Décidément le chroniqueur télé qui se prend pour un journaliste d’investigation, Patrick Cohen, ne rate jamais une occasion de se planter magistralement comme lorsqu’il défendait l’innocuité du RoundUp/Glyphosate face à Yannick Jadot sur le service public ! Pourtant, Bayer a été sévèrement condamné à payer une amende de 10 milliards de dollars à 100 000 Américains victimes de ce produit cancérigène ! Même avec l’affaire des Monsanto papers, Patrick Cohen ne se démonte pas et continue de défendre l’indéfendable ! Nous ne sommes plus du tout dans le cadre d’un travail journalistique mais plutôt dans la propagande dont les conséquences sont dramatiques puisqu’il s’agit de santé publique et de morts !



Les raccourcis et le passage sous silence des révélations des Monsanto Papers permettent à Patrick Cohen de l’affirmer : rien ne prouve que le glyphosate provoque des cancers.

Et pourtant…

Le mercredi 30 mai, un débat vigoureux s’est tenu sur le plateau de « C à Vous » (France 5) entre Patrick Cohen et le député européen Europe écologie – Les Verts Yannick Jadot. Le thème de la discorde : le glyphosate est-il réellement dangereux pour les citoyens et les agriculteurs ? Entre raccourcis et informations éludées, Patrick Cohen est resté ferme : rien ne prouve que le glyphosate est cancérigène.

À la question de la présentatrice Anne-Elisabeth Lemoine, « Yannick Jadot, est-ce qu’on est sûrs de ces dangers ? », c’est Patrick Cohen qui répond. Quelques « non » martelés. Puis le chroniqueur affirme, définitif :

« La réponse est non. Mais l’OMS l’a classé cancérigène. Ça, c’est ce qu’on entend partout. Et là non plus, c’est faux. »

Patrick Cohen déroule un argumentaire péremptoire : « Il y a une seule entité indépendante de l’OMS, le CIRC, qui en 2015 a classé le glyphosate comme étant probablement cancérogène […]. Toutes les études épidémiologiques d’envergure concluent l’absence de danger. »

Pour appuyer son propos, Patrick Cohen cite une étude de novembre 2017, « la plus aboutie » selon lui. « 54.000 agriculteurs américains ont été observés pendant plus de vingt ans. 45.000 exposés au glyphosate. 9.000 qui ne s’en sont jamais servis. On compare les taux de cancer entre les deux groupes. Résultat : aucune différence.



Mais l’argumentaire de Patrick Cohen, aussi scientifique puisse-t-il paraître, prend des raccourcis qui évitent d’entrer dans les détails de l’enquête qu’il cite. Et qui passent sous silence toutes les révélations des Monsanto Papers, ces documents déclassifiés par la justice américaine qui démontrent des pratiques faussant bon nombre d’enquêtes sur le glyphosate. « L’Obs » revient sur les propos du journaliste. Et les décrypte.

L’étude évoquée par Cohen dit que le glyphosate double les risques de leucémie

L’étude citée par Patrick Cohen est une étude de l’AHS (Agricultural health study) lancée dès 1997, et publiée en novembre 2017 par le JNCI (journal de l’institut national du cancer d’Oxford). Cette étude contredit le CIRC. Elle étudie la santé des travailleurs agricoles, agriculteurs et leurs familles dans l’Iowa et en Caroline du Nord.

L’étude de l’AHS dit bien n’avoir trouvé aucun lien entre le glyphosate, principe actif du fameux herbicide Roundup et « toute tumeur ou lymphopathie maligne, y compris les lymphomes non hodgkinien et ses sous-types ».

Certes. Mais ce que Patrick Cohen met sous le tapis, c’est que l’étude en question soulève qu’il y a « des preuves d’un risque augmenté de leucémie aiguë myéloblastique au sein du groupe le plus exposé ». A noter que la leucémie est un cancer de la moelle osseuse. Le risque de contracter cette maladie double chez les gros utilisateurs de glyphosate.

Les Monsanto Papers ont révélé que la firme savait que ces études étaient faussées

En répondant à son interlocuteur, Yannick Jadot a rapidement mis sur la table les Monsanto Papers.

« Dans les Monsanto Papers, les scientifiques de Monsanto disaient : ‘attention on a un problème avec le glyphosate, il va falloir organiser une stratégie pour contrer toutes les études qui montrent la dangerosité du glyphosate.’ « 

Les Monsanto Papers : cette large vague de documents internes que Monsanto a été contraint de rendre public à la suite de procédures judiciaires engagées aux Etats-Unis concerne directement l’étude de l’AHS. Encore une fois, aucune mention n’est faite par Patrick Cohen de ces révélations pourtant conséquentes :

En 1997, l’AHS finit de recruter les 54.000 enquêtés dont parle le journaliste. L’épidémiologiste de Monsanto est alors mandaté par la firme pour évaluer les forces et les faiblesses de cette enquête. Le 22 juillet 1997, il reconnaît lui-même une étude biaisée, affirme son inexactitude et soulève le caractère fautif de ses méthodes. Il dit :

« Dans l’AHS, l’évaluation de l’exposition sera inexacte. L’évaluation de l’exposition sera basée sur l’historique d’usage, tel que rapporté par l’agriculteur ou l’applicateur [de pesticides] dans les questionnaires, écrit-il sans détours. Il y a deux problèmes avec cette approche.

D’une part l’utilisation d’un pesticide ne reflète pas nécessairement l’exposition à ce pesticide, qui dépend dans une large mesure des pratiques, de l’équipement, des conditions environnementales.

D’autre part la remémoration de l’utilisation [des pesticides] peut être biaisée ou fautive, spécialement lorsque l’historique d’usage est collecté par questionnaire. »

Les « études d’envergure » ont été en grande partie écrites ou coécrites par Monsanto et signées par des experts contre rémunération

Autre révélation des Monsanto Papers, bien rapidement évacuée par Patrick Cohen, qui affirme :


Photo d’illustration : les études qui affirment qu’il n’existe aucun lien entre le glyphosate et l’apparition de cancers ont bien souvent été rédigées par Monsanto. (Jean-Francois MONIER / AFP)

Maïlys Khider

L’Obs

5 juin 2018