Retour par Acrimed sur les passages médias de Yann Moix chez ses amis du showbiz qui ont tout fait pour lui éviter les mauvaises questions, les pièges et les condamnations. Tout a été fait pour le faire passer pour une victime malgré ses mensonges et ses écrits (Ushoaia) ; on le savait déjà, mais c’est encore mieux quand d’autres voient la même chose que nous, ça rassure.


L’« affaire Moix » offre une nouvelle occasion de mesurer la rectitude et l’indépendance qui règnent dans le landerneau médiatico-culturel. Dans le grand monde des petites vertus littéraires, comment quelqu’un dont les abjections sont à ce point avérées et durables peut-il continuer de se répandre si fréquemment dans les médias, plus encore, même, qu’avant la divulgation de ses écrits et dessins racistes et antisémites ?

C’est que le sulfureux Rastignac ne manque pas de soutiens dans les lettres françaises. Rappelons d’abord que Grasset, éditeur de notre écrivain meurtri, est composé d’un triumvirat Olivier Nora – Jean-Paul Enthoven – Bernard-Henri Lévy, lequel n’a pas tardé à réagir aux récentes révélations. Le premier, dans une audacieuse tentative d’euphémisation, n’a pas voulu s’épancher au sujet de caricatures parues jadis dans un « fanzine lycéen lu par quinze personnes ». Le second en revanche, mi-exalté, mi-nostalgique, n’a pu se contenir : « Je l’ai beaucoup aimé, il est fou mais c’est l’écrivain le plus talentueux que j’aie publié. »

Quant au troisième, il s’est fendu d’un de ses poignants bloc-notes. Yann Moix y a promptement répondu au micro de l’émission « Signes des temps », diffusée sur France Culture, et animée par un autre ami, Marc Weitzmann, à qui il a fait un aveu : « On se dit tout Marc, on se connaît bien ; en tout cas, Marc, de moi à vous, je vous estime. Véritablement, vous le savez. » Et de poursuivre, cette fois-ci au sujet de BHL, autre compagnon de route : « Je suis bouleversé par la réaction de Bernard-Henri Lévy… Je suis allé voir Bernard pour lui proposer des manuscrits. Je dis Bernard car Bernard est un ami. »

C’est que préalablement, dans une émouvante confession – certes un peu gênante – Yann Moix venait en effet de reconnaître que : « 1989 (…) était pour moi mon année noire, mais il est vrai aussi que quand j’étais adolescent, j’avais lu l’intégralité de l’œuvre de Bernard-Henri Lévy que je connaissais quasiment par cœur ; je recopiais des passages de La Barbarie à visage humain que je mettais dans des copies de bac ou de philo. J’avais été extrêmement intéressé par L’Idéologie française et quand il est sorti – j’avais 13 ans – je le lisais à 14-15 ans. Je me suis même mis à lui ressembler à un moment donné de ma vie, je voulais mettre les mêmes chemises. » Quand BHL évoquait les « errements passés » de son protégé, il ne croyait pas si bien dire…

Fort heureusement, la veille de son passage sur France Culture, Yann Moix avait également pu compter sur Laurent Ruquier, son ex-employeur, et ses deux chroniqueurs du jour, Adèle Van Reeth et Franz-Olivier Giesbert, pour lui dérouler complaisamment le tapis rouge sur une chaîne de télévision publique, afin qu’il puisse se repentir à son aise. Privilège d’entre-soi, du reste, totalement assumé par la productrice de l’émission « On n’est pas couché » mais également de… « Chez Moix », animée par l’intéressé sur Paris Première en 2018. Le 29 août, Catherine Barma répondait en effet à Sonia Devillers au sujet de la possible « mise en danger » de « Chez Moix » : « Au moment où je vous parle, pas du tout. Jusqu’à présent, il est très apprécié. Yann Moix est une personnalité particulière, c’est incontestable, c’est quelqu’un qui a un grand talent. […] Il est courageux, il l’a prouvé, je pense qu’il s’en expliquera. » Bilan des courses : l’émission ne sera finalement pas reconduite, et Yann Moix décidera en son âme et conscience de « mettre un terme » à la promotion de son dernier opus, « choisissant de se mettre en retrait des médias ». Jusqu’à quand ?

Thibault Roques

Acrimed

16 septembre 2019