Ici et là sur internet et dans les discussions entre gens désabusés par l’aggravation des malversations républicaines, nous voyons des militants inviter à la révolte, la révolution, et appeler ouvertement à la création d’un « CNT », un Conseil National de Transition.

Cette notion est empruntée aux révolutions arabes des dernières années, pendant lesquelles les forces occidentales organisaient systématiquement une fausse opposition, puis un « Conseil National de Transition », puis le reconnaissaient officiellement au détriment du pouvoir historiquement légitime en place. Ce coup d’Etat a fonctionné en Libye, en Syrie, en Irak, il a correctement détruit ces pays et fonctionnera encore une fois ou deux avant que les populations ne soient sûres d’y voir un schéma occidental redondant. Mais en France, que répondre à ceux qui reprennent cette notion ?

Lorsqu’on procède à un changement dans un système, celui-ci doit se faire selon des paramètres qui permettent de maintenir un ordre minimum. Cet ordre nouveau doit être maîtrisé tant que faire se peut pour protéger nos proches et leurs proches ainsi que pour ne pas faire courir de risques plus graves que de maintenir le système défaillant. Pour mettre au point cet ordre nouveau, il y a deux axes possibles.

Le premier est un axe strictement rationnel. Nous tentons de mesurer le niveau d’anomalie et sa surface, puis nous tentons de mesurer les impacts des différentes alternatives possibles, puis nous tentons de mesurer le coût du changement et le bénéfice de celui-ci. Cela implique un travail, une expertise et une visibilité certaine. Il s’agît d’éviter à tout prix de remplacer l’ancien par le pire. C’est une démarche méliorative. C’est aussi une démarche qui se fait de manière itérative, une conception par étapes jusqu’à être sûr de maîtriser l’ensemble et son coût avant de procéder au changement. Cette démarche montre des limites. L’Homme étant fait pour oublier, chaque fois que nous changerons le système, nous aurons oublié une partie du pourquoi nous l’avions fait au tout départ. Chaque mise à jour sera moins qualitative que la précédente et apportera sa propre complexité nouvelle, jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible d’améliorer parce que le système apporte plus de désagrément que son absence (déjà catastrophique).

Le deuxième axe est un axe plus spirituel. Le principe est que si nous nous améliorons chacun, nous nous améliorons tous. De bonnes personnes émanent de bonnes pratiques. De personnes corrompues émaneront des conceptions viciées et corrompues. En maintenant une bonne santé spirituelle, par une connexion entretenue notamment avec nos Traditions, nous ralentissons cette perte de qualité de l’ensemble. Nous la ralentissons sans pouvoir l’empêcher à terme, lorsque nous aurons été trop dans l’oubli pour pouvoir nous maintenir dans un état pérenne.

L’État actuel de la civilisation française est celui d’un peuple qui a périclité intellectuellement. La raison lui fait désormais défaut. La gestion de ses affaires devient illogique. La culture du travail bien fait est honnie. Les guildes ont disparu. Les académies et les docteurs ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Nous fonctionnons par la dette et le vol de ressources comme si nous ignorions que toutes les factures se paient un jour. Ceci est la situation décrite rationnellement. L’élite n’a plus les moyens de « transitionner » rationnellement vers quoi que ce soit de meilleur sans changer radicalement ses pratiques actuelles. Nous sommes rationnellement arrivés au terme. Quand bien même nous améliorions des fondements de base, comme la monnaie, nous ne sommes plus adaptés pour en jouir.

Pour changer ces pratiques, la civilisation a besoin d’une impulsion spirituelle qui lui fait défaut aussi. La corruption règne (élections, industrie pharmaceutique, industrie pétrolière, système bancaire, etc.). La destruction de la famille est engagée : le noyau qui construit des individus sains, est attaqué et quasiment détruit (mauvaise éducation, mariage gay, pornographie, promotion de l’adultère, mépris du mariage, etc). La fraternité entre individus, au sens large (et pas au sens maçonnique) n’est plus : les gens ne sont plus bienveillants les uns les autres, autrui n’est intéressant que s’ il est une source de profit possible, etc. L’impulsion spirituelle n’est plus. Et quand on l’a perdue, il est impossible de la retrouver car on l’a oubliée et on a oublié qu’elle existe. L’élite ne peut plus créer de civilisation pérenne. Et quand bien même nous imiterions la bienséance, c’est pour atteindre un objectif donné, c’est creux, nous ne sommes plus bons.

Les individus qui ne font même pas partie de cette élite ne pourront transiter vers quelque chose de meilleur que s’ils ont d’abord une spiritualité et une intellectualité adaptées. Ce que la civilisation française ne produit plus, d’autant plus que la république veille à tuer dans l’œuf tout ce qui pourrait y donner naissance. Ceux qui veulent « transitionner » devraient commencer par le faire à leur échelle. Sérieusement et consciencieusement. L’état de vos finances personnelles, de votre équilibre personnel, de vos relations familiales, de votre connexion au Divin, de vos méditations, de vos charités et grâces, est il suffisant pour être transposable « nationalement » ? Saviez-vous même que le concept républicain de « nation » est une des anomalies qui nous enfoncent ?

Nous proposons cette réflexion pour apporter un éclairage à ceux qui sont déjà gênés par ces invitations à la « Transition Nationale » sans toujours savoir en quoi. Avant de « transitionner » nationalement, la logique voudrait que nous le fassions déjà à notre échelle. Et avant de monter un « Conseil », la logique voudrait aussi que nous sachions ce qu’impliquent le pouvoir temporel et l’autorité spirituelle.