sur leurs proies citoyennes… une journée sinistre comme une autre sans soleil bienveillant ni lune consolatrice… De noires malédictions écrasent l’horizon de nos absolutions… malédictions d’automne… l’envers de l’abîme de l’esprit m’entraîne dans le noir courant des damnations… un enragé à une tribune parle tout seul en croyant parler à une foule, il se satisfait de ses neuf années de destructions nationales et s’encourage à aller plus loin… personne ne le jette au feu ou sous les verrous… alors il continue à prêcher la destruction et la mort, et des rafales de milliards d’euros perdus continuent de résonner dans le gouffre béant des désolations croulant sous les frais de porcs… l’enragé exulte seul dans sa folie annihilatrice, seul à scander les chants horribles des âmes en perdition, ces chants atroces qui déchirent en lambeaux les chemins pauvres des misérables… c’est l’exécuteur choisi des démons mandatés par l’Enfer glacé… nul ne peut crever la mer d’émotions noires sur laquelle trône l’enragé agité fier de son chaos partout répandu… cet automne noir semble avoir englouti toutes les saisons dans un supplice sans solstices… tout semble dire que nous ne sommes plus au bord du gouffre mais à l’intérieur… la lâcheté collective s’est aplatie devant la tyrannie mortifère, ceux qui ont les moyens d’agir décisivement ne font rien… le verbe est terrassé, la vie anéantie… mais au signal des litanies macabres la foule ira voter pour ne pas sortir de sa misère, pour ne pas quitter la tombe… la douce lumière de vie nous a abandonnés, murmurent-ils dans l’ombre… l’alliance des détraqués traque les derniers lucides… combien en reste-t-il ?… on les compte sur les doigt brisés d’une main disloquée… Un éclair céleste jamais n’abolira le gouffre, une seconde fois… Tous les rêves seront anéantis dans les ténèbres fumantes des vanités… Que la lumière soit, encore une fois, gémiront certains… mais elle a été et ne sera plus… quant à l’enragé, il est toujours là, hystérique et tonitruant, les yeux exorbités, seul face aux caméras crasseuses, sautillant sur les tombes, célébrant seul un triomphe prochain… mais quel triomphe ?… le gouffre a déjà triomphé… le gouffre puant des artifices et des simulacres… peut-on vouloir plus que le gouffre ?… y aurait-il plus gouffresque que le gouffre ?… Non… Mais alors pourquoi sa victoire ne le calme pas, pourquoi est-il si agité ?… craint-il sa chute prochaine ?… craint-il d’être démasqué… si seulement… Les maîtres du monde ne seront jamais démasqués que par Le maître du monde… Plaise au Maître de démasquer les maîtres. Je navigue à vue sur le Styx numérique marécageux en cherchant à éviter le violent Phlégéthon, et surtout le traître Cocyte, ces deux fleuves méphitiques où les fureurs politiques et médiatiques crachent leur haine… au milieu des vulgarités mouvantes de Naya Yakamourir et des mugissements du Veau d’or… mais derrières les mugissements résonnent des gémissements et des cris désespérés dans les profondeurs infernales… portant alors mes regards vers le plus bas des bas, j’aperçois au loin entre le huitième et le neuvième cercle les usuriers de Sion affreusement agités dans du bouillant sang de démons, j’aperçois aussi des égorgeurs fanatiques dans cette grande et puante mer de sang de démons brûlante éclairée par des grandes flammes alentour. « Pitié ! Entendez-nous… ! », crient-ils en vain. La chaleur et la puanteur m’étouffent, m’asphyxient. Je cherche la sortie, pas la surface… je veux justement sortir de la surface… Ce long et vertigineux voyage intérieur n’aura pas raison de ma douloureuse patience. Alors que j’arrive au centre de mon aride terre du succès désiré, je tombe dans une crevasse sur les parois glacées de laquelle sont gravés ces mots : « l’humanité se divise en deux, ceux qui veulent bien faire et ceux qui veulent gagner, l’emporter… et les seconds tyrannisent les premiers… fais que les premiers l’emportent sur les seconds ». La grâce est au bout du chemin d’expiation du désir de gloire ; je redoute ce sentier âpre où l’humiliation se mêle à l’humilité. Ce chemin ascendant où l’air est clair et pur, et où les vertus sont éprouvées et les vices traquées… chemin où refleurissent les rêves et au bout duquel les rives resplendissantes de l’Eunoé m’attendent, fleuve sorti de l’âme d’un poète florentin, fleuve qui ravive le souvenir de tout le bien accompli dans notre vie actuelle, et nos vies antérieures… je tombe a genoux devant le limpide et lumineux Eunoé, y plonge religieusement, en boit lentement et renais à la vie source de toute vie, enfin purifié… je voudrais rester près de l’Eunoé éternellement mais l’ascension ultime m’attend… l’ascension vers l’Empyrée… me parvient alors un chant merveilleux, sans doute celui des anges… ascension bouleversante qui me permet de voir au loin la minuscule capsule de l’Empyrée médiatique dans les flots tumultueux du Phlégéthon et du Cocyte… ascension éprouvante et troublante adoucie par la reconnaissance de certains visages… qui s’estompent à la vision souveraine de l’éternité… mais un grésillement lointain, infiniment lointain, insiste et persiste… c’est le grésillement de la télévision, où Macron parle toujours.
————————————-
Pour suivre l’auteur :
https://gab.com/LotfiHadjiat_Le_Vrai
http://leblogdelotfihadjiat.unblog.fr
————————
https://mobile.twitter.com/Lhadjiat (le compte est lisible mais il m’est impossible d’y publier).


























