L’homme conçoit l’harmonie comme un équilibre des excès.

L’harmonie divine est un mystère où l’abondance n’est jamais en excès. Voilà le doux élixir qui procure l’ivresse parfaite : l’abondance sans excès.

L’abondance divine est sans limite mais aussi sans excès – ultime paradoxe – abondance d’amour, de lumière, de vie.

L’excès c’est l’abondance qui se concentre en un point, le narcissisme par exemple.

Le manque est le corrélât de l’excès.

Une abondance sans excès c’est une abondance juste. Une justice abondante.

L’abondance divine n’est pas non plus une croissance, une croissance d’énergie.

Au fond d’eux-mêmes, les hommes n’aspirent qu’à l’abondance, pas à la croissance. Car la croissance est un excès en un point, qui crée des gouffres en d’autres points.

L’homme court à sa perte en confondant abondance et excès, abondance et croissance, abondance et ivresse des sens.

L’abondance est le contraire de conservation.

Les hommes ne cherchent qu’à conserver leur vie, leurs richesses, leur santé, leur savoir, leur puissance… les hommes conservent ce qu’ils ont peur de perdre, et qu’ils perdront de toute façon… il n’y a perte que parce qu’il y a volonté de conserver.

Il n’y a pas de perte dans l’abondance divine, ni de remboursement ! Et encore moins de taux d’intérêt.

Rien n’est plus contraire à la vie que sa conservation, la volonté de sa conservation.

L’instinct de conservation n’est pas un instinct de vie mais de mort.

Jésus-Christ disait que la vie divine, le royaume de Dieu, était comme un levain dans la pâte à pain. Il n’y a de vie qu’abondante.

Vouloir retenir la vie c’est déjà mourir un peu.

L’abondance divine contredit la philosophie du tout.

L’absolu ce n’est pas le tout, c’est l’abondance divine, qui déborde toujours le tout.

Y a-t-il une vérité du tout ? Non, et c’est pourtant cela que les hommes recherchent inlassablement.