La gynécologie en voie de disparition en France : « Il faut que les femmes se rebellent ! »

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La maternité de l’hôpital de Lens, le 17 septembre 2013 | PHILIPPE HUGUEN / AFP


C’est tout de même effarant que l’on puisse se retrouver aujourd’hui avec 1136 gynécologues en France pour 28 millions de femmes âgées de plus de 16 ans et 800 000 naissances annuelles ! C’est consternant ! À quoi servent donc les hauts fonctionnaires du ministère de la santé payés grassement, l’ARS totalement inutile, le conseil de l’ordre des médecins, les doyens des universités et les chefs de service ?… Comment se fait-il qu’aucun de ces acteurs surdiplômés et très bien payés, n’ait agi en conséquence, d’autant que la formation de tel spécialistes nécessite des années. Seule solution efficace en vue, importer un grand nombre de gynécologues étrangers. D’autant que ce déficit met la vie des patientes en danger du fait qu’elles seront beaucoup moins suivies et qu’elles ne seront examinées que lorsqu’il sera trop tard ! C’est une faillite pure et simple du système de santé français.

Comment la France a-t-elle fait pour en arriver là, comment a-t-elle fait pour tomber si bas ? Bien sûr, si vous regardez les responsables de cette folie pérorer à la télé, bien habillés et tirés à quatre épingles, ils vous diront que tout va bien et vous serez tentés de les croire. Malheureusement, la réalité sur le terrain est tout autre. On imagine qu’il n’y aura aucune sanction, puisque tout va bien, du coup continuons ainsi.


Les gynécologues médicaux ne sont plus que 1 136 en France pour 28 millions de femmes âgées de plus de 16 ans. Et il reste moins de mille médecins accoucheurs dans le privé.

Cela devient une spécialité très rare en France. En l’espace d’une décennie, entre les années 2007 et 2017, le nombre de gynécologues médicaux (spécialisés dans les problèmes hormonaux, la contraception, la stérilité, le diagnostic de tumeur, la ménopause…) a chuté de 41,6 % dans l’Hexagone, selon une enquête du journal Le Monde parue mercredi soir. Ces praticiens ne sont plus, aujourd’hui, que 1 136 en France pour 28 millions de femmes âgées de plus de 16 ans. Et ils pourraient n’être que 531 en 2025 contre 1 648 en 2010.

Dans de nombreuses villes, décrocher un premier rendez-vous est devenu mission impossible ou quasiment, nombre de médecins n’acceptant de nouvelles patientes que sur orientation expresse d’un confrère généraliste. Dans la Creuse, on ne compte plus que 4,2 gynécologues médicaux pour 100 000 habitants ; 4,32 en Dordogne ; 4,37 % dans l’Ain. Mais 28,6 à Paris et 67,4 à Neuilly.

Certaines villes de la banlieue parisienne n’en ont plus aucun. Des femmes n’ont ainsi plus de suivi ou doivent changer de département dans l’espoir de pouvoir consulter. Six départements n’offrent plus aucun gynécologue médical actuellement.

La disparition du certificat d’études spéciales

L’origine de cette situation ? La décision des pouvoirs publics de ne plus former de spécialistes de la santé des femmes entre 1987 et 2003, « afin de s’aligner sur les formations des autres pays européens ».

« Après-guerre, la France avait pourtant engagé une politique forte de formation des gynécologues, raconte le Dr Bertrand de Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France, joint par Ouest-France. Deux filières de formation ont ainsi vu le jour : l’internat et le certificat d’études spéciales. Grâce à ce CES, beaucoup de praticiens ont été formés. Mais quand la France a intégré l’Europe, le CES n’existant pas dans les autres pays, on n’a plus formé que par l’internat, sans augmenter le nombre d’étudiants…»

Une pénurie que critique le professeur Israël Nizand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, interrogé ce jeudi matin sur RTL. « La bureaucratie sanitaire a estimé que moins il y a de médecins, moins il y a de dépenses. C’est une gestion catastrophique de la démographie médicale. »

Depuis une quinzaine d’années, une soixantaine de ces spécialistes sont de nouveau formés chaque année, mais insuffisamment pour compenser les départs à la retraite. Près des deux tiers des gynécologues médicaux en activité ont, en effet, plus de 60 ans.


Une gynécologue-obstétricienne montre un nouveau-né à la mère, le 27 juillet 2001 à l'Hôpital franco-britannique de Levallois-Perret, à la fin d'un accouchement par césarienne

Les médecins généralistes prennent, alors, parfois le relais. Ce n’est pourtant pas la meilleure solution, selon les gynécologues médicaux. « Une spécialité de quatre années d’études ne se remplace pas par une formation de trois mois en gynéco pour un généraliste », explique Anne Gompel, professeure de gynécologie à l’université Paris-Descartes, citée par Le Monde.Quant aux sages-femmes, elles sont insuffisamment formées au diagnostic et au traitement médical.

Autre problème, et non des moindres : les tarifs affichés par certains spécialistes peuvent, également, être un frein au suivi des femmes. En France, seuls 38,5 % des gynécologues pratiquent, en effet, la consultation à 30 €, appliquant donc le tarif Sécu. Chez 45 % des 3 000 gynécologues (médicaux et obstétriciens) exerçant dans les cent plus grandes villes de France, il faut débourser au moins 60 € pour une consultation standard, rapporte le journal Le Monde.

« Que les femmes se rebellent »

La population des gynécologues obstétriciens n’est pas en meilleure forme. Dans trente départements, il n’existe plus aucun praticien en libéral. Les femmes doivent donc se rendre dans les hôpitaux pour le suivi de leur grossesse. Des établissements de soins qui commencent, eux aussi, à manquer de spécialistes des accouchements…

« Actuellement, il reste moins de mille accoucheurs dans le privé en France, poursuit le Dr Bertrand de Rochambeau. Il n’y a plus que 20 % des accouchements qui se font dans le privé ». La raison ? «  Les conditions de travail et des tarifs d’assurance professionnelle qui n’en finissent pas de grimper. Conséquence : de nombreuses femmes patientent à la porte des hôpitaux, avec pour certaines d’entre elles, un gros retard de suivi ».

Quelle solution, alors, pour remédier à cette situation tendue ? Le Dr Rochambeau milite pour une augmentation sensible du nombre d’étudiants, mais il faut douze ans pour « fabriquer » un gynécologue obstétricien. Le praticien prône aussi l’amélioration des parcours de soins « pour éviter que des femmes n’errent de cabinet médical en cabinet médical ».

Mais face à la quasi-disparition d’une spécialité médicale en France, une seule chose pourrait […]


Yves-Marie ROBIN.- Ouest France 

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