Il est tout de même étonnant de constater, à chaque fois, que ces conduites naturelles habituellement qualifiées d’arriérées et de rétrogrades, alors que la quasi-totalité de la planète mange avec les doigts, est en vérité ce qu’il y a de mieux pour la santé, sauf qu’il a fallu attendre l’arrivée d’une technologie ultra sophistiquée pour le prouver, alors que les sociétés traditionnelles le savent de façon pratiquement innée et qu’elles en profitent sans avoir à le démontrer !


Face à la fourchette, manger avec les mains et se lécher les doigts est en réalité plus sain, favorise la digestion et aide à la prévention de certaines maladies.

La petite fourche ne semblerait pas promise à un avenir radieux ? On vous explique tout.

Avant de comprendre pourquoi il est avantageux de manger avec les mains, il faut comprendre pourquoi de nos jours on ne mange plus avec en Occident. Comment en sommes-nous arrivés à utiliser des couverts ? Pourquoi la fourchette a-t-elle triomphé ?

L’invention de la fourchette

Historiquement, la fourchette a été inventée pour attraper des aliments sans les toucher avec les doigts. Il y a une part de praticité et de noblesse dans cet objet devenu banal aujourd’hui.

On retrouve les premières traces de fourchettes dans l’Égypte et la Rome antique. À l’époque, elles étaient longues et servaient à piquer la viande dans les marmites. Leurs petites soeurs, plus courtes, font leur apparition dans l’Empire Byzantin aux alentours du premier millénaire. C’est en 1056 qu’elles sont importées à Venise lors du mariage entre Théodora Doukas et Domenico Selvo. Durant cette époque, les fourchettes sont très peu utilisées. Les paysans et les nobles continuent à manger avec les doigts, puis progressivement avec la pointe du couteau. Lorsqu’elles sont utilisées, ces petites fourches servent à la consommation de pâtes ou la découpe de viande. Elles restent synonymes de luxe en étant décorées d’ivoire ou de cristal.

Selon la légende, en France, la fourchette (en or) est importée par Catherine de Médicis pour manger des poires cuites. Elle est ensuite lancée avec plus de succès par son fils, Henri III, qui y trouve un excellent moyen de s’alimenter sans tacher sa fraise, les immenses collerettes jadis à la mode. Toutefois, la fourchette reste encore peu utilisée, tant la crainte est forte de se piquer avec une pointe de l’objet. Sa diffusion commence au siècle des Lumières lorsque le clergé, qui l’associait à l’instrument du diable, perd de son autorité.

Faciliter la digestion

Manger avec les mains, c’est donner plus d’informations au cerveau pour préparer la digestion. Les doigts servent d’indicateurs pour savoir si le plat est chaud, tiède ou froid, si les aliments sont rigides ou souples. Lorsqu’on touche la nourriture, le cerveau libère certains enzymes pour adapter le métabolisme. Ainsi, le corps prépare les organes digestifs pour faciliter l’assimilation de chaque bouché.

Manger avec les mains, oui, mais pas dans n’importe quelles conditions. Peu importe la technique utilisée pour hisser la nourriture jusqu’à notre bouche, avoir des mains propres est une nécessité. Il est indispensable de se laver les mains afin d’éliminer les mauvaises bactéries. Attention toutefois, car ce qu’on oublie souvent, c’est que certaines bonnes bactéries restent sur les mains après leur lavage. En mangeant avec les doigts, ces bactéries utiles combattent les microbes dans l’organisme. C’est alors que manger “naturellement” prend tout son sens.



Moins de risque de développer certaines maladies

Manger avec les mains incite à manger plus lentement. Or manger vite augmente le risque de souffrir de diabète de type 2. En effet, lorsqu’on utilise une fourchette, on a tendance à manger vite et à piquer une plus grande quantité de nourriture. Les doigts restent propres, mais l’alimentation est mécanisée. Faites le test à la maison, on place environ deux fois plus d’ingrédients sur une fourchette que dans une main.

Il faut savoir que le niveau de satiété est atteint naturellement en vingt minutes environ. En mangeant avec les doigts, au bout de ce laps de temps, on arrête de manger en ayant ingurgité moins de nourriture. Avec cette logique, on réduit la suralimentation ainsi que le risque de développer un diabète de type 2. Ce risque est accru si on a pris la mauvaise habitude de manger trop gras, trop salé ou trop sucré. Une alimentation saine à base de produits bio, locaux et de saison est donc requise.

Une meilleure expérience gastronomique

On est tous d’accord pour dire que manger les frites avec les mains ou la fourchette, ça n’a pas le même goût ? Certes utiliser les mains peut paraître moins classe, mais que recherche-t-on réellement ? Il semblerait, en écoutant ceux qui ont l’habitude de manger avec les doigts, que cette pratique procure plus de plaisir.

“Que c’est bon de prendre une cuisse de poulet entre son pouce et son index, puis de la croquer à pleine dent.”

Dans plusieurs pays d’Asie du sud, manger avec les doigts n’est pas une option, mais une tradition. Ce que rappelle La Coutch, une blogueuse culinaire d’origine indienne : “Que c’est bon de prendre une cuisse de poulet entre son pouce et son index, puis de la croquer à pleine dent. Que c’est bon de tremper le pain dans la sauce et de sentir couler la sauce sur ses doigts pour ensuite les lécher avidement. Que c’est bon de prendre le riz à pleine main, d’en faire une petite boule et de la gober.”

Selon les adeptes de la fingerfood, manger avec les doigts permet de mieux dégager les saveurs au niveau du palais, sur la langue et les lèvres. C’est le fait de faire appel au toucher qui enclenche ce combo gagnant.


Dans le restaurant Ethiopien Massawa situé à Paris, manger avec les mains est de rigueur.


Il ne faut pas oublier les quelques avantages insoupçonnés lorsqu’on mange “naturellement”. En effet, l’environnement est mieux préservé, car le volume de vaisselle est réduit. La différence est faible, mais va dans le bon sens. De plus, impossible désormais de se brûler la langue, les doigts servent de thermo-indicateurs. Dernière chose, manger avec les mains favorise la consommation consciente. Finit l’emprisonnement imposé par le duo fourchette couteau. Un sentiment de liberté né soudainement.

Quelques conseils pratiques

À la lecture de cet article, si l’idée de manger avec les mains vous monte soudainement au cerveau, mais que vous ne vous sentez pas encore prêt.e à changer toutes vos habitudes, on vous conseille de (re)commencer avec les grands classiques:

  • les frites (c’est prouvé scientifiquement -rires-, elles n’ont pas le même goût lorsqu’on les mange avec les doigts)
  • les sandwichs (du jambon beurre au club sandwich)
  • les nuggets (faits maison avec de la viande bio, bien-sûr)
  • les hamburgers (du cheeseburger classique au burger vegan steak tofu)
  • les rouleaux de printemps (ou nems)
  • les brochettes (de boeuf ou végétariennes, au choix)
  • les pizzas (c’est quand même bien meilleur avec les doigts non ?)
  • les dips et légumes (des légumes bio, locaux et de saison)
  • les makis (oubliez les baguettes, elles sont trop difficiles à manier)

Nous invitons donc tous les lecteurs, petits et grands, à manger avec les mains de bons plats bio cuisinés maison. Bien évidemment, nous déconseillons les mets qui se prêtent peu à l’exercice : pâte, soupe, ragoût. Bon appétit.


 Mathieu Doutreligne 

Sources : nytimes.com – guardianlv.com – la-coutch.com – remedesmaison.com – healthierwayoflife.com – hinduhumanrights.info
Image : selection.readersdigest.ca – sytyson.com