Lotfi Bel Hadj, au cœur du dispositif de soutien à Tariq Ramadan

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Devant la Grande mosquée de Paris. © AFP


Il est très intéressant de connaître quels sont les soutiens de Tariq Ramadan, surtout quand ils s’avèrent être proches des réseaux maçonniques. « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es » dit l’adage populaire. On peut donc constater que Monsieur Tariq Ramadan est très bien entouré et en déduire que le futur nous en dira certainement plus…


«Tariq Ramadan est l’exemple type de quelqu’un qui a redonné de l’honneur aux musulmans, que cela plaise ou non», dit-il depuis Tunis, où nous l’avons joint mercredi par téléphone. Une question d’honneur, donc, qui place haut l’enjeu et ajoute à la dramatisation d’un probable procès à venir, que notre interlocuteur estime être celui «de la décennie». Le ton est donné. L’islamologue suisse, petit-fils du fondateur des Frères musulmans, a été mis en examen pour viols et placé en détention provisoire le 2 février. D’après plusieurs sources médicales non officielles, il est atteint d’une sclérose en plaques et d’une neuropathie. Son état aurait dégénéré suite à son incarcération.

L’ombre de Lotfi Bel Hadj, auparavant dans la coulisse, s’est avancée sur la scène ramadanienne, début mars, à l’occasion du remplacement de Me Yassine Bouzrou, l’avocat qui assurait jusqu’alors la défense du Genevois. Et pour cause: Bel Hadj est pour beaucoup dans l’éviction de Me Bouzrou et l’arrivée de son successeur, Me Emmanuel Marsigny. «Le comité de soutien [de Tariq Ramadan, ndlr] m’a demandé de lui proposer un tiercé et un quinté d’avocats, parmi eux il y avait Me Marsigny», explique celui qui dispose à l’évidence d’un carnet d’adresses fourni.

Précieux canal d’influence

Le précédent avocat, mis en relation, en octobre, avec Tariq Ramadan par un ancien journaliste d’une radio communautaire maghrébine, avait déçu le comité de soutien, en raison, notamment, de son mutisme médiatique. Et puis, il pouvait sembler mal à l’aise avec un dossier forcément politique, où il convient parfois de mobiliser des affects identitaires. Me Bouzrou ne voulait peut-être pas paraître comme l’Arabe défendant un Arabe. Son confrère Marsigny n’encourt pas ce reproche, et le comité de soutien à l’enseigne de Free Tariq Ramadan, emmené, entre autres, par Yamin Makri, un ancien leader de la jeunesse musulmane lyonnaise, ami de Tariq Ramadan depuis les années 1990, y trouve sûrement son compte.

Une vieille connaissance de Lotfi Bel Hadj, Me Marsigny. Ce dernier a été l’un des avocats de Me Karim Achoui, condamné en première instance pour complicité dans l’évasion, en 2003, du braqueur Antonio Ferrara – il avait gagné le procès en appel en 2010. «Karim Achoui, c’est mon petit frère, mon ami», assure Lotfi Bel Hadj. Selon le journaliste Nicolas Beau, fondateur du site Mondafrique, les deux hommes songeaient en 2007 à créer un mouvement qui se serait appelé Les Nouveaux Français, écrit-il dans son livre Les beurgeois de la République (Seuil, 2016). «Une légende urbaine», commente l’homme d’affaires franco-tunisien.

Au temps où Me Achoui était dans la tourmente, Lotfi Bel Hadj avait mis beaucoup d’énergie à défendre la réputation de son ami, selon lui accusé à l’époque parce que d’« origine douteuse ». En somme, la même raison qui fait qu’on «refuse aujourd’hui d’appliquer à Tariq Ramadan la présomption d’innocence, colonne vertébrale de notre République », estime celui qui dit ne pas soutenir une personne – « Ramadan, je m’en fous » – mais un principe majeur de l’Etat de droit.


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