En réalité, lorsque l’on écoute les propos du professeur Didier Dreyfuss, on comprend qu’il n’est même pas question d’enquêter pour trouver des preuve ; en effet, il est inconcevable, selon lui, que le patron de l’AP-HP ne soit pas au courant des collusions et des conflits d’intérêts entre les médecins qu’il engage et Big Pharma ! Ce n’est pas possible, car la loi oblige les directeurs d’hôpitaux d’avoir accès aux contrats conclus entre l’industrie et les médecins à chaque étude ou essai clinique et ce,  à double titre : premièrement, le médecin se doit d’en parler au patron de son CHU ! Deuxièmement, l’industriel se doit de signer un contrat avec le CHU afin de savoir combien ce dernier va lui facturer la prestation !



Le Pr Didier Dreyfuss a pointé, mardi sur Europe 1, la complicité silencieuse du patron de l’AP-HP dans les conflits d’intérêts entre médecins et laboratoires.

« Je me permets de reprendre la phrase qu’avait employée Mitterrand au moment de l’affaire Ben Barka : ‘soit il savait et c’est un scandale, soit il ne savait pas et c’est aussi un scandale’ », a déclaré le Pr Dreyfuss, mardi matin sur Europe 1. Dans sa ligne de mire, Martin Hirsch, le patron de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), à qui a été rendu lundi un rapport sur les conflits d’intérêts entre les médecins des hôpitaux parisiens et les laboratoires pharmaceutiques.

Un secret de polichinelle.

Le Pr Didier Dreyfuss, chef du service de réanimation à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes, a pointé du doigt un système dans lequel « tout le monde savait ». Il a notamment fait allusion au cas emblématique du pneumologue Michel Aubier, qui a perçu pendant plus de vingt ans des dizaines de milliers d’euros du groupe Total. En échange, le chef du service de pneumologie-allergologie de l’hôpital Bichat minimisait la toxicité du diesel sur la santé dans les médias. Pour le Pr Dreyfuss, il semble peu probable que son patron, Martin Hirsch, n’était pas au courant de ce conflit d’intérêt massif. « On doit savoir qui on embauche. Si l’institution avait pris la peine de se renseigner auprès des pneumologues, tout le monde le lui aurait dit », assène-t-il.

De scientifiques à publicitaires.

Ces liens financiers entre médecins hospitaliers et industriels sont « quantitativement minimes » mais « qualitativement dramatiques », estime le Pr Dreyfuss. En effet, les orateurs dans les congrès médicaux sont alors désignés par les laboratoires, assurant ainsi la promotion d’un discours biaisé. « On est dans un système où il est difficile d’imaginer qu’il n’y ait pas de partenariat public-privé, il est normal que de leur côté les laboratoires cherchent le retour sur investissement », a déclaré le Pr Dreyfuss. « Le problème, c’est quand des sommités médicales dépassent très largement leur rôle de scientifiques pour devenir des promoteurs publicitaires ».