Crier au complot dans une émission diffusée sur France 2 devant des millions de téléspectateurs ça passe ; rien d’anormal, ni de choquant n’est relevé, surtout lorsque l’auteur de cette accusation grave est l’ex-Premier Ministre et actuel candidat à la présidentielle. Du coup, on ne peut qu’en déduire que les complots existent bel et bien… Merci à M. Fillon pour son aide précieuse. Décidément, cette campagne 2017 réserve de belles surprises…


Le chef de l’État a de nouveau dénoncé vendredi les accusations du candidat de la droite.

Didier Hassoux, l’un des auteurs du livre cité jeudi soir, a indiqué qu’il n’avait « jamais écrit » que l’Élysée disposait d’un « cabinet noir » destiné à faire « remonter sur le bureau de François Hollande toutes les écoutes judiciaires qui l’intéresse ».

François Hollande a rapidement répliqué aux propos de François Fillon formulées jeudi soir dans « L’Émission politique » de France 2, au cours de laquelle il a dénoncé l’existence d’un « cabinet noir » à l’Élysée. Le candidat LR a réclamé une «enquête» sur le contenu d’un livre écrit par trois journalistes qui, a-t-il dit pour en avoir lu des extraits, «explique comment François Hollande fait remonter toutes les écoutes judiciaires qui l’intéressent à son bureau, ce qui est une illégalité totale».

Interrogé ce vendredi matin par France Bleu, le président de la République s’est directement défendu. «Ce qui est clair, c’est que tout est clair ici. Et ce qui n’est pas clair, c’est ce que M. Fillon doit justifier auprès de la justice», a-t-il asséné, avant d’ajouter: « Vous savez, je ne veux pas rentrer dans le débat électoral, je ne suis pas candidat. Mais il y a une dignité, une responsabilité, à respecter. Et je pense que M. Fillon est au-delà maintenant, ou en-deça ». Questionné ensuite sur l’existence d’un « cabinet noir » à l’Élysée, François Hollande a rapidement éludé. « Écoutez, il y a un cabinet, heureusement, qui travaille, mais nous n’avons pas à nous mêler des affaires. Et vous savez, ma position ç’a toujours été l’indépendance de la justice, le respect de la présomption d’innocence, et (le fait de) ne jamais interférer. Je crois que c’est très différent de mes prédécesseurs », a-t-il balayé.

Dans un communiqué publié jeudi soir, l’Élysée avait déjà «condamné avec la plus grande fermeté les allégations mensongères de François Fillon». «L’exécutif n’est jamais intervenu dans aucune procédure judiciaire», a ajouté l’Élysée, assurant que «sur les affaires particulièrement graves concernant François Fillon, (…) le président de la République n’en a été informé que par la presse.» Les propos de Fillon apportent «un trouble insupportable» à la campagne présidentielle, insiste la présidence.



L’un des auteurs de Bienvenue Place Beauvau, Didier Hassoux, a lui aussi démenti jeudi sur France Info les propos de l’ancien premier ministre. Est-il exact qu’il ait écrit avec ses coauteurs que «François Hollande fait remonter toutes les écoutes judiciaires qui l’intéresse» à l’Élysée? «Pas du tout. On n’a jamais écrit ça», a répondu le journaliste. «La seule personne qui croit qu’il y a un cabinet noir à l’Élysée c’est François Fillon. Il y croit tellement que le 24 juin 2014 (…) il est allé voir Jean-Pierre Jouyet, qui est le numéro 2 de l’Élysée, pour lui demander d’activer ce cabinet noir. Ce cabinet noir n’existe pas», a poursuivi Didier Hassoux.

«Nicolas Sarkozy avait (…) mis en place une police politique (…) alors que François Hollande, a simplement instrumentalisé la police à des fins politiques mais comme tous les présidents de la Ve République, c’est une maladie française», a-t-il poursuivi. Pour le journaliste, il y a une instrumentalisation de son livre par François Fillon, un homme «aux abois», qui «essaye de faire un coup».
Le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, a également répliqué au candidat LR dans la nuit de jeudi à vendredi, dénonçant le vote «systématique» de François Fillon contre «tous les textes renforçant l’indépendance de la justice et favorisant la transparence de la vie politique». Et le ministre d’énumérer six textes législatifs auxquels l’ex-premier ministre se serait opposé de 2013 à 2016, notamment la loi dite «Sapin 2», adoptée à la fin de l’année dernière, relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique. «Cette énumération traduit une évidence que ne peuvent effacer les affirmations sans fondement de ce soir», conclut Jean-Jacques Urvoas.


Communiqué de la présidence de la République après les propos de François Fillon.

 Le Figaro  AFP Agence.