congrès grozny


Il est fort curieux de constater le silence pesant gardé autour de cette information assez importante ; silence aussi bien des musulmans en général que des Occidentaux qui ne reprennent toujours pas cette info, 1 semaine après le congrès de Grozny. Le Grand Mufti d’Égypte, le Cheikh Chawki Allam, était présent ce qui donne à cette réunion une importance certaine ; sans oublier le grand Mufti de Damas, le cheikh Abdel Fattah al-Bezm…
Il était temps que cette doctrine criminelle du wahhabisme soit rejetée de la oumma, de la jama3a vu le mal qu’elle produit sur terre, en massacrant des centaines de milliers de musulmans. Rappelons que pour les wahhabites, un centimètre de barbe ou de kamis en plus ou en moins a, à leurs yeux, plus d’importance sur l’échelle de la foi que la pratique de l’usure ou la transformation de la Mecque et de sa terre sainte alentour, en un immense super marché mammonique ! Tout est dit…


« Qui sont les adeptes du sunnisme ou faisant partie de la ‘communauté sunnite’ (Ahl al Sunna) ? » Une question qui s’impose plus que jamais suite à la montée en puissance d’un terrorisme-takfiriste-wahhabite qui prétend représenter l’Islam, mais qui se veut surtout le représentant légitime du sunnisme et de la communauté sunnite. Un début de réponse est venu d’une conférence islamique sunnite qui s’est tenue en présence du recteur d’Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite au monde.

Dans le but de définir l’identité « des gens du sunnisme et de la communauté sunnite », une conférence inaugurée par le cheikh d’Al-Azhar, Ahmed al-Tayeb, s’est tenue dans la capitale tchétchène Grozny, durant cette semaine.

Elle a réussi à rassembler quelque 200 dignitaires religieux, oulémas et  penseurs islamiques, venus d’Égypte, de Syrie, de Jordanie, du  Soudan et d’Europe.

De grandes personnalités religieuses étaient présentes telles que le Grand Mufti d’Égypte, Cheikh Chawki Allam, le conseiller du président égyptien et le représentant du Comité religieux au Parlement égyptien, Cheikh Oussama al-Zahri, ou encore l’ancien grand Mufti d’Égypte, cheikh Ali Jomaa, sans compter le grand Mufti de Damas, cheikh Abdel Fattah al-Bezm, le prédicateur yéménite Ali al-Jiffri, ou encore le penseur islamique Adnan Ibrahim…

Dans le communiqué, les participants à la conférence ont convenu que « les gens du sunnisme et ceux qui appartiennent à la communauté sunnite sont les Asharites et les Maturidites, au niveau de la doctrine, les quatre écoles de jurisprudence sunnite, au niveau de la pratique, et les soufis, au niveau de la gnose, de la morale et de l’éthique ».

Fait frappant : cette conférence a exclu le wahhabisme salafiste de la définition du sunnisme, voire du cadre de la communauté sunnite !

Les participants à la conférence ont qualifié cette décision de « changement radical et nécessaire pour pouvoir rétablir le vrai sens du sunnisme, sachant que ce concept a subi une dangereuse déformation suite aux efforts des extrémistes de le vider de son sens pour l’accaparer et le réduire à leur perception ».

Une  allusion claire aux groupes takfiristes et wahhabites qui sont soutenus par l’Arabie saoudite.

Dans ce contexte, les participants ont conseillé une série de recommandations notamment : « Créer une chaîne de télévision au niveau de la  Russie afin de faire parvenir aux citoyens un message véridique de l’Islam et lutter contre l’extrémisme et le terrorisme. »

A aussi été recommandée « la création d’un centre scientifique en Tchétchénie pour surveiller et étudier les groupes contemporains, leurs principes et pour former une base de données fiables, qui permettra de réfuter et de critiquer de manière scientifique la pensée  extrémiste ». Les participants ont suggéré que ce centre porte le nom de Tabsyr (NDLR : « clairvoyance » en langue arabe).

La conférence a insisté sur la nécessité de « revenir aux écoles de grande connaissance », en allusion aux institutions religieuses sunnites identifiées comme étant les universités d’Al-Azhar en Égypte, Qarawiyin au Maroc, Zaytouna en Tunisie et Hadramawt au Yémen.

La conférence a exclu clairement les institutions religieuses saoudiennes, en particulier l’Université islamique de Médine !

Une dernière recommandation importante adressée aux institutions sunnites comme  Al-Azhar et consorts : celle d’offrir des bourses pour ceux qui s’intéressent aux études de la charia.

En effet, cette politique devrait contrer celle menée par l’Arabie saoudite pour répandre le takfirisme à travers les chaînes de télévision qu’elle finance, comme Safa et Wissal. Ou pis encore, en recrutant des étudiants du monde islamique pour les former dans ses institutions et en faire des prêcheurs wahhabites.

La réaction saoudienne

Au lendemain de la clôture de la conférence, qui a duré trois jours, la réaction saoudienne ne s’est pas fait attendre.

Une campagne médiatique virulente s’est déclenchée, parrainée par les institutions religieuses et politiques en Arabie saoudite et au Qatar.

Le journaliste saoudien Mohammed Al-Cheikh, du quotidien Al-Jazeera, écrit sur son compte Tweeter : « Je désapprouve les extrémistes et les radicaux, surtout qu’ils m’ont beaucoup peiné. Néanmoins, quand il s’agit de porter atteinte à notre nation, à la marginaliser, je deviens le pire extrémiste car la patrie est une question de vie et de mort selon mes normes. »

Pour ce qui est du soutien financier de l’Arabie saoudite, l’académicien saoudien Mohammed Abdullah Azzam écrit : « L’ex-Grand Mufti d’Égypte Ali Jomaa était un étudiant chez Cheikh Hammoud Tuwaijri et il a été honoré par des oulémas saoudiens et il s’est abreuvé de leur savoir… La récompense du cheikh d’Al-Azhar à l’Arabie saoudite pour ses grands projets au profit d’Al-Azhar est cette alliance avec Poutine visant à exclure l’Arabie du monde musulman. Vous avez besoin d’un psychiatre. »

Le superviseur de l’institut sunnite al-Darar, le prédicateur Alaoui al-Saqqaf a décrit le communiqué de la conférence de la Tchétchénie de « décevant » parce qu' »il a divisé la communauté sunnite en expulsant le wahhabisme des sunnites et de la communauté sunnite.

Saqqaf a par la suite vilipendé le président tchétchène Ramzan Kadyrov, le qualifiant « de soufi délirant ».

Il a diffusé ses propos dans lesquels Kadyrov accuse « le wahhabisme d’avoir falsifié les enseignements de la religion, et où il affirme que les militants en Syrie ne sont pas moujahidines car ils déforment l’Islam », selon l’expression de Saqqaf.

Même ton virulent de la part des prédicateurs du  royaume saoudien, qui ont dénoncé la conférence à cause du soufisme que la majorité des musulmans de Tchétchénie pratique comme doctrine.

Sachant que le wahhabisme accuse les soufis de polythéisme qui n’a rien à voir avec l’Islam. Il en est de même pour les différentes écoles islamiques.

Paroxysme de la colère saoudienne, face à cette conférence : les propos de l’imam et prédicateur de la mosquée du roi Khaled à Riyad, selon lequel : « La conférence de Tchétchénie doit servir d’alarme pour nous : le monde allume notre bûcher pour nous brûler. »

Rappelons que le wahhabisme s’inspire de la pensée d’Ibn Taymiyya, mort en prison en 1328 après avoir été déclaré déviant par les érudits sunnites de son temps. Lorsque Mohammad Ibn Abd Al-Wahhab a fait couler le sang des musulmans en ressuscitant la doctrine taymiyienne au XVIIIe siècle, son mouvement a immédiatement été condamné par l’ensemble du monde sunnite comme une résurgence du kharidjisme (dissidence). Des décennies de propagande à coups de pétrodollars ont malheureusement fini par estomper dans l’esprit des masses la différence entre sunnisme et wahhabisme…

Al-Manar