Depuis le 11 janvier 2020, date à laquelle cette vidéo a été diffusée, la situation a connu une régression sur tous les plans et il est évident que ceux qui ont spolié le pouvoir au moyen de la fraude pataugent et font du sur-place, ne sachant plus à quels saints se vouer et ce n’est pas faute de ne pas avoir tout essayé pour casser le mouvement populaire. Le « président désigné » a même osé affirmer son appartenance au Hirak en le qualifiant de « Hirak béni ». Il a aussi avancé que toutes les revendications du Hirak ont été exaucées, pendant que son ministre de la police estime qu’il ne persiste plus que quelques groupuscules nourrissant des desseins inavoués et déclare qu’ils sont manipulés par « israël » et deux pays étrangers, l’un européen et l’autre arabe, sans toutefois les désigner nommément.

M. Tebboune oublie ou fait mine d’oublier que la seule revendication du Hirak est l’application des articles 7 et 8 de la Constitution algérienne pourtant élaborée par les tenants du pouvoir, qui consacrent la souveraineté pleine et entière du peuple.

La justice fonctionne toujours à l’injonction et c’est ainsi que nous avons pu vivre des moments surréalistes avec la relaxe et la libération le jour même de son « procès » de Khaled Tebboune, le fils du « président », inculpé dans un trafic monstrueux impliquant le fameux Kamel Chikhi dit « El Bouchi » alors que le délibéré du procès du militant politique Karim Tabbou n’a été prononcé qu’au bout d’une semaine avec à la clé une condamnation à une peine de prison ferme.

Nous avons assisté, depuis, à une vague d’arrestations arbitraires, la plus comique, n’était-ce son côté pathétique, étant celle de ce citoyen mal inspiré d’avoir revêtu un maillot de la JSK, un club de foot, et présenté devant le procureur pour ce seul motif.

La crise économique et financière aggravée par la chute brutale des cours du pétrole ne facilite pas la tâche de la 3içaba. La pandémie du Covid-19 a achevé de lui faire perdre la raison en lui faisant prendre des décisions irrationnelles, telles que la fermeture des établissements scolaires et des facultés, hormis celles où sont prévus des examens, comme si le virus SARS-CoV-2 allait contourner ces facultés et éviter d’y pénétrer ; la fermeture des vols vers le Maroc en maintenant ceux qui relient l’Algérie et la France, etc… Quid des casernes, des prisons, des mosquées, des lieux où sont regroupées des milliers de personnes ?

Il est évident que la 3içaba profite de cette pandémie pour tenter d’effrayer les populations en espérant qu’elles restent cloîtrées dans leurs maisons et qu’elles mettent fin aux imposantes marches pacifiques.

C’est dire que la panique s’est emparée des décideurs qui semblent d’ailleurs ne pas parler d’une même voix.

On a souvent reproché au Hirak de ne pas avoir de tête et de représentants ; mais comment faire quand on sait que dès qu’une tête émerge, elle est vite mise à l’ombre sous n’importe quel motif.

C’est la raison pour laquelle il est impératif de songer à la constitution d’un gouvernement provisoire en exil, une idée que nous avions déjà développée en janvier 2020 et qui s’impose désormais, à charge pour le Hirak, à travers ses slogans du vendredi et du mardi d’en esquisser les grandes lignes et le programme, tel qu’exposé dans le texte qui suit.


Relire le texte de la vidéo :


Nous avons l’impression que nous tournons en rond, que nous écoutons les mêmes analyses et que le Hirak est en train de faire du surplace alors que le temps passe. Au lieu de perdre ce dernier ainsi que notre énergie à analyser les nouvelles décisions anticonstitutionnelles de l’état-major militaire et de sa façade civile (A. Tebboune), il me semble que le temps est venu pour le Hirak de s’organiser en mettant en place un « gouvernement provisoire » qui prenne sérieusement et officiellement les choses en main.


Nous approchons d’une année de Hirak qui a débuté comme vous le savez le 22 février 2019. Il s’est passé énormément de choses depuis, des choses très positives ont vu le jour comme le rejet définitif des pseudo conflits régionaux, ces tensions d’ordre culturel que les régimes successifs n’ont cessé d’attiser en Algérie. Abdelaziz Bouteflika a été chassé du pouvoir ainsi que de nombreux membres de la mafia politique régnante, qu’ils soient civils ou militaires. Sauf que la junte est toujours là et que le problème essentiel de l’Algérie et de son peuple demeure posé, à savoir la confiscation du pouvoir par l’état-major militaire.

Dès le début de la révolution pourtant caractérisée par un mouvement pacifique, un grand nombre d’agents subversifs n’ont cessé de prétendre qu’il fallait faire vite, au risque d’aller vers de grandes difficultés quant à la stabilité du pays et aux problèmes économiques. J’ai toujours été contre cette stratégie de la peur et du chantage, d’autant que cela fait près de 30 ans que, l’Algérie – depuis le coup d’État militaire de 92 -, subit le pillage le plus fou de son histoire et patauge dans la médiocrité la plus crasse. Mais ce n’est pas une raison pour autant de tomber dans l’excès inverse et de laisser filer un temps précieux ; c’est la raison pour laquelle j’estime qu’il est temps d’organiser le Hirak.

Certes le noyau dur de cette révolte populaire est représenté par une jeunesse d’une extraordinaire vaillance et d’un éveil politique rare. Néanmoins, il faudrait éviter que le mouvement ne dure trop longtemps de sorte qu’il finisse par user les semelles des marcheurs et surtout par atteindre le moral des citoyens, c’est dans la nature des choses. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que, pour ma part, pour avoir un métier que j’aime beaucoup et auquel je tiens par dessus tout, je ne suis pas intéressé du tout, et ne le serai jamais, par un quelconque poste politique, ne n’appartiens d’ailleurs à aucun parti politique. Je ne fais ici que partager des réflexions avec le plus grand nombre possible de concitoyens en espérant que ce travail intellectuel puisse être utile.

La nature ayant horreur du vide, le pouvoir étant par nature l’objet de toutes les convoitises, il est essentiel de le prendre des mains de ceux qui l’ont spolié, mais sous certaines conditions draconiennes à même d’empêcher toute manipulation ou magouilles des services de renseignements de la junte. Il s’agit, comme l’avait fait le FLN historique il y a quelques décennies, de mettre en place un « Gouvernement provisoire » en nommant un président et des ministres. Ce sont ces ministres qui vont aller représenter le peuple algérien souverain auprès des états étrangers et dans les forums internationaux. Rien de nouveau sous le soleil, c’est ce qui semble être le plus logique à faire.

En abordant ce sujet avec des amis, tout le monde a manifesté son accord de principe, mais seulement d’un point de vue théorique, éprouvant quelques réticences et, disons-le, une certaine peur de passer au stade de l’application et de la mise en pratique, au risque, avancent-ils, de diviser et d’affaiblir le Hirak. Ils ont raison et c’est un risque à prendre en effet car comme pour toute chose sur notre Terre depuis, sa naissance, l’être humain ne peut rien entreprendre sans prendre de risques. D’autant que le FLN avait réussi à mettre en place toutes ces structures alors qu’il ne disposait que de peu de membres diplômés et de compétences, tandis que l’Algérie d’aujourd’hui recèle des centaines de milliers de surdiplômés capables de mener à terme un tel projet sans difficulté. Le Hirak a gagné tellement de batailles et évité tellement de pièges qu’il est maintenant mûr pour sauter le pas, c’est mon humble avis.


« Mettez la Révolution dans la rue et vous la verrez reprise par le peuple. » disait Larbi Ben M’hidi.


Rappelons chers amis que la lutte des Algériens contre la colonisation et pour le recouvrement de leur indépendance n’a pas commencé en 1954 mais en 1830 à Sidi Fredj et Staouéli. Nous avons eu l’Émir Abdelkader qui a lutté de manière continue pendant 17 ans jusqu’en 1847. Nous avons également eu la lutte des Frères El Mokrani et de Cheikh Aheddad, du Cheikh Bouamama… Ils ont tous échoué à libérer le pays du joug colonial mais la lutte s’est poursuivie avec détermination jusqu’à la libération totale en 1962.

Le moyen de protéger le Hirak est très simple : il doit se poursuivre quel que soit X, même et surtout après la formation de ce « Gouvernement provisoire ». De toute façon, s’il y a trahison ou entourloupe du DRS, le Hirak sera là pour le dénoncer et renforcer la lutte de plus belle. Il suffira de désigner une vingtaine de personnes dans ce « Gouvernement provisoire » et de mettre en place un système de plébiscite avant toute prise de décision importante. Ce plébiscite s’exprimera le vendredi lors de la marche hebdomadaire. Les membres du « Gouvernement provisoire » devront avoir un CV vierge de toute compromission avec la mafia, est-il utile de le rappeler. Ce « Gouvernement provisoire » devra être constitué à l’étranger – dans un pays neutre, comme la Suisse ou ailleurs – par la diaspora afin de ne pas avoir à souffrir de la violence et des représailles du régime. Des prisonniers d’opinion pourront également être nommés au sein de ce gouvernement, comme membres d’honneur ; ils seraient ainsi protégés contre tout mauvais traitement et pourraient être investis du pouvoir de négocier avec la junte.

Le gouvernement provisoire devra travailler avec une transparence totale en utilisant les moyens de communication modernes comme les réseaux sociaux afin d’annoncer ses actions. Il est essentiel que le « Gouvernement provisoire », via l’établissement d’une Charte, s’engage à travailler pour la mise en place d’une Algérie démocratique avec comme objectif la passation du pouvoir aux civils après une période de transition au cours de laquelle une nouvelle constitution sera rédigée, consacrant l’ensemble des libertés individuelles et collectives, l’indépendance de la justice, la primauté du civil sur le militaire. Les membres de ce « Gouvernement provisoire » devront dans la mesure du possible appartenir à tous les courants politiques importants du pays.

Ce Gouvernement provisoire pourra prendre des décisions au nom du peuple algérien à condition que lors des deux et trois Hiraks suivants, un soutien populaire massif soit exprimé dans plusieurs villes du pays. Le « Gouvernement provisoire » pourra déposer des plaintes contre les dérives du régime et de ses médias corrompus. Il pourra également mettre en garde les baltagias ou voyous recrutés par la junte pour terroriser les manifestants en leur promettant des peines judiciaires extrêmement lourdes dès la chute de la dictature. Ceci calmera bien des ardeurs car ces voyous, en ayant l’impression de bénéficier de la protection de l’état-major, se croient intouchables et invulnérables. Par contre, si une autorité officielle les menace de représailles sévères, ils y réfléchiront à deux fois.

L’objectif principal de ce « Gouvernement provisoire » est la mise en place d’une période de transition qui devra être délimitée dans le temps et qui a pour but d’assurer les meilleures conditions pour une élection présidentielle ainsi que des élections législatives transparentes et saines. Pour ce faire, il devra négocier le départ de la junte militaire avec l’état-major.

Nous avons tous pu observer que l’élection d’Abdelmadjid Tebboune n’a absolument rien changé à la situation politique du pays, étant donné que c’est toujours le chef d’état-major, Saïd Chengriha, qui s’exprime des casernes comme le faisait son chef Gaïd Salah, en toute illégalité et en violation de la constitution en vigueur aujourd’hui. Ces personnages n’ont absolument rien appris des 10 derniers mois et continuent de piétiner la volonté populaire. Il est temps, selon moi, d’organiser le Hirak et de passer à la deuxième étape de notre révolution pacifique historique.

Enfin, deux points me réconfortent dans ce choix important et crucial pour l’avenir de l’Algérie. Premièrement, c’est le niveau de conscience politique que l’on observe quotidiennement et qui est à vrai dire assez impressionnant ; un retour en arrière est impensable, c’est factuel. Deuxième point, le plus important, nous avons eu ces derniers mois la preuve d’un soutien divin dans notre entreprise de libération nationale ; il faut en être digne en apportant notre part de travail.

Tahya Eljazaïr.


Salim Laïbi, 11 janvier 2020