Quand une synagogue devient mosquée en toute concorde

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À Marseille, l’entrée de la synagogue qui sera transformée en mosquée. Photo AFP


Voici un exemple qui prouve encore une fois que sur le terrain il n’y a pas de problème en France entre les communautés religieuses. Les gens du quotidien, voire leurs représentants religieux, s’entendent très bien et vivent en harmonie sans aucune difficulté. Nous en profitons pour vous rappeler l’histoire de cette mosquée qui était en réalité une synagogue vendue par la communauté juive à des musulmans. Malgré cette transaction tout à fait banale, vous trouverez toujours des décérébrés comme ce représentant du Front National pour faire des commentaires absurdes et créer une polémique qui n’existe pas.


Toujours prompt à dénoncer l’islam, le FN veut voir un problème là où il n’y en a pas dans la cession d’un lieu de culte à Marseille.  

Il y a environ un an, le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, suggérait dans un livre que certaines églises en manque de fidèles soient converties en mosquées, bien entendu avec l’accord de la hiérarchie catholique. Devant le tollé – plutôt limité – suscité par sa proposition, le recteur avait fait rapidement machine arrière par souci d’apaisement.

Pourtant, l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, sous la plume de Denis Tillinac, lançait un appel fiévreux à la défense des églises chrétiennes menacées d’être soudain affectées au culte musulman. Titré « Touche pas à mon église », l’appel n’avait guère de sens, dans la mesure où l’Eglise n’avait pas d’opposition de principe à ce genre de réaffectation dès lors qu’elle était volontaire. De toutes manières, le nombre de lieux concernés était minuscule. Plus catholique que les catholiques – ce qui est souvent le cas à l’extrême droite – Tillinac criait en quelque sorte avant d’avoir mal à son église.

Il faut croire que la communauté juive de Marseille est plus sage que l’hebdomadaire de la droite décomplexée : elle vient de céder une synagogue désertée par les fidèles (pour cause de déménagement dans d’autres quartiers) aux musulmans de la ville qui souffrent d’une pénurie de lieux de culte.

Denis Tillinac va-t-il lancer un nouvel appel, intitulé cette fois «Touche pas à ma synagogue ?» Les explications fournies par le représentant de la communauté juive à Marseille, Zvi Ammar, est frappée au coin d’un bon sens exemplaire : « Nous avons tous le même dieu, l’essentiel est que tout ça se passe en bonne harmonie. Il faut que ces mots-là prennent toute leur signification.» Ce à quoi Moussa Koité, responsable de la mosquée Bilal, proche de la synagogue, a ajouté : « On a dans notre subconscient que juifs et musulmans sont des ennemis éternels, compte tenu du contexte israélo-palestinien. Mais dans cette affaire, on voit que des gens ont été à la hauteur pour pouvoir se parler. Et puis où est-il écrit que les juifs et les musulmans ne doivent pas faire des affaires ensemble ? Ils le font depuis l’époque du prophète !»

La vente, qui est un non-événement aux yeux de beaucoup de Marseillais, a suscité quelques protestations. Sans doute furieux de voir qu’une telle transaction soit possible avec l’accord des deux parties, le Front national, avec quelques autres, a essayé de semer la discorde là où il n’y en a pas.

« L’histoire nous apprend que ces transformations sont rarement innocentes », a déclaré Bertrand Dutheil de la Rochère, un conseiller de Marine Le Pen, en comparant l’histoire de la synagogue marseillaise à celle de l’église Sainte-Sophie de Constantinople (aujourd’hui Istanbul), devenue mosquée en 1453 après la prise de la ville par les Ottomans. Cette référence à Sainte-Sophie est en fait… un pur sophisme. Le FN confond une transformation décidée par le sultan de l’époque à la suite d’une conquête militaire et la cession toute pacifique d’un lieu de culte inutilisé à une autre religion. Toujours prompt à dénoncer l’islam, le FN veut voir un problème là où il n’y en a pas. C’est le propre des […]


Laurent Joffrin – Libération

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