Excellent papier qui met le doigt sur un phénomène médiatique en temps réel, assez impressionnant, consistant à « extrême-droitiser » le discours au point de dédiaboliser Marine Le Pen, comme avec un coup de baguette magique.

La caste médiatique est en train de lancer Marine Le Pen, la dédiaboliser comme si de rien n’était. Elle avait fait l’inverse pendant des décennies et voilà que d’un coup, un ordre est donné et la propagande déverse le discours inverse comme par magie alors que rien n’a changé au niveau de la base du parti nationaliste ! C’est assez effrayant de constater le pouvoir d’une Nathalie Saint-Cricq, capable de réhabiliter qui elle veut en une fraction de seconde !


Nathalie Saint-Cricq salue une Marine Le Pen « consensuelle », David Pujadas laisse libre cours à Robert Ménard pour soutenir la théorie du grand remplacement, un expert de BFMTV estime que les LBD sont trop dangereux pour les employer ailleurs que « dans les banlieues »… 

Nous sommes en France, en 2019. Bienvenue à la télé.

« Je l’ai trouvée assez efficace. » Nathalie Saint-Cricq, chef du service politique de France Télévisions, analyse la prestation de Marine Le Pen jeudi soir dans L’émission politique. « J’ai trouvé qu’elle avait travaillé. J’ai trouvé qu’elle était dans le constat. » Un constat objectif. « Ce qui lui permet d’arrondir les angles. » Les angles trop aigus pour l’éditorialiste. « Elle n’est pas contre les riches, elle est pour les pauvres. » Ouf. « Elle aime bien les bons Gilets jaunes mais elle défend aussi les policiers. » Re-ouf. « On a eu quelqu’un d’assez consensuel et qui était dans le constat. Son constat, on pouvait le partager, c’était une sorte de constat mainstream. » Invoquer une « invasion migratoire » est un « constat mainstream ». Merci France 2, c’est noté.


 

« Globalement, elle est hyperdédiabolisée. » Par Nathalie Saint-Cricq, après l’avoir été par LCI pendant toute une soirée hyper à sa gloire. « Et elle a travaillé, elle n’est plus excessive comme elle pouvait l’être avant. » On pourrait la classer au centre-droit. David Pujadas le confirme dès le lendemain en invitant Robert Ménard à commenter l’attentat commis par un suprémaciste blanc contre les fidèles de mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. « Comme d’autres, j’explique ce qui saute aux yeux : il y a un changement de population dans une partie du territoire, soutient le maire de Béziers. Il y a aujourd’hui une population différente de ce qu’elle était dans les années 50. » Heureusement. Sinon, la moyenne d’âge de la population actuelle dépasserait les 120 ans.

Aussitôt, la saillante intervention de Robert Ménard est relayée sur Twitter par le compte de l’émission :


 

Romain Goupil tente de le contredire, David Pujadas le rabroue : « Chacun son tour. On va calmer les choses. » En redonnant la parole à Robert Ménard. Qui continue à dénoncer les « saloperies » de Romain Goupil. « Allez, on va arrêter les insultes, suggère David Pujadas, Guillaume veut prendre la parole. » « Robert se défend parce qu’il est attaqué sur ce qui s’est passé à Béziers, compatit Guillaume Tabard, du Figaro. Moi, ce qui me sidère, c’est qu’on a un attentat et que pour l’instant, le responsable, c’est ce tueur, c’est ce monsieur-là. » Et personne d’autre. « Faire un procès politique, c’est assez aberrant. » Comme si le terroriste — pardon, le « tueur » — avait des motivations politiques. « On a vécu en France un terrorisme islamiste assez meurtrier. Si on veut jouer à de la comptabilité et à du match retour, on n’est pas encore dans l’équilibre. » Il faut encore rafaler quelques mosquées. « Je pense qu’il ne faut pas s’aventurer sur ce terrain du match retour. » Ah bon ? Mais qui vient de le faire ?

Aussitôt, la saillante intervention de Guillaume Tabard est relayée sur Twitter par le compte de l’émission :


 

LCI illustre ce que les éditorialistes dénoncent en plateau : le rôle infâme des réseaux sociaux dans la propagation de la théorie du grand remplacement. Méchant Internet ! Ainsi, Christian Makarian, de L’Express, interrogé sur cette théorie par BFMTV, déclarait dans l’après-midi : « C’est un fantasme collectif, une théorie complètement farfelue qui a malheureusement connu un très grand succès à travers les réseaux sociaux. » Certainement pas dans nos journaux, dans nos studios.


 

Sur LCI, Robert Ménard et Romain Goupil s’écharpent encore. « Tu m’as entendu parler de “pureté de la race” ?! », se fâche le premier. « Cette affiche, lui reproche le second : “Attention, ils arrivent dans notre pays”, c’est un grand remplacement ! » « Mais oui, il y a un grand remplacement ! », s’exclame Robert Ménard. David Pujadas s’interpose : « On va faire un point précis sur la question du grand remplacement. » Ça paraît indispensable ; il faut profiter d’avoir sous la main les meilleurs spécialistes.


 

« Je dis qu’en France il y a un changement de population, insiste Robert Ménard. C’est pas moi qui le dit, c’est Jérôme Fourquet. » Le sondologue qui a inventé une nouvelle catégorie statistique, les « prénoms arabo-musulmans » — et le mien, il est juif ou protestant ? « Il dit qu’il y a 18,5 % des nouveaux-nés qui ont un prénom arabo-musulman, ça veut dire qu’il y a un changement de population. » David Pujadas calme les autres invités. « Laissez-le terminer pour que ce soit clair. » Jusque-là, c’est plutôt basané. Robert Ménard s’en prend une nouvelle fois à Romain Goupil : « Moi ,je ne me permettrais pas de dire que ton discours pro-immigrés explique les attentats du Bataclan. » Mais je le dis quand même. « On est sur un débat où on ne peut plus rien dire. » Où on ne peut plus être raciste en paix.

Si ça peut le consoler, le compte de l’émission a révélé lundi matin sur Twitter la formidable audience de sa brillante prestation dans 24h Pujadas. Comme quoi, faire la courte échelle à l’extrême droite, ça paie.


 

David Pujadas reprend la main. « Parler du grand remplacement, au-delà du fait que l’on peut approuver ou contester cette analyse… » Peu importe. « Est-ce que ça peut encourager les comportements violents ou est-ce que ce n’est qu’une analyse ? » Le présentateur propose d’écouter les réactions de responsables politiques. « On vient d’entendre Ian Brossat du Parti communiste français, réagit Guillaume Tabard, révolté. Parti communiste !!! Le communisme, ça a donné le stalinisme, le Vietnam… J’aimerais bien l’entendre condamner ce qui a été fait au nom du communisme. » Alors, et alors seulement, je serai d’accord pour condamner ce qui est fait au nom du racisme.


 

Le lendemain, ça barde sur les Champs-Elysées. Rapidement, il apparaît que ces « scènes de chaos » sont causées par le moindre emploi des LBD. Dominique Rizet, le spécialiste police-justice de BFMTV, en convient : « Les blessures extrêmement graves provoquées par les LBD, qui ne sont pas des armes adaptées au maintien de l’ordre. Ce sont des armes que les BAC utilisent dans les banlieues et qui devraient rester dans les banlieues. » Là où elles peuvent éborgner les grands-remplaçants en paix.


 

Le soir, sur BFMTV, les flashs se suivent et se ressemblent : « Partout dans les rues de la capitale, des vitrines brisées, des boutiques pillées et brûlées. » « Partout dans la capitale, des boutiques dévastées. » On ne doit pas habiter la même capitale. J’en ai parcouru des dizaines de rues samedi dernier sans observer la moindre vitrine éraflée.


 

Sur LCI, Virginie Le Guay, de Paris Match, révèle la stratégie des manifestants : « Les Gilets jaunes qui sont obstinément là compliquent la tâche des forces de l’ordre qui ne peuvent pas attaquer les casseurs. » « Vous croyez que c’est à dessein ? » « Je dirais que oui. » Ils servent aux casseurs de boucliers humains . « Je partage tout à fait l’analyse de Virginie, salue Dominique de Montvallon. Je rends hommage au sang froid des forces de l’ordre. » Mais voilà, « une des conséquences des débats qui ont eu lieu sur l’usage des LBD, c’est que la portée des LBD a été réduite ». Maudits débats. « On amène les forces de l’ordre à une situation de corps-à-corps. » Et c’est comme ça que des magasins sont pillés, au corps-à-corps.


 

« Attendez, intime la présentatrice, on va revoir l’image de cette agence bancaire incendiée. » Roland Cayrol analyse : « Il y a des casseurs qui appartiennent à la mouvance anarchiste pour qui l’ennemi principal, c’est le capitalisme et très expressément les banques. C’est pas la première fois, ça fait des décennies que ce même groupe… D’ailleurs, ça doit être leurs enfants ou leurs petits-enfants. » Parce qu’ils se reproduisent, en plus ? J’espère que la loi anti-casseurs a prévu leur stérilisation. « Pour ces gens-là, l’agence bancaire, c’est le symbole absolu du capitalisme mondial. » Et pas la boulangerie, curieusement. Ces gens-là n’ont aucun discernement. « Ce sont des crimes commis au nom d’une idéologie elle-même vaguement criminelle. » Dont les partisans devraient être enfermés préventivement. « Certains samedis, ils ont été jusqu’à sortir des drapeaux noirs. » Non ? Quelle horreur ! Pauvre Roland Cayrol. J’espère que ça lui a fait moins mal aux yeux qu’une balle de LBD.

« Une autre image, celle du Fouquet’s », propose la présentatrice, qui demande : « Comment les casseurs ne sont-ils pas neutralisés en amont ? » « Comme la loi anti-casseurs est devant le Conseil constitutionnel, déplore Judith Waintraub, du Figaro Magazine, on ne peut pas appréhender des gens susceptibles de commettre des exactions. » Maudit Conseil constitutionnel. C’est sa faute si les casseurs se sont attaqué à un des symboles de la République comme le Fouquet’s. « Cette journée doit nous faire réfléchir sur la nécessité de muscler notre arsenal préventif. » « Pourtant, note Roland Cayrol, la porte-parole de la préfecture nous a dit que le procureur de la République avait autorisé les arrestations préventives. » Mais apparemment, bafouer l’état de droit ne suffit pas. Il faudrait instaurer l’état de siège.


 

Sur BFMTV, Constance Le Grip, députée LR, renchérit : « On pourrait être beaucoup plus ferme. J’appelle à ce que la loi anti-casseurs soit très rapidement promulguée et appliquée. » « Cette loi passe devant le Conseil constitutionnel, rappelle le présentateur, c’est Emmanuel Macron qui l’a saisi. » « Malheureusement » , soupire la députée. « Ça nous manque », regrette le représentant du syndicat Alliance. Les Champs-Elysées saccagés, c’est à cause de la lâcheté d’Emmanuel Macron… Loïc Lecouplier poursuit. « On a été ces derniers jours houspillés par une certaine idéologie. » Anti-flic. « Aujourd’hui, sur la capitale, il y a eu trente-deux tirs de Flash-Ball. » Seulement ? C’est dramatique. « On nous a donné des toutes petites munitions qui tirent à dix mètres, comme ça y a pas de risques. » Il fallait vraiment faire preuve de mauvaise volonté pour perdre son œil, comme ce manifestant recensé par David Dufresne :


 

« Depuis le début du mouvement, rappelle le syndicaliste, il y a eu entre 13 000 et 15 000 tirs de LBD pour 0,1 blessé. » Un dixième de blessé ! C’est cinq mille fois moins que le décompte frauduleux de David Dufresne sur Mediapart. « Et on a dit : “On arrête tout. Et voilà ce qui s’est passé : on n’a pas les Flash-Ball, on ne peut pas contenir les gens et ça pète de partout. » Le présentateur remarque : « Certains manifestants disent : “Il y a des gaz lacrymogènes donc je mets un foulard.” » « S’il ne veut pas bouffer du gaz, il ne vient pas », réplique Loïc Lecouplier, rejoint par Virginie Le Guay : « Oui, s’il est fragile des bronches, il ne vient pas. » Si vous ne voulez pas être asphyxié ou mutilé, évitez de manifester.


 

Guillaume Rouquette, du Figaro Magazine, s’émeut encore dimanche soir sur LCI. « Quand on voit ces images, on se dit : comment se fait-il qu’il y ait encore un débat sur les policiers qui en font trop, qu’il y ait un supposé Défenseur des droits qui se répand en jérémiades sur les plateaux de télévision ? » Sans parler des communistes qui se permettent de critiquer la théorie du grand remplacement.


Photo d’illustration : Renaud Camus (à droite sur la photo) présentera sa liste avec Karim Ouchikh (à gauche). © FRANCOIS NASCIMBENI / AFP