Les annonces à l’emporte-pièce qui consistent à faire croire que les scandales crapuleux qui ont défrayé la chronique algérienne vont être repris par la justice ne sont que des manipulations grossières. C’est d’abord et avant tout un aveu de la corruption de la justice qui n’a pas fait son travail correctement alors qu’il est question de scandales à plusieurs milliers de milliards de dinars ou de l’affaire des 701 kg de cocaïne saisie au port d’Oran ! De toute façon, si Gaïd Salah était honnête et sérieux, il commencerait par mettre en détention provisoire tous les responsables en commençant par Chakib Khalil pour ce qui est de Sonatrach !


La justice va reprendre les dossiers Khalifa Bank, Sonatrach et Kamel El Bouchi du nom de l’affaire de la cocaïne saisie à Oran.

C’est ce qu’a laissé entendre le général Ahmed Gaid Salah, chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense, ce mercredi 10 avril, dans une intervention à Oran.

« Nous soulignons que la justice, qui a recouvert ses pleines prérogatives, agira en toute liberté, sans contrainte aucune, sans pressions ni ordres, pour entamer des poursuites judiciaires contre toute la bande impliquée dans les affaires de détournement des fonds publics et d’abus de pouvoir pour s’enrichir illégalement », a-t-il annoncé.

Et d’ajouter : « A cet effet, nous rassurons l’opinion publique que la question s’étendra à tous les dossiers précédents, comme l’affaire d’El Khalifa, de Sonatrach et du Boucher et autres dossiers relatifs à la corruption qui ont occasionné des pertes considérables au Trésor public ».

L’affaire de la saisie d’une quantité considérable de cocaïne au large des côtes d’Oran est toujours en instruction au tribunal d’Alger depuis juin 2018.

Blanchiment d’argent et spéculation immobilière

L’affaire qui porte désormais le nom du principal accusé, Kamel Chikhi ou Kamel El Boucher, n’a pas livré tous ses secrets, presque une année après son éclatement. Kamel Chikhi, devenu riche grâce à des affaires dans l’immobilier et dans le commerce de viande rouge, est accusé d’avoir été « l’importateur » de cette quantité importante de drogue dure à partir du Brésil en passant par l’Espagne.

Il est également soupçonné de verser dans le blanchiment d’argent et de corruption de personnalités politiques et leurs proches.

Le scandale a entraîné le départ du général Abdelghani Hamel de la direction générale de la sûreté nationale après que la presse ait évoqué l’implication de son chauffeur dans l’affaire, démentie par la DGSN.

La justice enquête sur le trafic de stupéfiants, le blanchiment d’argent et la spéculation immobilière. Amar Sâadani, ancien secrétaire général du FLN, a, dans une interview à TSA, déclaré que l’affaire de la cocaïne a été montée « par l’État profond » pour cibler le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaid Salah, sans livrer plus de détails.

Affaire Sonatrach, l’ombre de Chakib Khelil

L’affaire Sonatrach est d’abord celle d’importants pots de vin versés par des grands groupes internationaux dont l’italien ENI et le canadien SNC Lavalin pour l’obtention de marchés dans le secteur pétrolier et gazier en Algérie.

Elle a éclaté en 2010 grâce à des révélations de la presse. Toute la direction de la Sonatrach a été décapitée et Chakib Khelil, alors ministre de l’Énergie et des Mines, a été limogé quelques mois après l’éclatement de l’affaire. Le dossier a rebondi à l’étranger, notamment en Italie où un procès a eu lieu.

Selon les médias italiens, Chekib Khelil aurait un lien avec cette affaire. Mohamed Redha Hamache, neveu de Chakib Khelil, et Farid Bedjaoui sont cités dans l’affaire. En 2016, la justice algérienne, sans donner des explications convaincantes, a abandonné les poursuites contre Chakib Khelil après avoir lancé un mandat d’arrêt contre lui (en août 2013).

Le procureur Belkacem Zeghmati, qui a lancé le mandat d’arrêt contre Chakib Khelil, a été limogé par Bouteflika en mars 2016, sans raison valable.

Le dossier du trading, ou Sonatrach 3, est toujours ouvert sans que les juges algériens ne semblent avancer dans un scandale impliquant notamment Chawki Rahal, ancien vice-président de Sonatrach. Les pertes du groupe pétrolier Sonatrach n’ont pas encore été chiffrées alors que la justice traîne les pieds dans ce qui pourrait être le plus grand scandale de corruption dans l’Histoire contemporaine de l’Algérie.

Affaire Khalifa : le premier grand scandale

L’Affaire Khalifa est le premier gros scandale de l’ère Bouteflika. Une centaine de personnes ont été poursuivies ou jugées dans cette affaire pour, entre autres, association de malfaiteurs, corruption, détournement de biens publics et abus de confiance.

En 1998, Abdelmoumen Khalifa, un pharmacien d’Alger, crée la banque privée Khalifa Bank grâce à un crédit bancaire de la BDL et après la vente d’une villa, héritée de son père. Son empire voit le jour avec l’arrivée de Bouteflika au pouvoir en 1999. Abdelmoumen Khalifa n’hésite pas à prendre des photos avec le nouveau chef d’État, avec sa famille et avec le général Larbi Belkheir, l’un des militaires ayant « facilité » l’arrivée de l’ancien ministre des Affaires étrangères de Boumediène à la Présidence de la République.

Grâce à ses appuis politiques puissants et ses amis dans la presse, Abdelmoumen Khalifa lance Khalifa Airways avec une flotte d’une trentaine d’avions, la plupart en location. Il ouvre une école de pilotes, une agence de location de véhicules et une chaîne de télévision. Il sponsorise le club français de football Olympique de Marseille.

La Khalifa Bank est utilisée pour transférer de grosses sommes d’argent vers l’étranger avec des retraits en liquide jamais égalés par le passé sans justificatifs comptables sauf des « bouts de papier » signés par le patron. Ce n’est qu’en 2002 que la Banque d’Algérie bloque le transfert de ces capitaux.

La justice épargne les ministres

Des « ordres politiques » ont été donnés pour que les caisses sociales (CNAS, CNR et CASNOS) déposent leur argent au niveau de cette banque avec la complicité active de l’UGTA. D’autres organismes et établissements publics ont été obligés de déposer l’agent également comme l’AADL et l’OPGI. Les dirigeants étaient attirés par un système de corruption à petite échelle (cadeaux, voyages à l’étranger, billets d’avion, cartes bancaires, prêts avantageux).

Des ministres en poste ont bénéficié des largesses d’Abdelmoumen Khalifa, mais ont été couverts par le tribunal de Blida lors du double procès grâce à la loi non-écrite de l’impunité. L’argent sorti des caisses d’El Khalifa Bank n’a jamais été récupéré ni remboursé, selon certains avocats. Le montant des pertes reste à ce jour inconnu.

En 2007, la justice a prononcé des peines, assez légères par rapport au niveau du scandale, allant de 2 à 15 ans d’emprisonnement à l’encontre d’agents et de cadres du groupe Khalifa qui a coulé avec ses intrigues.

Abdelmoumen Khalifa est jugé en mai 2015 après son extradition de la Grande Bretagne en décembre 2013. Face au juge, il a nié tous les faits retenus contre lui, sans révéler grand chose, comme si « un deal » avait été établi avant son procès pour protéger certains hauts responsables. La justice n’a pas ordonné la restitution de l’argent détourné.

 


TSA

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